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Recensement long: les francophones soulagés

Depuis début mai, l’ensemble de la population canadienne doit remplir le formulaire court du recensement 2016. Archives, #ONfr

OTTAWA – Tout juste assermenté, le nouveau gouvernement de Justin Trudeau s’est empressé d’annoncer le rétablissement du questionnaire long obligatoire du recensement. Une décision saluée par de nombreuses personnes et organismes à travers le Canada, notamment par les communautés francophones en situation minoritaire.

BENJAMIN VACHET
bvachet@tfo.org | @BVachet

En 2010, la décision du gouvernement de M. Harper de supprimer le questionnaire long obligatoire du recensement pour le remplacer par un formulaire court et volontaire avait suscité l’ire de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada et de la Fédération culturelle canadienne-française (FCCF).

L’organisme porte-parole des francophones en situation minoritaire avait déposé une plainte auprès du commissaire aux langues officielles et avait même porté sa cause devant la Cour fédérale, sans succès.

La présidente de la FCFA, Sylviane Lanthier, explique les raisons de cette mobilisation.

«Cette abolition allait nuire à la capacité du gouvernement fédéral de collecter les données nécessaires pour bien desservir nos communautés. Ces informations sont indispensables pour mettre en place des politiques publiques efficaces qui répondent aux besoins des francophones en situation minoritaire, que ce soit en matière de santé, ou d’éducation.»

La décision du gouvernement de Justin Trudeau est donc, sans surprise, saluée par Mme Lanthier, ainsi que par le président de la FCCF, Martin Théberge.

«Les données recueillies ont un impact sur les politiques mises en place par le gouvernement, notamment pour l’établissement potentiel de programmes de financement. Elles nous permettent de disposer d’arguments et de pouvoir nous défendre, mais aussi d’évaluer si un programme est adéquat ou non.»

Le Commissaire aux services en français (CSF) de l’Ontario, François Boileau, avait lui aussi vertement critiqué cette décision. Il se réjouit de la décision du nouveau gouvernement.

«Le recensement long est un outil essentiel et je suis très heureux de son retour. Ce sont des données précieuses qui me servent dans mes rapports et qui sont fiables pour aider à établir des politiques publiques et desservir la population. Sans le recensement long, nous n’étions plus capables d’avoir un profil complet de la communauté franco-ontarienne, notamment de connaître son taux de scolarité, son niveau d’éducation, le genre d’emplois qu’elle occupe, son niveau de salaire… Autant d’informations essentielles pour prévoir des programmes.»

En Ontario, l’Office des affaires francophones (OAF), qui publie un portrait de la francophonie de l’Ontario sur la base des chiffres du recensement, reconnaît avoir mis plus de temps pour réaliser son document avec les chiffres de 2011. Celui-ci est d’ailleurs bien moins détaillé pour 2011 qu’il ne l’était pour 2006, faute d’avoir le même montant d’information.

Le professeur à l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa, Claude Denis, reconnaît que la formule longue du recensement est très utile, autant pour les chercheurs universitaires que pour les acteurs communautaires et les trois paliers de gouvernement qui s’en servent pour prendre leurs décisions.

«Le formulaire court va moins dans le détail et ne permet pas d’avoir des données fiables. N’étant pas obligatoire, il ne permet pas d’être sûr que l’information est représentative de la population. Des communautés ont ainsi disparu dans l’Étude nationale auprès des ménages (ENM) de 2011. Et quand ce sont les communautés francophones en milieu minoritaire qui disparaissent du radar, cela peut avoir un impact très important. Si on ne sait pas qu’une population existe, comment et pourquoi la servir?»

 

Une décision idéologique

Pour M. Denis, la décision du gouvernement Harper était avant tout idéologique.

«Il faut comprendre que la vocation générale de ce gouvernement était de réduire la taille du gouvernement canadien et son rôle. Une des manières de le faire consiste à éliminer l’information car sans information, le gouvernement n’est plus capable d’adopter des politiques et donc de s’investir dans toute sorte de domaines.»

Pour les communautés francophones en situation minoritaire comme pour plusieurs pans de la société, le retour du recensement long est une bonne nouvelle, selon le politologue.

«C’est une bonne nouvelle à long terme», reconnaît M. Théberge. «Mais à court terme, il v a y avoir un vide et il va falloir attendre deux recensements pour avoir de nouveau des données probantes.»

Alors que le prochain recensement aura lieu en 2016, il y avait urgence d’agir, selon Mme Lanthier. «Il fallait agir rapidement et ce geste n’est pas symbolique, il est très concret ! Ce qu’on a perdu montre qu’il y a des choses à protéger pour assurer notre capacité à capter de l’information», lance-t-elle.

Pour le professeur Denis, il s’agit aussi pour le gouvernement d’envoyer un message. «Cette décision est, bien sûr, une bonne nouvelle pour les communautés francophones en situation minoritaire, mais elle envoie surtout un message à toute la société canadienne. Pour Justin Trudeau et son gouvernement, il s’agissait bien sûr de marquer une différence avec le précédent gouvernement.»

 

Benjamin Vachet
Benjamin Vachet
bvachet@tfo.org @BVachet

Originaire de France, Benjamin Vachet vit au Canada depuis plus de dix ans. Titulaire d’un baccalauréat en Administration économique et sociale et d’une maîtrise de journalisme, il a commencé sa carrière en France, avant de la poursuivre au Canada. Il a travaillé pour les hebdomadaires Le Reflet, puis L’Express Ottawa et pour la radio francophone d’Ottawa, Unique FM. Il a rejoint le Groupe Média TFO en 2014. Passionné de politique ontarienne, fédérale et internationale, Benjamin cumule plus de treize années d’expérience en presse écrite, radio et télévision.