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Vers une «industrie de l’humour» franco-ontarienne

Le concours LOL vise à donner les outils nécessaires aux jeunes pour apprivoiser la scène et bâtir un numéro d’humour. Coutoisie

[EXCLUSIF]
TORONTO – Un ambitieux projet vise à faire naître au cours des prochaines années une véritable industrie de l’humour en Ontario français. Le lancement en grande pompe d’une édition élargie du concours jeunesse LOL, au cours des derniers jours, constitue l’un des jalons d’un plan qui pourrait bien mener à la création d’une véritable institution dédiée à l’humour franco-ontarien.

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

La scène est hors de l’ordinaire: des représentants du groupe Juste Pour Rire, à l’origine du festival du même nom reconnu mondialement, des formateurs de l’École nationale de l’humour du Québec et des dizaines de jeunes Franco-Ontariens sont rassemblés dans un amphithéâtre d’une école secondaire francophone de Toronto. Ils assistent au lancement d’un concours jeunesse, le concours LOL, qui vise à donner les outils nécessaires aux jeunes pour apprivoiser la scène et bâtir un numéro d’humour comme les humoristes les plus réputés.

La compétition a vu le jour l’an dernier dans l’Est ontarien avant de gagner cette année le sud de la province. C’est un secret de Polichinelle que la prochaine étape est d’étendre le concours à l’ensemble de l’Ontario français dès l’an prochain. Le plan sur cinq ans est encore plus ambitieux.

«On voit beaucoup plus loin que le concours. L’expertise du Québec permet la formation des jeunes, mais aussi de formateurs ontariens. Déjà l’École nationale de l’Humour sait qu’elle vient ici pour bâtir une équipe provinciale qui permettra ensuite de lancer un programme d’humour franco-ontarien avec notre propre entité», a révélé Céline Baillargeon-Tardif, directrice du projet ontarien Jeunesse humour.

L’initiative reçoit du financement provincial et fédéral, mais aussi de plusieurs autres partenaires, dont la Fondation canadienne pour le dialogue des cultures. À terme l’objectif est-il de créer une École nationale de l’Humour franco-ontarienne?

«On ne veut pas de bâtiment comme l’École nationale de l’humour au Québec. Il y a déjà bien assez d’éléphants blancs. On s’organise actuellement pour plutôt bâtir notre capital humain autour de l’humour. Le programme d’humour qu’on développe serait accessible à tous les jeunes de 14 à 25 ans et pourrait aller à eux, peu importe où ils se trouvent dans la province», fait savoir Mme Baillargeon-Tardif.

 

Objectif identitaire

Plusieurs Franco-Ontariens ont réussi à percer en humour au cours des dernières années, malgré l’absence de ressources dans ce domaine. Katherine Levac, de Saint-Bernardin, Julien Tremblay, d’Hawkesbury, et Patrick Groulx, d’Ottawa, sont autant de noms qui peuvent agir de modèles pour la relève, selon plusieurs intervenants rencontrés par #ONfr. Il demeure que l’Ontario est une pépinière de talents qui n’est pas exploitée à son plein potentiel, selon Oliver Nadon du groupe d’humour et d’improvisation franco-ontarien Improtéine.

«On est content de voir que ça bourgeonne, mais il faut en faire plus. Rarement quand on est Franco-Ontarien on se dit qu’il est possible de devenir humoriste. Pourtant, on a toujours su qu’on était drôle. On a une culture hybride, qui mêle des influences humoristiques canadienne-française et américaine», fait-il valoir. «Si on veut combattre l’assimilation et rejoindre les jeunes, ça passe par l’humour. Pas par la danse moderne ou la poésie», ajoute-t-il.

Ce désir de faire naître une industrie franco-ontarienne de l’humour n’a pas des visées commerciales, mais bien identitaires et linguistiques, confirme Céline Baillargeon-Tardif.

