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L’Ontario annule l’achat d’énergie verte

Le gouvernement compte économiser 3,8 milliards de dollars grâce à cette décision, a révélé Glenn Thibeault. Courtoisie

TORONTO – Le gouvernement Wynne a décidé d’annuler l’achat de plus de 1 000 mégawatts d’énergie solaire, éolienne, hydroélectrique, de bioénergie et produite à partir de déchets. La province a déjà sécurisé suffisamment de ressources énergétiques pour les prochaines années, a assuré le ministre de l’Énergie, qui compte faire suivre aux citoyens les économies réalisées.

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

Le gouvernement compte économiser 3,8 milliards $ grâce à cette décision, a révélé Glenn Thibeault, ministre de l’Énergie, mardi 27 septembre. Et cela devrait se répercuter sur la facture d’électricité des citoyens, assure-t-il.

«Le consommateur d’électricité résidentielle type économiserait ainsi en moyenne près de 2,45 $ par mois sur sa facture d’électricité par rapport aux prévisions précédentes», selon le gouvernement.

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Le ministre a pris sa décision après avoir consulté les conclusions de la Société indépendante d’exploitation du réseau d’électricité. Selon le document, l’Ontario profitera au cours de la prochaine décennie d’un approvisionnement en électricité solide qui lui permettra de répondre à la demande.

Même si le gouvernement annule l’achat de 1 000 mégawatts d’énergie verte, cela ne vient pas entacher son bilan environnemental, assure-t-on.

«La province dispose de tout près de 18 000 MW d’énergie éolienne et solaire, de bioénergie et d’énergie hydroélectrique à contrat ou en réseau, sans compter que son approvisionnement en électricité s’effectue maintenant sans la moindre émission dans une proportion de plus de 90%», selon le gouvernement.

 

Le nord et les personnes plus pauvres payent

Lors de la période de questions à Queen’s Park, ce mardi 27 septembre, l’opposition a martelé que les décisions du gouvernement ne permettent en rien de diminuer le fardeau fiscal des citoyens. Les leaders des deux partis ont martelé que les Ontariens qui gagnent moins paient plus que les citoyens plus aisés pour leur électricité. Il en va de même pour les citoyens du nord de la province, comparativement à ceux du sud.

Des hypothèses qui semblent être confirmées par un nouveau rapport du Bureau de la responsabilité financière de l’Ontario. Pour la période de 2012 à 2014, ce sont les ménages du Nord de l’Ontario qui ont le plus dépensé, tandis que les ménages de Toronto et de la région d’Hamilton-Niagara sont ceux qui ont le moins dépensé, selon les données du rapport.

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Le rapport conclut aussi que les ménages du quintile le plus bas de la distribution des revenus (ceux gagnant moins de 31 691 $ par année) ont dépensé en moyenne 783 $ en électricité et 411 $ en gaz naturel, soit un total de 1 194 $ ou de 5,9 % de leur revenu. À l’opposé, les ménages du quintile le plus élevé de la distribution des revenus ont dépensé en moyenne un total de 3 678 $, ce qui correspond à 1,7 % de leur revenu.

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Débats autour de l’énergie

L’opposition a également continué de marteler, lors de la période des questions, que le réseau de distribution d’énergie en Ontario n’est pas fiable. Les progressistes-conservateurs ont notamment partagé le récit d’un entrepreneur qui a dû faire face à sept pannes au cours des derniers mois, ce qui lui aurait occasionné des dizaines de milliers de dollars en pertes économiques.

«L’annonce d’aujourd’hui [sur l’énergie verte] du ministre de l’Énergie ne règle en rien le problème des citoyens qui payent trop chers», a lancé Lisa Thompson, critique de l’opposition en matière d’énergie.

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Le NPD n’a pas non plus lâché le morceau. La chef Andrea Horwath a soutenu que la population était en colère contre les décisions du gouvernement. «Les décisions sont prises dans le meilleur intérêt des libéraux, plutôt que dans le meilleur intérêt des Ontariens», a-t-elle lancé. «Est-ce que la première ministre peut nous promettre qu’elle va empêcher que nos actifs publics dans le domaine de l’énergie soient vendus encore davantage, qu’il s’agisse d’Hydro One ou d’autres entités publiques?», a ajouté Mme Horwath.

«Nous voulons nous assurer d’offrir un système fiable et à un coût abordable», a répliqué la première ministre, Kathleen Wynne. Elle a refusé de dire si son gouvernement comptait empêcher la vente de sociétés comme Toronto Hydro que plusieurs estiment être en voie d’être privatisée. «Comme gouvernement, nous prenons des décisions difficiles et nous investissons dans les infrastructures. C’était une décision pratique, pas idéologique. Elle permettra d’investir dans la vie des gens», a néanmoins souligné Mme Wynne concernant le cas d’Hydro One, autre société d’État du domaine de l’énergie en voie d’être privatisée.

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Étienne Fortin-Gauthier
Étienne Fortin-Gauthier
efgauthier@tfo.org @etiennefg

Étienne Fortin-Gauthier est journaliste depuis une dizaine d’années. Il a collaboré à plusieurs grands médias canadiens et européens, dont La Presse Canadienne, le quotidien La Presse, l’Agence France-Presse et le groupe de presse L’Avenir (Belgique). Il s’est initié aux dossiers de la francophonie canadienne lors d’un séjour au Réseau francophone d’Amérique, qui travaille de près avec les stations radiophoniques francophones en milieu minoritaire. Étienne est diplômé de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon, à Toronto, et du programme bidisciplinaire en communication et science politique de l’Université de Montréal.