#Francophonie

Santé en français: un bilan mitigé 18 ans après Montfort

L'hôpital Montfort est désigné en vertu de la Loi sur les services en français de l'Ontario depuis 1989. (Photo: WikiCommons)

OTTAWA – Les francophones célèbrent cette semaine le 18e anniversaire du grand ralliement pour sauver l’hôpital Montfort. L’issue du long combat enclenché à ce moment a finalement été victorieuse. Et même procuré de précieux changements pour l’établissement d’Ottawa et ailleurs dans la province.

SÉBASTIEN PIERROZ
spierroz@tfo.org | @SebPierroz

FRANÇOIS PIERRE DUFAULT
fpdufault@tfo.org | @fpdufault

«La taille de l’hôpital a doublé depuis. Nous avons maintenant un hôpital universitaire. C’est un bel exemple d’une réussite franco-ontarienne», a rappelé à #ONfr la ministre Madeleine Meilleur, responsable des Affaires francophones à Queen’s Park.

L’effet positif de la bataille pour sauvegarder l’établissement se mesure même 14 ans après que la Cour d’appel de l’Ontario eut contredit la décision initiale du gouvernement progressiste-conservateur de Mike Harris. C’est du moins l’avis de la néo-démocrate France Gélinas, critique de son parti en matière de Santé et d’Affaires francophones.

«Pour l’accès des francophones à des services de santé en français, Montfort a été un point tournant. Ça a créé un précédent qui a aidé un paquet d’autres communautés ou organismes qui ont fait face à des problèmes pour garder des services de santé en français. Nous n’aurions pas autant avancé sans Montfort.»

L’établissement d’Ottawa est toujours l’un des rares à bénéficier d’une désignation totale en vertu de la Loi sur les services en français, la fameuse Loi 8 de 1986. C’est aussi le cas pour l’Hôpital général d’Ottawa, celui de Hawkesbury, et enfin l’Hôpital Notre-Dame à Hearst.

Le commissaire aux services en français, François Boileau, est en tout cas formel: d’autres changements ont eu lieu dans la foulée de Montfort au niveau de la province. «Nous avons mis en place des Réseaux locaux d’intégration des services de santé (RLISS) en 2007, puis des entités de planification censées conseiller les RLISS sur les besoins en matière francophone.»

Encore des combats

Dix-huit ans après le grand rassemblement de 10 000 francophones pour l’hôpital Montfort, les combats demeurent tout de même. Dernier en date: la menace de fermeture planant sur un hôpital partiellement désigné en vertu de la Loi sur les services en français de l’Ontario.

Le campus de l’Hôpital général de la baie Georgienne (HGBG) à Penetanguishene pourrait fermer ses portes en 2016, le résultat d’une restructuration. «On est toujours au développement de l’enquête», reconnaît à cet égard Me Boileau.

Au printemps 2012, les francophones de l’Ontario avaient connu une autre alerte du côté de Cornwall dans l’Est ontarien quand la communauté anglophone de la région, ainsi que le maire de la municipalité de Stormont-Sud, avaient décidé de couper le financement de l’établissement. Motif? La politique de recrutement de personnel bilingue de l’hôpital menée en vertu de Loi 8 et tout juste mis en place dans l’édifice.

Le Nord de la province n’est pas épargné par les menaces, la faute à une pénurie d’infirmières et de professionnels francophones de la santé. Les «réorganisations» se traduisent par l’abolition de postes d’infirmières dans plusieurs hôpitaux de la province, estime de plus, Mme Gélinas, elle-même une professionnelle de la santé. «Déjà, l’Ontario est la deuxième province avec le plus bas ratio d’infirmière par habitant. Et les études démontrent clairement que moins il y a d’infirmières, moins bons sont les résultats dans les hôpitaux. C’est très inquiétant.»

Au-delà des angoisses, les francophones sont souvent mal informés des services de santé en français, renchérit Me Boileau. «Les citoyens ont vraiment du mal à se retrouver et comprendre les services spécifiques en français offerts par les établissements. Il y a encore beaucoup de travail à faire à ce niveau.» Le commissaire cite la possibilité d’un travail d’interprétation accru pour certains services, le tout mené par les entités de planification.

«Est-ce que (des exemples comme Montfort et Penetanguishene) vont cesser de se reproduire? J’espère que oui. Mais je ne rêve pas en couleurs», conclut Mme Meilleur, évoquant un combat de tous les jours. «Nous avons besoin de nous assurer que la Loi sur les services en français est connue et respectée.»

Vous aimez ? Faites-le nous savoir !

François Pierre Dufault
fpdufault@tfo.org