#Francophonie, #Ontario

«Ottawa est une ville anglophone, retournez au Québec.»

Le programme Ontario au travail sur la rue Catherine est administré par des employés de la Ville d'Ottawa. Sébastien Pierroz

[TÉMOIGNAGE]
OTTAWA – Ottawa, une ville par et pour les Anglophones? C’est en tout cas le message donné par une employée de la Ville d’Ottawa à un résident francophone au moment de demander une aide sociale.

SÉBASTIEN PIERROZ
spierroz@tfo.org | @sebpierroz

En réalité, tout commence en 2014 lorsque Marc*, 35 ans, décide de quitter la ville de Québec pour rejoindre la capitale du Canada. L’envie d’un nouveau départ, mais aussi de rejoindre son conjoint lui-même établi à Ottawa.

Marc dont l’anglais est boiteux sait le défi qui l’attend. Décrocher une job sera plus difficile. Il commence des cours d’anglais, et dans le même temps va demander conseil à Emploi Ontario.

Première désillusion racontée à #ONfr: «J’ai eu une entrevue de 15 minutes avec un agent d’Emploi Ontario. Par la suite, ils m’ont proposé de traduire mon CV du français à l’anglais. Mais la traduction était bourrée de fautes. J’ai certains amis qui sont bilingues et qui m’ont confirmé que cela ressemblait à du Google Translate

Les mois passent. Marc enchaîne les contrats sans lendemain. En novembre 2015, à cours d’argent, il se rend dans les bureaux du programme Ontario au travail sur la rue Catherine. Bien que dépendant des fonds de l’Ontario, le service est administré par la Ville d’Ottawa. Objectif pour Marc? Décrocher une aide financière. Une employée s’occupe alors de son cas en français.

«Je lui ai donné mon CV toujours en français. Elle m’a rétorqué « C’est inacceptable. Ça n’a pas de bon sens. » Je lui ai répondu calmement que je ne parlais pas bien en anglais. Ce à quoi elle a répondu que j’aurais dû tout simplement donner mon CV en anglais. Qu’Ottawa était une ville anglophone, et que les francophones ici présents parlaient de toute manière en anglais. Je n’ai pas aimé son ton.»

La conversation s’envenime. Marc explique à l’agente qu’il est ouvert à trouver un travail du côté de Gatineau s’il le faut. Réponse cinglante de l’employée: «À ce moment-là, louez-vous un appartement du côté de Gatineau et retournez au Québec, car ici tous les francos parlent anglais.»

 

Plainte

Avec le recul, Marc ne décolère pas. «Je ne m’attendais vraiment pas à ça. Surtout venant d’une francophone.»

À tel point que quatre mois après l’indicent, Marc a écrit à la Ville d’Ottawa pour déposer une plainte. «J’attends de recevoir les formulaires.»

Joint par #ONfr, la Ville d’Ottawa a réagi dans un échange de courriels: «Nous ne sommes pas en mesure de confirmer que cet événement a eu lieu. Nos services à l’emploi sont offerts à tous les résidents de l’Ontario dans la langue de préférence des clients (anglais et français) et la Ville offre également, sur demande, des services d’interprétation dans plusieurs langues.»

Côté travail, les choses s’arrangent progressivement pour Marc. Il vient de décrocher un emploi à Hull. Niveau anglais, il progresse. «Je sors à Ottawa souvent les fins de semaine, et pratique mon anglais.»

Et de conclure: «Du Québec, je pensais qu’Ottawa était plus accueillante avec les francophones. Je me suis trompé.»

*Le prénom a volontairement été changé, l’homme cité dans l’article voulant conserver son anonymat.

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Sébastien Pierroz
Sébastien Pierroz
spierroz@tfo.org @sebpierroz

Natif d’Annecy dans les Alpes françaises, Sébastien Pierroz obtient une maîtrise d’histoire de l’Université Paris Panthéon-Sorbonne en 2007. Après avoir travaillé pour Le Reflet dans l’Est ontarien, puis L’Express d’Ottawa, Sébastien rejoint l’équipe d’#ONfr au Groupe Média TFO en janvier 2015.