«Comment contrer l’assimilation? On pense que ça peut passer par l’humour. L’an dernier, un jeune du concours m’a même dit qu’il ne savait pas qu’on pouvait rire en français. Il ne savait pas que la langue française était aussi belle et qu’elle était aussi efficace pour faire de l’humour», a-t-elle confié à #ONfr, avec fierté.

Alexandre Bisaillon, humoriste franco-ontarien porte-parole du concours LOL, croit que l’on assiste actuellement à un tournant décisif en Ontario. «J’ai dû aller à Montréal pour aller à l’École de l’humour. Il n’y avait aucune ressource en français en Ontario. Là, il y a un boom. Tout est en train de s’aligner et le concours pour les jeunes est vraiment un élément important de cette industrie naissante», a-t-il confié à #ONfr lors du lancement du concours.

 

Potentiel de la jeunesse

L’humoriste québécois et formateur du groupe Juste pour rire, Jérémie Larouche, croit aussi beaucoup au potentiel des jeunes de l’Ontario français.

«Je les vois aller. Il y en a du talent en humour dans la province. Mais ils doivent aller à contre-courant. Une jeune m’a dit que sa mère voulait qu’elle soit infirmière, pas humoriste. Je réponds que même si je ne suis pas un gros nom, je gagne ma vie grâce à l’humour, c’est tout aussi honorable et ça me rend heureux», dit-il au sujet du travail à faire au niveau des mentalités.

La création d’une scène humoristique avec un réseau de salles capable d’accueillir les spectacles et le développement d’un public fidèle peut aussi contribuer à lutter contre l’exode des jeunes, croit-il. «Quand on a une petite industrie, ça ne force pas les jeunes à partir faire de l’humour à Montréal. Ils peuvent continuer à vivre en Ontario, tout en allant parfois au Québec faire des spectacles. Dans la même lignée, plus il va y avoir d’humoristes francophones en Ontario, plus les gens vont aller en voir», souligne Jérémie Larouche.

Et les jeunes qui participent au concours LOL semblent être bien d’accord. Parlez-en à Mickaël Girouard qui vit à Welland. «L’humour aide à se connecter entre Franco-Ontariens. Il y a beaucoup de jeunes intéressés par cette discipline. J’adore Katherine Levac et son personnage de Paige Beaulieu qui s’inspire des francophones d’ici. Il nous faut encore plus de modèles», dit-il.

Marc Lavigne partage le même enthousiasme. «Mon inspiration à moi a été l’improvisation en français. Je rêve de remporter le concours et de pouvoir faire la tournée dans les communautés francophones pour pouvoir faire rire les gens», confie le jeune Franco-Torontois de 17 ans.

Le projet Jeunesse humour est une initiative de l’Association canadienne-française de l’Ontario (ACFO) de Stormont, Dundas et Glengarry. Depuis les derniers mois, des partenaires de toute la province se sont joints au projet, notamment le Centre francophone de Toronto, et permettent de lui donner vie en dehors des frontières de l’Est ontarien.

Le groupe Juste Pour Rire fournit quant à lui des services-conseils pour le concours, des ressources logistiques et rend disponible certains de ses humoristes pour les galas à venir. Les jeunes ont aussi la chance de se faire connaître par l’un des groupes les plus influents en humour sur la planète.

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Étienne Fortin-Gauthier
Étienne Fortin-Gauthier
efgauthier@tfo.org @etiennefg

Étienne Fortin-Gauthier est journaliste depuis une dizaine d’années. Il a collaboré à plusieurs grands médias canadiens et européens, dont La Presse Canadienne, le quotidien La Presse, l’Agence France-Presse et le groupe de presse L’Avenir (Belgique). Il s’est initié aux dossiers de la francophonie canadienne lors d’un séjour au Réseau francophone d’Amérique, qui travaille de près avec les stations radiophoniques francophones en milieu minoritaire. Étienne est diplômé de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon, à Toronto, et du programme bidisciplinaire en communication et science politique de l’Université de Montréal.