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Manitoba: «La francophonie est en progrès continu»

Le premier ministre du Manitoba, Greg Selinger. ARCHIVES TFO

WINNIPEG  – Une loi sur les services en français se dessine progressivement dans le Manitoba. Dans une entrevue entièrement en français à #ONfr, le premier ministre de la province, Greg Selinger, explique pourquoi il soutient l’initiative.

SÉBASTIEN PIERROZ
spierroz@tfo.org | @SebPierroz

«Une loi est nécessaire. Nous sommes dans une stratégie de services bilingues depuis des années (…) On ne veut pas mettre la communauté francophone dans la précarité», explique le chef du gouvernement néo-démocrate.

Le premier ministre du Manitoba, Greg Selinger, avait fait l’annonce de cette loi en octobre lors de l’assemblée générale annuelle de la Société franco-manitobaine (SFM), l’organisme représentant les 42 000 francophones du Manitoba.

En réalité, ce projet de loi, vraisemblablement déposé dans les semaines à venir, offrirait un cadre juridique à la politique sur les services en français déjà en place.

Car à la différence d’une majorité de Franco-Ontariens protégés en vertu de la Loi sur les services en français (Loi 8 de 1986), le Manitoba reste soumis à une simple politique. Celle-ci adoptée en 1989 repose sur le concept d’offre active dans les régions désignées bilingues.

Alors qu’une élection provinciale se profile au printemps prochain dans le Manitoba, M. Selinger ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. «Nous désirons aussi appuyer une définition plus inclusive de la francophonie. Certains francophones immigrent dans notre province, mais possèdent uniquement le français comme seconde langue, et n’entrent pas dans la définition de Statistique Canada lors de ces recensements.»

Basée essentiellement sur la langue maternelle et la première langue officielle parlée, la définition du gouvernement fédéral ne cesse d’être aussi dénoncée par la SFM.

Le Manitoba imiterait donc l’Ontario et sa définition «inclusive» de la francophonie (DIF) introduite par le gouvernement provincial en 2009.

Autre projet de la SFM cité par M. Selinger en entrevue: le respect de la cible de 7% de nouveaux arrivants francophones. Évasif sur les moyens, M. Selinger promet «d’appuyer» sa réalisation. Selon la définition de Statistique Canada, la proportion d’immigrants francophones dans la province se situe toujours en dessous de 2%.

Saluée par la SFM, cette promesse d’une loi apparaît en tout cas selon l’organisme dans la lignée de «l’approche par étapes», entreprise par M. Selinger. «Il y avait eu par exemple la loi pour que le Collège universitaire de Saint-Boniface devienne l’Université de Saint Boniface (USB) en 2011, mais aussi la protection de services bilingues», partage son président-directeur-général, Daniel Boucher.

«La francophonie est en progrès continu, nous y sommes allés progressivement», note M. Selinger.

Pour M. Boucher, l’opportunité d’une loi sur les services en français reste une aubaine. «Une loi est beaucoup plus dure à changer qu’une politique. On peut aller la contester. Alors qu’une politique reste à la bonne volonté du gouvernement.»

 

Attente

Si le projet se concrétise, il aura fallu patienter plus de 16 ans de gouvernance néo-démocrate pour que les francophones voient cet enchâssement devenir une réalité.

Pour Raymond Hébert professeur émérite de sciences politiques et d’études canadiennes à l’Université de Saint-Boniface, il n y a pas vraiment de calcul politique dans la démarche du premier ministre. «Il s’agit selon moi d’un acte de générosité plus qu’autre chose. Cette démarche n’a pas toutes les chances d’être populaire.»

L’universitaire rappelle la complexité de l’histoire francophone du Manitoba. «Beaucoup de choses prennent leurs sources dès 1870». Cette année-là, la province garantit le droit d’utiliser le français devant les tribunaux et la Législature. Une loi finalement invalidée en 1890 avant que la Cour suprême du Canada ne redonne aux francophones la place initiale du français… en 1985.

La normalisation des rapports entre la communauté franco-manitobaine et le gouvernement ne viendra qu’après 1993, date d’une décision favorable par le plus haut tribunal du pays quant à la gestion par les francophones de leurs vingtaines d’écoles. Le premier ministre conservateur de l’époque, Gary Filmon, s’était jusque-là opposé à cette prérogative.

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François Pierre Dufault
fpdufault@tfo.org