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Ne pas noyer le poisson

La centrale hydroélectrique Sir-Adam-Beck de l'Ontario Power Generation à Niagara Falls. Ontario Power Generation

[ANALYSE]
Le club des fonctionnaires de l’Ontario qui gagnent plus de 100000$ grandit chaque année avec la Divulgation des traitements dans le secteur public – la fameuse Sunshine List. Et le dévoilement de cette liste est toujours accompagné d’un questionnement sur sa pertinence, ou encore son seuil minimal.

FRANÇOIS PIERRE DUFAULT
fpdufault@tfo.org | @fpdufault

C’est un questionnement valable.

Les progressistes-conservateurs de Mike Harris ont créé la Sunshine List en 1996 afin de rendre plus transparents les traitements dans la fonction publique ontarienne. Ils ont parié, à l’époque, que le fait de rendre publics les salaires et les avantages sociaux des employés les mieux payés de l’État limiterait les abus et les extravagances.

Pas faux.

Mais les temps ont changé. Et la liste des fonctionnaires pour qui le soleil brille semble avoir mal vieilli.

Il y a 20 ans, la Sunshine List ne comptait qu’un peu plus de 4500 noms. Elle compte aujourd’hui plus de 115000 noms. On y retrouve des hauts gestionnaires, mais aussi des milliers de chauffeurs d’autobus, d’enseignants, d’infirmières et de policiers. Difficile d’y voir clair.

Le seuil de 100000$ n’a pas changé depuis 1996. S’il avait été rajusté pour suivre l’inflation, il serait aujourd’hui de 146774$ et la liste serait 83% plus courte.

La première ministre Kathleen Wynne a déjà jonglé avec l’idée de relever le seuil de la Sunshine List. Mais elle s’est ravisée. «Je pense qu’il y a beaucoup de gens dans la province (…) qui croient que 100000$ est encore une grosse somme à gagner», a-t-elle déclaré, jeudi 24 mars.

Et oui, 100000$ est un seuil psychologique important. C’était vrai en 1996 et ça l’est encore aujourd’hui.

 

Prévenir les abus

Sauf que la vraie utilité de la Sunshine List, c’est de prévenir les abus et les extravagances ou de les rendre tellement évidents qu’ils deviennent gênants. Qu’un chauffeur d’autobus ou un policier au sommet de son échelle salariale et ayant travaillé des heures supplémentaires passe au-dessus de la barre des 100000$, ça n’a plus rien d’extravagant ni de gênant. C’est devenu la norme en 2016.

Ce qui fait jaser dans les chaumières, c’est le salaire mirobolant de Thomas Mitchell, l’ancien grand patron de l’Ontario Power Generation qui a engrangé plus de 1,5 million $ avant de prendre sa retraite, fin 2015. Ce sont aussi les salaires des quatre responsables des jeux PanAm de Toronto qui se sont hissés dans le top-10 des fonctionnaires les mieux payés, chacun ayant empoché plus de 750000$ l’an dernier.

La Sunshine List a bien prouvé son utilité, il y a un an, lorsque le recteur de l’Université Western, à London, s’est fait prendre à encaisser en double son salaire annuel, soit 945000$, afin de monnayer une année sabbatique qu’il n’avait pas réussi à prendre. Cette année, le nom d’Amit Chakma n’apparaît même pas sur la liste. L’institution s’est remboursée à même son salaire.

Les quatre provinces de l’Ouest canadien se sont aussi dotées de palmarès des salaires à l’ontarienne pour rendre leur fonction publique plus transparente. Il est étonnant que le Québec et les provinces de l’Atlantique de même que le gouvernement fédéral ne l’aient pas encore fait.

La Divulgation des traitements dans le secteur public est un mécanisme de transparence qui fonctionne, à condition de ne pas noyer le poisson. Il faut que les contribuables puissent s’y retrouver pour être capables d’identifier les cas d’abus et demander des comptes. Il faut retenir l’esprit de la loi de 1996. Pas nécessairement les balises.

 

Cette analyse est publiée également dans le quotidien LeDroit du 26 mars.

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François Pierre Dufault
fpdufault@tfo.org