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Université: Queen’s Park ouvre la porte

TORONTO – Le gouvernement libéral de Kathleen Wynne a ouvert la porte à la création d’une université de langue française après la publication, vendredi 10 juin, d’un rapport d’un comité d’experts sur l’accès aux études postsecondaires en français dans le centre et le sud-ouest de l’Ontario qui recommande l’édification d’un campus géré par les francophones et offrant à la clientèle étudiante un milieu de vie en français.

FRANÇOIS PIERRE DUFAULT
fpdufault@tfo.org | @fpdufault

BENJAMIN VACHET
bvachet@tfo.org | @bvachet

C’est la première fois que Queen’s Park s’engagement clairement au-delà d’une simple bonification des programmes d’études postsecondaires en français cette région largement sous-desservie dans le corridor Toronto-Windsor.

«Nous savons que les besoins démontrent la nécessité d’agir. Il ne reste qu’à poser un geste audacieux, un geste profondément judicieux pour ouvrir aux francophones du centre et sud-ouest toutes les possibilités de réaliser leur plein potentiel. Il faut donc agir, et il faut agir maintenant», conclut le comité consultatif sur l’éducation postsecondaire de langue française dans le centre et le sud-ouest de l’Ontario dans son document intitulé: Le temps d’agir!

Comme l’avait révélé #ONfr en avril, cette nouvelle université serait appelée à unir ses efforts avec le collège Boréal pour ouvrir un nouveau campus permanent et à double vocation dans la grande région de Toronto d’ici 2020. Les deux établissements devraient ensuite, à moyen et long terme, orienter leur action afin d’élargir l’offre dans les autres régions du centre et du sud-ouest.

Le comité recommande aussi d’élargir de façon accélérée l’offre des programmes du collège Boréal dans le corridor Toronto-Windsor.

«Il est d’autant plus important d’agir à court terme et de planifier sur le long terme étant donné les plus récentes analyses démographiques démontrant clairement un flux migratoire francophone qui favorise désormais la région du centre (et du) sud-ouest», conclut le rapport rendu public par Queen’s Park après plusieurs mois d’attente. «Déjà, la région compte une population équivalente à celle de tous les francophones du Nouveau-Brunswick.»

Les francophones de la région du centre et du sud-ouest de l’Ontario représentent plus du tiers de la population de langue française dans la province, mais n’ont accès dans leur langue qu’à 0% à 3% des programmes d’études postsecondaires par rapport à la proportion de programmes offerts en anglais.

 

Planification

Les libéraux de Kathleen Wynne ont accueilli favorablement le rapport et mis sur pied un comité de planification pour la future université.

«Nous prenons les moyens pour établir une université de langue française et nous attendons les conseils d’un comité de planification qui explorera les options pour l’affiliation (à d’autres établissements) et la programmation et qui fera part de ses recommandations au gouvernement à l’automne», a confirmé le ministre Reza Moridi, responsable de l’Enseignement supérieur.

L’élu de Richmond Hill, près de Toronto, a aussi confirmé l’embauche d’un expert-conseil indépendant pour faire une étude de marché qui devrait aider la province et son comité de planification à déterminer la taille d’une éventuelle université et l’étendue de ses programmes.

«Je suis très heureuse. Les francophones demandent et ils ont besoin de cette université-là. Quel modèle? Ce sera à un comité de décider. Mais c’est une très bonne nouvelle», s’est réjouie la ministre Madeleine Meilleur, responsable des Affaires francophones, alors qu’elle se prenait part à Penetanguishene aux cérémonies de clôture des fêtes du 400e anniversaire de présence francophone en Ontario.

Le collège Boréal voit aussi d’un bon œil cet éventuel partage d’installations avec une université de langue française à Toronto.

«Nous accueillons cette nouvelle de façon très positive. Nous avions déjà dit que nous serions ouverts à collaborer avec une future université franco-ontarienne», a rappelé Pierre Riopel, président du collège Boréal, à #ONfr. «Le fait d’avoir des installations permanentes va aussi nous permettre d’agrandir notre rayonnement et d’augmenter nos effectifs dans la région du centre et du sud-ouest.»

 

Gestes concrets

Une université de langue française est une revendication de longue date de la communauté franco-ontarienne.

Le Regroupement étudiant franco-ontarien (RÉFO), qui milite activement depuis quelques années pour la gouvernance universitaire, exhorte Queen’s Park à donner suite rapidement aux recommandations de son comité consultatif sur l’éducation postsecondaire de langue française dans le centre et le sud-ouest de la province.

«La recommandation du rapport est très claire», a fait valoir Alain Dupuis, directeur général du RÉFO, à #ONfr. «On l’accueille de façon très positive. C’est exactement ce que la communauté a défini. On attend maintenant les mises en œuvre du gouvernement.»

Quelque 200 manifestants – surtout des élèves du secondaire et des étudiants – avaient convergé sur Queen’s Park, à la mi-février, pour dénoncer «la lenteur» du gouvernement Wynne à s’engager clairement dans le sens d’une université franco-ontarienne.

L’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) se dit, elle aussi, encouragé par les conclusions du rapport.

«Nous sommes heureux que le rapport ait été rendu public assez rapidement après la fin du travail du comité en mars. Ce rapport va nous servir de levier pour faire avancer le dossier de l’université franco-ontarienne», a commenté Denis Vaillancourt, président de l’AFO. «Reste à savoir ce que décidera le gouvernement. Nous attendons des gestes concrets, même si aujourd’hui, nous sommes plutôt encouragés.»

 

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François Pierre Dufault
fpdufault@tfo.org