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Une piste pour la survie du patrimoine religieux franco-ontarien

l'église Saint-Charles-Borromée dans le secteur Vanier à Ottawa avait évité de justesse la démolition en 2013. (Photo: Sébastien Pierroz)

OTTAWA – Des églises menacées de fermeture, voire de démolition: le patrimoine religieux franco-ontarien vit décidément avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Le Réseau du patrimoine franco-ontarien (RPFO) veut dorénavant passer la vitesse supérieure.

SÉBASTIEN PIERROZ
spierroz@tfo.org | @SebPierroz

L’organisme provincial responsable de la mise en valeur de l’histoire du patrimoine de l’Ontario français entend entreprendre une étude de faisabilité pour assurer la protection des presbytères, des différents cimetières, et surtout des églises.

«Cette étude nous permettra de mieux recenser les bâtiments, de savoir ce qui a été fait, et comment nous allons le faire (la protection)», explique Soukaïna Boutiyeb, la toute nouvelle directrice générale du RPFO. «Ça va nous prendre une grosse voix pour aller chercher le financement

Une première rencontre avait déjà eu lieu dans ce sens voilà quelques mois, réunissant notamment l’archiviste en chef de l’Université d’Ottawa, Michel Prévost, l’activiste Huguette Parent, ou encore Samy Khalid, rédacteur en chef de la revue Le Chaînon. Un groupe indépendant dont le RPFO est appelé très vite à «prendre le flambeau», selon Mme Boutiyeb.

«Il va falloir aussi voir ce que l’on peut faire sur le modèle du Québec», résume la directrice générale. Une référence qui n’est pas anodine puisque la Belle Province bénéficie depuis 1995 d’un Conseil du patrimoine religieux capable de subvenir aux besoins du Clergé et des communautés locales pour financer les édifices.

 

Urgence

Michel Prévost l’avoue en tout cas sans ambages: «En Ontario, il n’y a aucune protection. L’État doit absolument intervenir. Cette aide peut-être financière, mais avant tout, il faudrait une évaluation patrimoniale des lieux de culte pour savoir ceux que l’on doit protéger en priorité. Il faut être réaliste, on ne pourra pas tous les sauver.»

Car la baisse de la pratique religieuse peut entraîner non seulement le manque d’entretien des églises, et donc les rendre non sécuritaires. Conséquence? Une fermeture temporaire, voire définitive.

Mais il y a aussi bien pire: une éventuelle menace de démolition pure et simple. Un écueil qu’a évité d’extrême justesse l’église Saint-Charles-Borromée dans le secteur Vanier à Ottawa en 2013. Une désignation de dernière minute en vertu sur la Loi ontarienne avait permis de sauver le lieu de culte érigé en 1908.

«Il n’y a malheureusement pas assez de désignations qui sont effectuées. Ce sont celles-ci qui interdisent pourtant la démolition», déplore M. Prévost. Sans compter qu’à la différence d’Ottawa, beaucoup de villes ne bénéficient pas d’un comité du patrimoine.

Et même lorsque les édifices sont quand même protégés, les problèmes persistent bien souvent aux yeux de l’archiviste: «Une église peut bien être protégée, mais si elle n’est pas entretenue, elle s’abîme, et risque se détériorer très rapidement.»

 

Windsor

L’inventaire des édifices souhaité par le RPFO, via l’étude de faisabilité, risque en tout cas de compter un nom: l’église de l’Assomption située à Windsor. À l’automne dernier, l’évêque du Diocèse de London avait affirmé sa fermeture en raison d’un manque de 10 millions $ nécessaire à la réfection.

Datant de 1767, la paroisse de l’Assomption est la plus ancienne de l’Ontario. Les missionnaires jésuites, les prêtres sulpiciens et les pères basiliens l’ont tour à tour dirigée. «On parle ici effectivement d’un joyau du patrimoine», précise M. Prévost.

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François Pierre Dufault
fpdufault@tfo.org