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Sault-Sainte-Marie veut une nouvelle écluse

La rivière Sainte-Marie à Sault-Sainte-Marie. François Pierre Dufault

SAULT-SAINTE-MARIE – L’économie de Sault-Sainte-Marie dépend largement de deux écluses vieillissantes aux États-Unis et la communauté d’affaires et politique de la troisième plus grande ville du nord de l’Ontario se mobilise, avec des élus américains, pour obtenir de Washington la construction d’une nouvelle écluse.

FRANÇOIS PIERRE DUFAULT
fpdufault@tfo.org | @fpdufault

BENJAMIN VACHET
bvachet@tfo.org | @BVachet

La rivière Sainte-Marie, à cheval sur la frontière avec les États-Unis, est la seule voie de navigation entre les grands lacs Huron et Supérieur. Deux écluses du côté américain – communément appelées Soo Locks – permettent à des centaines de navires chaque année de transporter du minerai des ports du Nord ontarien et du Minnesota vers les grands centres industriels du sud du Michigan et de l’Ohio, notamment.

Les Soo Locks commencent toutefois à montrer des signes de leur âge. La plus petite, l’écluse MacArthur, vieille de 73 ans, s’est brisée à l’été 2015 et il a fallu une vingtaine de jours pour la remettre en état. La fermeture a détourné toute la navigation dans l’écluse Poe, la seule capable d’accueillir des vraquiers de 300 mètres, qui elle aussi s’est brisée, entraînant brièvement la fermeture complète du canal.

Les deux incidents simultanés ont retardé un total de 103 navires.

«Si les deux écluses se brisaient en même temps et demeuraient hors service pendant 30 jours, les économies du Canada, plus particulièrement du nord de l’Ontario, et des États-Unis encaisseraient des pertes de 160 millions $», signale Matthew Shoemaker, un élu municipal de Sault-Sainte-Marie, à #ONfr. «L’impact économique serait énorme.»

 

Bris à répétition

Des bris ont provoqué la fermeture des écluses MacArthur et Poe, tour à tour, pendant plus de 3000 heures, soit l’équivalent de 125 jours, depuis 2009.

À la fin de l’été 2015, le conseil municipal de Sault-Sainte-Marie a adopté sous l’impulsion de M. Shoemaker une résolution de soutien «complet et sans réserve» aux élus de l’État américain du Michigan qui réclament une nouvelle écluse pour les plus gros vraquiers sur les Grands-Lacs, et ce, depuis près d’une trentaine d’années.

Les gens d’affaires de la région d’Algoma, y compris l’autorité portuaire et les deux principales entreprises métallurgiques de l’endroit, Essar Steel Algoma et Tenaris Algoma Tubes, qui dépendent grandement des Soo Locks pour leur commerce, se sont aussi mobilisés pour obtenir une nouvelle écluse. Les bris à répétition des écluses MacArthur et Poe depuis quelques années font craindre à plusieurs entreprises ontariennes une fermeture prolongée du canal qui entraînerait des pertes substantielles.

«Notre entreprise dépend beaucoup de la fiabilité des écluses à la fois pour le fret entrant et sortant», a fait savoir Kalyan Ghosh, président d’Essar Steel Algoma, dans une lettre d’appui à une nouvelle écluse datée du 8 septembre. «Des retards de livraison de matières premières, de produits finis ou de sous-produits peuvent avoir des conséquences graves sur notre fonctionnement, provoquant des pannes imprévues (…) et des licenciements potentiels.»

 

Depuis les années 1980

Le gouverneur Rick Snyder, du Michigan, a réitéré dans un discours et dans les médias sociaux à la mi-janvier l’importance d’une nouvelle écluse de 300 mètres sur la rivière Sainte-Marie. Il a demandé une fois de plus au président Barack Obama et au Congrès américain de s’engager financièrement dans le projet qui demeure sur la touche depuis le milieu des années 1980.

«Les Soo Locks demeurent très importantes pour le présent et l’avenir du Michigan. Une deuxième écluse de 1000 pieds (300 mètres) est nécessaire», a écrit M. Snyder sur son compte Twitter.

Le canal de la rivière Sainte-Marie est administré par le Corps des ingénieurs de l’armée des États-Unis, qui recommande depuis 1986 la construction d’une nouvelle écluse pour désengorger l’écluse Poe et prendre le relais en cas de bris majeur. Cette «super-écluse» remplacerait deux vieilles écluses, l’écluse Davis et l’écluse Sabin, inaugurées respectivement en 1914 et 1919, et inutilisées depuis plusieurs années.

Malgré des demandes répétées des élus du Michigan depuis près de trois décennies, le Congrès américain n’a jamais débloqué le financement nécessaire à la construction d’une nouvelle écluse entre les lacs Huron et Supérieur.

 

Un rôle pour Ottawa?

«Il y en a pour 5 à 6 milliards $ en matériaux bruts qui passent par les écluses de Sault-Sainte-Marie à chaque année», fait remarquer le conseiller municipal Matthew Shoemaker à #ONfr. «Nos gouvernements fédéral et provincial ont peut-être, eux aussi, un rôle à jouer», dit-il, n’écartant pas l’idée d’une contribution financière du Canada au projet.

Ce n’est toutefois pas dans les cartons d’Ottawa d’offrir à Washington une part de financement pour une «super-écluse» qui demeurerait, par ailleurs, la propriété de l’armée américaine.

«Nous appuyons ce projet de nouvelle écluse qui est important pour la région, mais comme il s’agit d’une infrastructure de juridiction américaine, nous ne comptons pas investir financièrement dedans. Il n’y a d’ailleurs eu aucune demande de la part du Michigan et je doute qu’il y en ait une», affirme Terry Sheehan, député fédéral de Sault-Sainte-Marie. «Nous allons pour notre part faire les travaux nécessaires sur notre écluse, qui est davantage une écluse récréative, ce qui, combiné aux travaux que pourraient faire les États-Unis, va profiter à toute la région.»

L’écluse récréative du côté canadien est d’une longueur de 77 mètres seulement.

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François Pierre Dufault
fpdufault@tfo.org