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Menace pour l’alphabétisation en français

L'éducation pourrait empêcher certains risque de déviance des jeunes, estime notre chroniqueuse. Archives

OTTAWA – L’élection d’un nouveau gouvernement à la Chambre des communes n’a pas encore eu d’effet sur Réseau pour le développement de l’alphabétisme et des compétences (RESDAC) qui est toujours menacé.

BENJAMIN VACHET
bvachet@tfo.org | @BVachet

Comme le révélait #ONfr, le 14 octobre 2015, le RESDAC vit des jours sombres. L’organisme jouera son va-tout le 18 février prochain, jour où sa directrice générale, Gabrielle Lopez, et son vice-président, Donald Desroches, rencontreront la ministre de l’Emploi, du Développement de la main-d’œuvre et du Travail, MaryAnn Mihychuk.

«Nous sommes dans une période de démarchage. Nous avons besoin de nous faire connaître du nouveau gouvernement, de parler de notre mission mais aussi de savoir quelles sont ses intentions. Nous avions aussi approché le ministre Duclos (Ministre de la Famille, des Enfants et du Développement social – ndlr) qui n’a malheureusement pas le temps de nous recevoir. C’est dommage car nous aurions aimé parler avec lui de l’enjeu de l’alphabétisation familiale qui n’était pas financée ces dernières années», explique Mme Lopez.

Le RESDAC a également sollicité la ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly, qui n’a pas encore répondu à la demande.

Créé en 1991, l’organisme se donne pour mission de concerter, coordonner et assurer la cohésion des niveaux d’alphabétisme et de compétences essentielles des adultes francophones de tout le Canada. Composé de treize membres à travers le pays, le RESDAC les accompagne dans leur travail sur le terrain.

«Souvent les organismes qui fournissent des services en alphabétisation n’ont pas le temps de réfléchir à des outils et des méthodes, ou de partager les meilleures pratiques. Ils n’ont pas de ressources stables, ont des difficultés à conserver leurs employés qualifiés, faute de pouvoir leur offrir des conditions de travail compétitives… Nous sommes là pour les épauler dans leur travail mais aussi pour leur permettre de se faire entendre par les décideurs.»

 

Des difficultés depuis 2013

La situation difficile du RESDAC n’est pas nouvelle. Elle date de 2013, année où le gouvernement conservateur a décidé de supprimer le financement de base de l’organisme pour n’en financer que les projets.

«Le gouvernement ne voyait pas le bienfondé de notre méthode. Il préférait concentrer ses ressources sur les services directs d’employabilité. Le problème, c’est que pour des adultes qui ont de faibles connaissances, cela n’est pas adapté.»

La situation est d’autant plus critique pour les francophones du Canada, selon Mme Lopez, dont 49% auraient des difficultés à lire et comprendre un simple texte, selon le premier rapport pancanadien sur le PEICA (Programme pour l’évaluation internationale des compétences des adultes) dévoilé en 2013.

«Cette réalité a un coût. Et trop souvent, quand les provinces obtiennent de l’argent du fédéral, elles oublient les minorités francophones en difficulté», note-t-elle.

En attendant de connaître la position du gouvernement de Justin Trudeau, le RESDAC tente de survivre. Alors qu’il comptait encore six employés il y a quelques années, le RESDAC fonctionne actuellement avec une directrice générale qui enchaîne les contrats de trois mois depuis septembre dernier et un employé qui vient une journée par semaine s’occuper des finances.

«Pour le reste, nous avons des employés à contrat le temps des projets. Un se termine en ce moment, le prochain en juin. Nous arrivons à en déposer deux à trois projets par année au maximum, mais cela prend beaucoup de temps et d’énergie de préparer les demandes, sachant que nous procédons en partenariat avec d’autres organismes et que nous sommes pancanadiens.»

 

Pas de miracle

De plus, il faut parfois parier sur l’avenir lorsque les réponses des deux bailleurs de fonds principaux du RESDAC, Patrimoine canadien et le Bureau de l’alphabétisation et des compétences essentielles (BACE), tardent, indique Mme Lopez. Il y a un an, l’organisme a déposé deux gros projets auprès du BACE mais attend toujours de savoir s’ils sont approuvés.

Selon la directrice générale, il faudrait un budget de base de 200000 $ par année pour permettre à son organisme de fonctionner, d’accompagner ses organismes membres et d’organiser des rencontres.

«C’est très important de se rencontrer en personne au moins deux fois par année pour créer des projets en commun, se mobiliser et construire une confiance mutuelle. Actuellement, nous procédons par téléphone, ce n’est pas du tout pareil.»

Le RESDAC espère profiter des promesses libérales de soutien à la formation professionnelle et au développement des compétences. Le Parti libéral du Canada (PLC) a promis un «montant supplémentaire de 775 millions$ par an pour aider les Canadiens à bénéficier de la formation dont ils ont besoin pour trouver de bons emplois et les garder».

«Aujourd’hui, c’est du 50-50. Nous envisageons peut-être de faire renaître l’organisme sous une autre forme ou de nous associer à un autre groupe ou encore de devenir une entreprise sociale. Le gouvernement a fait beaucoup de promesses, mais la réalité économique n’a pas changé, nous n’attendons pas de miracle.»

Benjamin Vachet
Benjamin Vachet
bvachet@tfo.org @BVachet

Originaire de France, Benjamin Vachet vit au Canada depuis plus de dix ans. Titulaire d’un baccalauréat en Administration économique et sociale et d’une maîtrise de journalisme, il a commencé sa carrière en France, avant de la poursuivre au Canada. Il a travaillé pour les hebdomadaires Le Reflet, puis L’Express Ottawa et pour la radio francophone d’Ottawa, Unique FM. Il a rejoint le Groupe Média TFO en 2014. Passionné de politique ontarienne, fédérale et internationale, Benjamin cumule plus de treize années d’expérience en presse écrite, radio et télévision.