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Violence contre les femmes francophones: le système critiqué

Des femmes et des organisations francophones ont dénoncé le manque de sensibilité du système judiciaire, administratif et politique à l’endroit des femmes victimes de violence, mercredi 6 avril, à Toronto. Étienne Fortin-Gauthier

TORONTO – Des femmes et des organisations francophones dénoncent le manque de sensibilité du système judiciaire, administratif et politique à l’endroit des femmes victimes de violence. Le grand forum auquel elles ont pris part, mercredi 6 avril, a été boudé par les représentants du gouvernement de l’Ontario.

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

«Une femme victime de violence passe à travers plusieurs structures pour être aidée, en théorie. Que ce soit le système de santé, de justice ou d’éducation. Il y a incompréhension de la dynamique de la violence et bien souvent, la femme va être revictimisée», dénonce Dada Gasirabo, directrice générale de l’Oasis Centre des femmes.

Son organisme a pris part au Café urbain sur la violence systémique vécue par les femmes, qui se déroulait à Toronto, le 6 avril.

Fréquemment, Dada Gasirabo rencontre des femmes désespérées après avoir frappé un mur dans leur tentative d’obtenir de l’aide.

«Disons qu’une femme a vécu la violence de son conjoint. En allant dans le système de santé, plutôt que de l’accueillir, bien souvent on va lui dire qu’elle est perturbée mentalement. Les services de protection de l’enfant peuvent retirer l’enfant du milieu familial, sans tenir compte de la mère», dit-elle en exemple.

Les femmes francophones en Ontario font souvent face à encore plus de barrières lorsqu’elles tentent d’obtenir des services après avoir été victimes de violence, selon plusieurs intervenantes qui ont pris part à ce forum torontois.

«Nous sommes ici pour que les enfants et les femmes ne tombent pas entre les mailles du système», a souligné Carole Boulebsol, sociologue et chercheure à la Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle.

Elle a analysé le cas d’une mère francophone dont la fille a été violée par son père et ses difficultés à obtenir justice.

«Tantôt, elle sera discriminée parce qu’elle est femme, tantôt parce qu’elle est francophone, tantôt parce qu’elle est noire, tantôt en raison de sa situation mentale», rapporte Mme Boulebsol.

 

Manque de sensibilité

La directrice de la clinique juridique du Centre francophone de Toronto, Me Aissa Nauthoo, est confrontée sur une base régulière au manque de sensibilité des acteurs clés du système juridique face aux drames de certaines femmes.

«Êtes-vous sûre de vouloir quitter votre mari?», a déjà demandé un employé de l’aide juridique à l’une de ses clientes victimes de violence, rapporte avec indignation Me Nauthoo.

Le nœud du problème réside dans l’absence de formation et de conscientisation des intervenants de première ligne, selon elle.

«Il y a un besoin de conscientiser et d’éduquer les gens de l’aide juridique, mais aussi les juges et les avocats concernant le racisme, la violence faite aux femmes et la discrimination qui existent», croit Me Nauthoo.

Elle rapporte que plusieurs femmes néo-canadiennes doivent aussi demeurer dans des situations périlleuses au cœur d’un milieu violent, de crainte de perdre le parrainage qu’elles peuvent avoir obtenu de leur mari.

Certaines femmes ont aussi rapporté pendant le forum avoir des difficultés à obtenir des services en français du 911 ou de la police.

«Pourtant, on est au Canada, on devrait pouvoir obtenir aussi de l’aide en français», a lancé une citoyenne.

Absence politique

Le Café urbain a rassemblé des dizaines d’organismes communautaires francophones et quelques représentants d’organismes de santé, tels des hôpitaux. Mais aucun représentant du gouvernement n’a assisté aux discussions. Une grande déception pour plusieurs intervenantes.

Des participants rencontrés par #ONfr ont souligné que le gouvernement a la responsabilité de comprendre les défis auxquels font face les organisations communautaires au quotidien. Le monde politique aurait aussi pu profiter des discussions avec certaines femmes victimes de violence, selon plusieurs participantes du Forum.

Les élus et fonctionnaires pourront cependant découvrir la nature des discussions qui ont eu lieu lors du forum au cours des prochaines semaines. Un document regroupant les principales recommandations des organisateurs leur sera envoyé.

 

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Étienne Fortin-Gauthier
Étienne Fortin-Gauthier
efgauthier@tfo.org @etiennefg

Étienne Fortin-Gauthier est journaliste depuis une dizaine d’années. Il a collaboré à plusieurs grands médias canadiens et européens, dont La Presse Canadienne, le quotidien La Presse, l’Agence France-Presse et le groupe de presse L’Avenir (Belgique). Il s’est initié aux dossiers de la francophonie canadienne lors d’un séjour au Réseau francophone d’Amérique, qui travaille de près avec les stations radiophoniques francophones en milieu minoritaire. Étienne est diplômé de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon, à Toronto, et du programme bidisciplinaire en communication et science politique de l’Université de Montréal.