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L’Ontario s’attaquera à la violence sexuelle

La première ministre Kathleen Wynne présentant son plan d'action contre le harcèlement et la violence sexuels dans un YWCA du centre-ville de Toronto, le 6 mars. (Photo: Archives)

TORONTO – Une campagne publicitaire. Des lois plus strictes dans les milieux de travail. Des améliorations au système des poursuites judiciaires. Et une enveloppe de 41 millions $ sur trois ans. Voilà comment la première ministre Kathleen Wynne entend s’attaquer au harcèlement et à la violence sexuels, des enjeux qu’elle dit «scandaleusement répandus» en Ontario.

FRANÇOIS PIERRE DUFAULT
fpdufault@tfo.org | @fpdufault

«Bon nombre de femmes dans notre province ne sentent pas en sécurité. Et en tant que femme, en tant que mère, en tant que grand-mère et en tant que première ministre, ça me pose un problème», a déclaré Mme Wynne lors d’un point de presse dans un YWCA du centre-ville de Toronto, le vendredi 6 mars.

Le tiers des femmes aux Canada seraient victimes de harcèlement ou de violence sexuels. Celles âgées de moins de 35 ans auraient cinq fois plus de chances d’être visées. Malgré tout, seulement un infime pourcentage des cas se traduiraient par des condamnations devant les tribunaux.

Le gouvernement libéral à Queen’s Park avait promis, début décembre, d’élaborer plan d’action pour mettre fin au harcèlement et la violence sexuels. La troupe de Mme Wynne réagissait, entre autres, à la saga de l’ex-animateur vedette de radio Jian Ghomeshi, sur qui pèsent maintenant des accusations criminelles de violence contre des femmes.

«Changer les comportements…»

«C’est un plan pour changer les comportements et défier les normes», a commenté Mme Wynne devant la presse, à deux jours de la Journée internationale de la femme.

Le plan d’action, intitulé Ce n’est jamais acceptable, s’imbrique dans le nouveau curriculum d’éducation sexuelle que la province a dévoilé, fin février, et qui vise à développer un meilleur apprentissage des relations saines et des notions de consentement. Le document sera aussi accompagné d’une campagne multimédia de sensibilisation qui invitera les témoins de mauvais comportements sexuels à intervenir.

Le clan libéral souhaite aussi faire adopter par la Législature des lois plus strictes sur la sécurité au travail qui exigeraient, entre autres, que les employeurs enquêtent et traitent les cas de harcèlement sexuel au travail. Viendrait ensuite une amélioration du système de poursuites judiciaires conçue pour répondre plus spécifiquement aux cas d’agressions sexuelles, y compris l’élimination d’une limite de deux ans pour les réclamations civiles reliées à la violence sexuelle.

Une partie de l’enveloppe de 41 millions $ sur trois ans viendrait finalement financer des mesures de soutien aux survivantes d’actes de violence sexuelle offertes par des partenaires communautaires.

«Culture du viol»

«Ce n’est jamais acceptable que neuf incidents de violence sexuelle sur dix ne soient pas rapportés aux autorités ou qu’ils soient ignorés. Ce n’est jamais acceptable de regarder ailleurs et d’approuver tacitement une culture du viol qui, d’une certaine manière, sert de modèle à notre société», a insisté Tracy MacCharles, ministre déléguée à la Condition féminine, le 6 mars.

Cette «culture du viol» qu’a décrite Mme MacCharles serait bien ancrée dans les collèges et les universités de l’Ontario. Un constat qui a choqué l’élue de Pickering lors d’une récente rencontre avec des représentants de la Fédération canadienne des étudiantes et étudiants (FCÉÉ), et dans la foulée d’une tournée, avec la première ministre, d’une dizaine d’établissements postsecondaires dans la province.

Les collèges et universités seront donc obligés de rédiger, et mettre à jour tous les quatre ans, des plans d’action pour lutter contre le harcèlement et la violence sexuels.

Cette dernière directive a été bien accueillie sur les campus, le 6 mars.

«C’est seulement si nous agissons ensemble et nous reconnaissons que la violence sexuelle est un enjeu auquel nous devons tous nous attaquer que nous pouvons espérer régler le problème», a fait savoir Bonnie M. Patterson, présidente du Conseil des universités de l’Ontario, par le biais d’un communiqué. «Les universités vont continuer à faire leur part et à accroître leurs efforts là où elles le peuvent.»

La communauté étudiante a bien reçu, à son tour, le nouveau plan d’action de la province pour lutter contre le harcèlement et la violence sexuels.

«Il y a dans ce plan beaucoup de recommandations que nous avons faites au gouvernement. Surtout en ce qui a trait à la loi exigeant aux établissements (d’enseignement) d’avoir des politiques sur les agressions sexuelles», a indiqué Nicole Desnoyers, commissaire des femmes de la FCÉÉ et étudiante à l’Université d’Ottawa, à #ONfr. «La population en général ne sait pas que c’est la réalité quotidienne des étudiantes sur les campus collégiaux et universitaires. C’est même disproportionné par rapport à d’autres secteurs de la société.»

Kathleen Wynne a aussi annoncé la mise sur pied d’une table ronde sur la violence envers les femmes pour conseiller le gouvernement sur toutes les questions de violence actuelle ou émergente fondée sur le sexe. «Notre plan d’action n’est qu’un début. Ce n’est pas la fin», a-t-elle souligné.

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François Pierre Dufault
fpdufault@tfo.org