#Francophonie, #Ontario

Une vidéo en anglais de TFO fait réagir


TORONTO – Un vidéoclip en anglais tourné à Montréal par une production jeunesse du Groupe Média TFO fait réagir en Ontario français. Des dizaines de francophones dans la province disent douter de la pertinence pour un diffuseur public en situation minoritaire de produire du contenu dans la langue de la majorité.

FRANÇOIS PIERRE DUFAULT
fpdufault@tfo.org | @fpdufault

La vidéo qui fait polémique, diffusée le vendredi 3 juin sur la chaîne YouTube de l’émission Flip TFO, est une reprise de la chanson Can’t Stop The Feeling du chanteur américain Justin Timberlake. Elle a été tournée à Montréal par quatre artistes québécois.

L’artiste Marc Keelan-Bishop fait partie des quelques dizaines de Franco-Ontariens qui ont exprimé leur frustration à l’égard de TFO sur les médias sociaux. Il se dit «déçu» et «fâché» par ce vidéoclip entièrement en anglais qui avait généré plus de 24000 visionnements après six jours.

«C’est comme mettre un Tim Horton’s dans une église pour attirer plus de monde à la messe. On produit une vidéo en anglais pour attirer plus de cliques. Mais on contribue en même temps à un phénomène qui s’appelle l’insécurité linguistique», affirme M. Keelan-Bishop à #ONfr. «Et l’insécurité linguistique, c’est ce sentiment qu’on ne peut pas vivre en français parce que notre français n’est pas assez bon.»

Le créateur des affiches «rebelles» sur l’histoire de l’Ontario français dit que la mission première du Groupe Média TFO est de contribuer à l’épanouissement des francophones de la province, et pas de créer des contenus «viraux».

«Ça ne fait pas partie du mandat de TFO. Si c’est un nouveau mandat, il faut que les Franco-Ontariens le sachent et qu’ils puissent en débattre aussi», insiste M. Keelan-Bishop, qui a également partagé son point de vue dans une lettre ouverte au conseil d’administration du diffuseur public. «Il faut que TFO fasse une réévaluation de son rôle dans l’épanouissement des francophones.»

L’artiste qui vit à Picton jette le blâme sur le fait que, selon lui, «peu de personnes» dans la direction et les équipes de production de TFO «ont eu à se battre pour leur langue maternelle» et qu’elles seraient donc moins sensibles à la réalité d’une communauté en situation minoritaire.

 

«Maladroite»

De son côté, la direction du Groupe Média TFO fait son mea culpa.

«Il est vrai que l’initiative de cette vidéo a été maladroite. Nous n’avons pas voulu choquer et nous sommes désolés que certains aient pu se sentir mal à l’aise», affirme Laurent Guérin, vice-président contenu et numérique de TFO, dans un échange de courriels avec #ONfr. «Nous sommes d’ailleurs à l’écoute de tous les commentaires qui nous aident à améliorer nos contenus et leur portée.»
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M. Guérin rappelle que TFO a produit «avec une grande fierté» plus de 300 heures de contenus éducatifs et culturels en français au cours de la dernière année «au service de nombreuses audiences francophones et francophiles» en Ontario, au Canada et ailleurs.

«Pour réussir dans un paysage médiatique turbulent, où les contenus se multiplient et proviennent de partout, demande des initiatives créatives pour faire découvrir nos contenus. Il faut faire preuve de créativité et d’imagination pour percer. Évidemment il y a place à l’erreur», écrit à son tour Glenn O’Farrell, président et chef de la direction de TFO, dans une lettre ouverte datée du jeudi 9 juin.

 

Échos à Queen’s Park

Le gouvernement de l’Ontario, qui finance en grande partie TFO, n’entend pas demander d’explications au conseil d’administration ou à la direction du diffuseur qui dépend du ministère de l’Éducation.

«C’est la décision de TFO. En tant que gouvernement, nous ne nous immisçons pas dans leurs décisions. La chaîne a son propre conseil d’administration et ses propres procédures», explique la ministre Madeleine Meilleur, responsable des Affaires francophones. «C’est un cas. Une plainte. C’est la première fois. Je n’ai jamais entendu des commentaires de la sorte auparavant.»

Marc Keelan-Bishop, qui a déjà travaillé à TFO à l’époque de l’émission jeunesse Volt, estime pour sa part que si le diffuseur public «ne remplit pas son mandat, c’est un problème gouvernemental».

L’opposition à Queen’s Park croit, elle aussi, que le gouvernement a des questions à poser à TFO.

«La direction de TFO a des explications à donner. Je ne sais pas pourquoi elle a fait ça. C’est honteux», fustige la néo-démocrate France Gélinas. «Pour moi, TFO c’est par et pour les francophones. C’est Franco-Ontarien. Ça doit être à notre image», ajoute-t-elle. «Je n’ai pas de problème à ce que TFO fasse des expériences. Mais celle-là, je la qualifierais d’erreur et j’espère qu’on ne la répétera pas.»

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François Pierre Dufault
fpdufault@tfo.org