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Migrants haïtiens: «Nous n’avons pas de réponse»

Une lettre envoyée par un organisme haïtien de Toronto interpelle le gouvernementCrédit image: photomontage #ONfr

TORONTO – Le silence du gouvernement ontarien sur la question des migrants haïtiens, menacés d’expulsion par le gouvernement américain, est dénoncé dans une lettre envoyée à la ministre des Affaires civiques et de l’Immigration, Laura Albanese. La province devrait leur tendre la main afin de se rapprocher de sa cible en immigration francophone, selon la missive dont #ONfr a obtenu copie. 

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

La lettre rédigée par le leader communautaire haïtien Amikley Fontaine rappelle que 60 000 citoyens originaire d’Haïti pourraient être expulsés des États-Unis, dès janvier prochain. Leur pays d’origine ne peut les recevoir en raison de l’instabilité socio-économique et politique, rappelle-t-il.

Malgré les rencontres avec les différents paliers de gouvernements, M. Fontaine dénonce le silence complet des autorités ontariennes sur le sort futur de ces milliers d’Haïtiens qui souhaiteraient venir s’établir légalement au Canada.

«Nous avons également rencontré les trois branches du gouvernement canadien, y compris une représentante de votre ministère à propos de cette crise.  Pour ainsi dire, jusqu’à date nous n’avons pas de réponse», dénonce-t-il dans la lettre envoyée à la ministre Albanese.

Amikley Fontaine, leader communautaire haïtien. Crédit image: gracieuseté

L’arrivée massive de migrants haïtiens, de manière illégale, par les frontières du Québec, a provoqué une crise plus tôt cette année. L’organisme affirme que plusieurs de ces migrants ont ensuite poursuivi leur chemin vers l’Ontario. Il estime que pour éviter qu’un tel scénario ne se reproduise en janvier, il faut agir.

«Nous aimerions savoir si les services d’immigration en Ontario pourraient élaborer un programme qui faciliterait l’arrivée d’une partie de ces migrants francophones», écrit M. Fontaine dans sa lettre. Il réitère ainsi une demande faite à plusieurs reprises en Ontario par d’autres leaders haïtiens, au cours des derniers mois.  «Aujourd’hui, le Canada se présente comme un défenseur de la francophonie dans le monde. Donc, l’arrivée de ces migrants en Ontario pourrait davantage élargir l’espace francophone», complète-t-il. M. Fontaine a aussi fait parvenir une lettre similaire au ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, Ahmed Hussen.

D’autres acteurs de la communauté haïtienne partagent les mêmes craintes, actuellement. C’est le cas de Rony Désir, coordonnateur de la Maison d’Haïti à Toronto. Il s’attriste du silence gouvernemental. «On attend de voir si le gouvernement américain va leur permettre de rester. On le saura à la fin du mois de novembre. Nous, on sonne l’alarme. Il faut faire des préparatifs et s’organiser avant. Nous avons eu aucun appel du gouvernement ontarien», s’étonne-t-il.  «La province veut des francophones, il y en a qui veulent venir. Ces Haïtiens vont aller dans des écoles francophones», ajoute-t-il.

Le gouvernement demeure sur ses positions

L’Ontario ne semble pas être au même diapason que des membres de la communauté haïtienne torontoise. Aucune stratégie n’a été développée par la province pour gérer le possible flux de migrants haïtiens qui pourraient faire leur arrivée prochainement, permettent de conclure les informations transmises par le gouvernement à #ONfr.

Le gouvernement ontarien n’a pas constaté une augmentation significative du nombre d’Haïtien souhaitant s’établir sur son territoire, a indiqué Sara Amash, une porte-parole de la ministre des Affaires civiques et de l’Immigration, Laura Albanese. La province a offert de l’aide lorsque des migrants sont arrivés au Québec, mais la grande majorité ont décidé d’y rester ou d’y retourner, selon la province.

L’immigration constitue une juridiction fédérale, ajoute le gouvernement. La province rappelle avoir participé à une rencontre avec le fédéral et un conseiller municipal de Toronto au début du mois de septembre, rappelle-t-on dans la déclaration envoyée à #ONfr.

«L’Ontario a l’habilité de fournir un grand nombre de services et de l’appui pour l’établissement des immigrants et nous sommes prêts à répondre aux besoins des réfugiés, de ceux qui demandent un tel statut ou des autres nouveaux arrivants, en respect avec notre juridiction provinciale», selon la porte-parole de la ministre. 15 millions de dollars ont été investis depuis 2015 pour aider les réfugiés, indique-t-elle.

La province n’a pas réagi à l’idée de mettre en place des mesures spéciales pour aider les migrants haïtien, malgré les demandes d’informations en ce sens formulées par #ONfr.

 

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Étienne Fortin-Gauthier
Étienne Fortin-Gauthier
efgauthier@tfo.org @etiennefg

Étienne Fortin-Gauthier est journaliste depuis une dizaine d’années. Il a collaboré à plusieurs grands médias canadiens et européens, dont La Presse Canadienne, le quotidien La Presse, l’Agence France-Presse et le groupe de presse L’Avenir (Belgique). Il s’est initié aux dossiers de la francophonie canadienne lors d’un séjour au Réseau francophone d’Amérique, qui travaille de près avec les stations radiophoniques francophones en milieu minoritaire. Étienne est diplômé de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon, à Toronto, et du programme bidisciplinaire en communication et science politique de l’Université de Montréal.