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Une mauvaise nouvelle pour les francophones de l’ouest d’Ottawa

Crédit photo: Archives #ONfr

OTTAWA – La menace de fermeture qui plane sur la Garderie Tunney’s Daycare (GTD) est une très mauvaise nouvelle pour les francophones de l’ouest d’Ottawa, selon le président du conseil d’administration, Olivier Marois.

BENJAMIN VACHET
bvachet@tfo.org | @BVachet

«Dans l’ouest d’Ottawa, il y a peu de services en français. La Garderie Tunney aide à alimenter un foyer francophone et permet à des parents anglophones d’exposer leurs enfants à la langue française. La garderie joue un rôle très important pour les francophones!»

Père de deux enfants de 2 ans et de 3 ans et demi, Olivier Marois est inquiet de voir la garderie menacée de fermeture. Si rien n’est fait rapidement, l’institution installée dans un édifice fédéral depuis 28 ans devra fermer ses portes, «sans doute d’ici 2017», dit M. Marois.

Autrefois subventionnée par Statistique Canada et ne payant aucun loyer, la GTD a perdu cette aide en 2014 et s’est vue imposer un loyer de 82000$ par an qui avait déjà mis à mal les finances de l’organisme à but non lucratif. L’augmentation de celui-ci à 150000$ à compter du 1er juillet prochain rend désormais son maintien presque impossible, d’après le président du conseil d’administration.

«Nous avions déjà diminué un peu les heures de nos employés et augmenté les frais pour les parents, mais aujourd’hui, nous ne pouvons le faire davantage car ça deviendrait bien trop cher. La majorité de notre budget est consacrée aux salaires et nous n’avons pas beaucoup de flexibilité à cet égard car les règles sont très strictes: pour conserver son permis, une garderie doit appliquer en tout temps, un ratio d’éducateurs à la petite enfance par groupe d’âge d’enfants.»

 

Grande demande à Ottawa

Située sur le complexe du Pré Tunney, dans l’édifice de Statistique Canada, sur la rue Parkdale, GTD offre des services de garde à la petite enfance bilingues à 49 enfants. Actuellement, l’institution emploie 15 employés bilingues à temps plein et 3 employés à temps partiel.

«La garderie offre aussi l’un des seuls services en français dans l’ouest d’Ottawa pour les poupons. Elle est ouverte à tous, pas seulement aux fonctionnaires fédéraux. Il y a une grande demande à Ottawa pour un service comme celui-ci!», précise M. Marois.

Le conseil d’administration a écrit à la députée d’Ottawa-Centre, Catherine McKenna, au président du Conseil du Trésor, Scott Brison et à la ministre des Services publics et de l’Approvisionnement, Judy Foote pour les avertir de la situation. Il souhaiterait obtenir au moins un délai d’un an pour aller chercher un permis d’exploitation plus important auprès de la province.

«On voudrait que le loyer soit gelé le temps que nous puissions changer le permis d’exploitation pour accueillir plus d’enfants, ce qui pourrait nous aider à supporter le loyer.»

Contactés par #ONfr, les bureaux de Mme McKenna et de M. Brison ont préféré renvoyer la balle dans le camp de la ministre Foote.

 

Une décision connue

Dans une réponse envoyée par courriel, le bureau de la ministre des Services publics et de l’Approvisionnement se défend: «En vertu de la Politique sur les garderies en milieu de travail du Conseil du Trésor, un ministère peut choisir d’octroyer une subvention à une garderie en milieu de travail pour compenser le coût du loyer. Lorsqu’un ministère décide de ne plus octroyer une telle subvention, Services publics et Approvisionnement Canada travaille avec la garderie en vue de faire la transition vers les taux de location en vigueur sur le marché.»

Le ministère rappelle que GTD était déjà au courant de la situation: «Statistique Canada a informé Garderie Tunney Daycare en février 2014 de sa décision de ne plus lui octroyer de subvention. Services publics et Approvisionnement Canada a permis à la garderie de disposer d’une période de transition de deux ans avant de mettre en application le taux de location du marché le 1er avril 2016. Cette période a été prolongée de 90 jours pour donner un sursis supplémentaire à la garderie aux fins de la transition et lui permettre de transmettre les avis adéquats aux parents.»

Mais cet argument ne convainc pas M. Marois.

«Quand, en 2014, nous avons appris que nous aurions désormais à payer un loyer, par une décision tout à fait arbitraire du gouvernement conservateur de l’époque, nous nous sommes surtout occupés d’obtenir un délai pour ne pas payer tout de suite le plein prix, puis de réfléchir à comment baisser nos coûts. Ça nous a pris du temps car nous sommes un conseil d’administration de bénévoles qui change souvent. Nous avons finalement essayé de reprendre les négociations en octobre dernier pour obtenir un nouveau délai.»

 

«Absolument illogique!»

Si la solution d’un déménagement dans un nouvel endroit pourrait sembler la meilleure option, M. Marois explique que le menace resterait la même dans la mesure où il faudrait refaire une demande de permis d’exploitation auprès de la province et sans doute rénover les nouveaux locaux pour répondre aux normes.

La menace de fermeture de GTD intervient alors que, dans son dernier rapport, le commissaire aux langues officielles du Canada, Graham Fraser, se disait préoccupé que le financement accordé au développement de la petite enfance en français n’ait pas été renouvelé pour la période 2013-2018.

«GTD offre déjà des services de garde bilingues de haute qualité. Pourquoi est-ce que le gouvernement fédéral laisserait la garderie fermer et perdre l’investissement précieux qu’elle représente? D’un côté, les gouvernements provincial et fédéral affirment vouloir investir dans la création de places de garde additionnelles, d’un autre côté, GTD risque de fermer parce que le gouvernement fédéral impose un loyer excessif. C’est absolument illogique!», s’insurge M. Marois.

Sans se monter rassurant, le ministère ne ferme toutefois pas complètement la porte.

«Services publics et Approvisionnement Canada collabore actuellement avec Statistique Canada et la garderie pour trouver des moyens de faciliter la transition.»

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Benjamin Vachet
Benjamin Vachet
bvachet@tfo.org @BVachet

Originaire de France, Benjamin Vachet vit au Canada depuis plus de dix ans. Titulaire d’un baccalauréat en Administration économique et sociale et d’une maîtrise de journalisme, il a commencé sa carrière en France, avant de la poursuivre au Canada. Il a travaillé pour les hebdomadaires Le Reflet, puis L’Express Ottawa et pour la radio francophone d’Ottawa, Unique FM. Il a rejoint le Groupe Média TFO en 2014. Passionné de politique ontarienne, fédérale et internationale, Benjamin cumule plus de treize années d’expérience en presse écrite, radio et télévision.