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Université franco-ontarienne: l’impatience se fait sentir

La députée néo-démocrate France Gélinas.
La députée néo-démocrate France Gélinas. Crédit image: Archives #ONfr

SUDBURY – Le discours de la députée néo-démocrate de Nickel Belt, France Gélinas, le samedi 29 octobre, à Sudbury, montre que l’impatience grandit sur la question du projet d’université franco-ontarienne.

SÉBASTIEN PIERROZ
spierroz@tfo.org | @sebpierroz

BENJAMIN VACHET
bvachet@tfo.org | @BVachet

Face au secrétaire parlementaire de la ministre déléguée aux Affaires francophones, Peter Milczyn, la critique aux Affaires francophones du Nouveau Parti démocratique (NPD), France Gélinas, a livré un discours très politique sur université franco-ontarienne, dans le cadre du rassemblement de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO).

«Suis-je la seule à penser que ce comité n’est qu’une perte de temps?», a-t-elle lancé. «Le gouvernement a choisi la bonne personne avec Dyane Adam, mais il lui a donné le mauvais mandat.»

Le gouvernement libéral a annoncé, le 22 septembre dernier, la nomination de l’ancienne commissaire aux langues officielles à la présidence d’un conseil de planification d’une durée de six mois censé «planifier les étapes futures pour la réalisation de l’université francophone», selon le ministre déléguée aux Affaires francophones, Marie-France Lalonde. Un rapport du conseil est attendu au printemps 2017.

Alors que son adversaire politique avait tenu à rappeler les grandes priorités du gouvernement de Kathleen Wynne en matière de francophonie, dont l’éducation postsecondaire, l’immigration francophone et l’adhésion à l’Organisation internationale de la francophonie, la salve de Mme Gélinas a remporté la bataille de l’applaudimètre.

«À chaque fois que le gouvernement retarde le projet, c’est une autre génération d’élèves francophones qu’on ne peut pas aller chercher. Combien de fois faut-il étudier le dossier? Il y a déjà eu deux rapports internes du ministère (de l’Enseignement supérieur et de la Formation professionnelle), un rapport du commissaire aux services en français, un Comité consultatif de l’éducation postsecondaire en langue française dans le Centre et le Sud-Ouest qui a siégé deux ans, rencontré une tonne d’experts, a fait de la recherche… Ce conseil de planification, c’est un pas en avant, mais ça repousse encore au moins d’un an la mise en place d’une Université franco-ontarienne», a regretté le président de l’AFO, Denis Vaillancourt.

Interrogé par #ONfr, M. Milczyn a tenté de minimiser la grogne.

Depute Peter Milczyn

«Mme Gélinas a fait un discours très politique et je suis ici pour dire que le gouvernement appuie cette initiative, que nous travaillons avec l’AFO et la communauté francophone de la province pour développer un bon plan pour l’université francophone. La question n’est pas de savoir si nous devons faire une université francophone, car nous savons que nous devons la faire, mais on doit se doter d’un plan précis pour comprendre comment la faire, où dans la province et quelle doit être l’offre de cours de cette institution.»

 

Une loi ou un comité?

La députée néo-démocrate insiste qu’elle continuera à pousser son projet de loi pour la création d’une université franco-ontarienne déposé de nouveau le 22 septembre.

«Pourquoi une loi? On a déjà fait le tour du jardin plusieurs fois et les conclusions sont toujours les mêmes. Le mandat qu’on a donné à Mme Adam, c’est le même qu’on a donné au comité et au comité auparavant. Le gouvernement vient de nommer deux universités anglophones à des coûts de millions de dollars. On aurait pu prendre une fraction de ces argents-là pour mettre en place un conseil des gouverneurs pour commencer à développer une université francophone. C’est une question de volonté politique. Ça pourrait se faire demain matin!»

Comme l’explique le professeur de droit, Gilles LeVasseur, spécialiste en droits linguistiques, les deux démarches vont de pair.

«Le conseil de planification est là pour établir les balises de la future université franco-ontarienne. Mais cela prend aussi un projet de loi pour donner la structure, le mandat et répondre à la question de la compétence et du pouvoir que doit posséder cette institution, notamment pour délivrer des diplômes universitaires et pour fixer les relations qu’elle pourra développer avec les autres institutions de la province, comme l’Université Laurentienne, Glendon ou l’Université d’Ottawa, par exemple.»

Le directeur général du Regroupement étudiant franco-ontarien (RÉFO), Alain Dupuis, insiste sur la nécessité d’une loi.

«Le comité n’a pour l’instant nommé aucun membre. C’est clair qu’on veut se ça bouge (…) On aurait souhaité que ce soit un comité de gouvernance, avec un mandat provincial (…) Pour qu’une université puisse offrir une charte, elle a besoin d’une loi et cette loi doit être adoptée par le parlement.»

 

Un enjeu aux prochaines élections

M. Milczyn dit espérer que le gouvernement aura de bonnes nouvelles pour la communauté franco-ontarienne avant les prochaines élections. La députée de Nickel Belt encourage d’ores et déjà l’AFO à faire de l’université franco-ontarienne un enjeu lors des prochaines élections provinciales en 2018.

Même s’il ne sera plus à la tête de l’organisme à ce moment-là, le président de l’AFO ne doute pas que la question sera au cœur des débats si les choses n’avancent pas.

«Ça va devenir un incontournable. Et je pense que même les partis d’opposition, s’ils sont sérieux dans leur appui au projet, pourraient se servir de ce dossier comme d’un enjeu lors des prochaines élections.»

Benjamin Vachet
Benjamin Vachet
bvachet@tfo.org @BVachet

Originaire de France, Benjamin Vachet vit au Canada depuis plus de dix ans. Titulaire d’un baccalauréat en Administration économique et sociale et d’une maîtrise de journalisme, il a commencé sa carrière en France, avant de la poursuivre au Canada. Il a travaillé pour les hebdomadaires Le Reflet, puis L’Express Ottawa et pour la radio francophone d’Ottawa, Unique FM. Il a rejoint le Groupe Média TFO en 2014. Passionné de politique ontarienne, fédérale et internationale, Benjamin cumule plus de treize années d’expérience en presse écrite, radio et télévision.