#Francophonie, #Ontario

Loi 8: un appui pour Oshawa mais sans passe-droit

La ministre Madeleine Meilleur et son adjointe parlementaire Marie-France Lalonde sont venues avec la candidate libérale Elizabeth Roy à la rencontre de la communauté francophone de la région de Durham, à une semaine d'une élection partielle dans Whitby-Oshawa. François Pierre Dufault

WHITBY – À une semaine d’une élection partielle dans la circonscription de Whitby-Oshawa, les responsables de la francophonie dans le gouvernement libéral de l’Ontario promettent de «continuer à travailler» pour que les francophones de la région de Durham puissent un jour avoir accès à des services provinciaux dans leur langue. Mais il n’y aura pas de passe-droit. Il faudra un consentement unanime des élus de l’endroit, même si c’est là que le bât blesse depuis sept ans.

FRANÇOIS PIERRE DUFAULT
fpdufault@tfo.org | @fpdufault

«Il y a des embuches. Mais les embuches ne nous font pas peur. Il faut continuer à travailler», a exhorté Madeleine Meilleur, la ministre déléguée aux Affaires francophones de l’Ontario, en marge d’une table ronde avec des francophones dans une école de Whitby, mercredi 3 février en soirée. «Nous essayons de travailler avec les politiciens.»

Les francophones de la région de Durham cherchent depuis 2009 à obtenir une désignation de Queen’s Park qui leur garantirait à Oshawa des services provinciaux dans leur langue. Mais ils en sont incapables parce qu’ils n’ont pas les appuis unanimes des élus locaux et provinciaux dont ils auraient besoin pour recevoir une désignation discrétionnaire, n’étant pas suffisamment nombreux au sens de la loi.

Quelques élus locaux, dont Roger Anderson, le président du conseil régional de Durham, s’opposent bec et ongles à une désignation pour des questions d’argent. Ils ne veulent pas écoper de la facture des services en français que l’administration régionale pourrait devoir offrir au nom de la province, comme des services de garde d’enfants et des services sociaux.

L’enjeu de la désignation d’Oshawa en vertu de la Loi 8 de 1986 s’est taillé une place dans Whitby-Oshawa, où un peu plus de 146000 électeurs, dont près de 3000 francophones, seront appelés aux urnes le jeudi 11 février. Ce n’est probablement pas un hasard si la ministre Madeleine Meilleur et son adjointe parlementaire Marie-France Lalonde sont venues avec la candidate libérale Elizabeth Roy à la rencontre de la communauté francophone de l’endroit, à une semaine du scrutin.

À la vingtaine de francophones présents à la rencontre, quelques-uns unilingues, Mme Roy a suggéré d’assembler un «plan d’affaires» pour rassurer les élus locaux qui s’inquiéteraient des coûts d’une désignation. «Nous devons comprendre pleinement quels sont les enjeux et quels seraient les coûts», a-t-elle relancé plus tard à #ONfr, promettant du même souffle de solliciter au plus vite une rencontre avec M. Anderson pour tenter de le rallier à la cause.

«Les ministères qui ont pignon sur rue à Oshawa embaucheraient des employés bilingues. Ça ne coûterait pas plus cher. La municipalité régionale de Durham pourrait faire la même chose», a avancé Mme Meilleur, le 3 février. «Il n’y a pas de frais supplémentaires si vous embauchez des gens bilingues.»

 

«Essoufflant»

Mais, à mots couverts, des francophones de Durham se demandent si des chiffres viendront bel et bien à bout de la mauvaise foi qui semble, à leurs yeux, animer certains opposants à l’offre de services provinciaux en français dans la région-dortoir à l’est de Toronto.

«C’est essoufflant», a laissé tomber André Savard, un résident francophone de la région de Durham depuis plus de 25 ans, présent à la table ronde avec le clan libéral par vidéoconférence. «J’ai l’impression que tout ce qui nous empêche d’être désignés, c’est un individu», a-t-il jeté dans la mêlée, visant sans le nommer le président du conseil régional.

Quoi qu’il en soit, Roger Anderson devra faire partie de l’équation. Et sur ce point, Madeleine Meilleur est catégorique: aucune désignation discrétionnaire ne sera accordée à Oshawa sans l’appui des élus régionaux de l’endroit.

Le gouvernement libéral de Kathleen Wynne n’aurait, par ailleurs, pas dans ses cartons de modifier la Loi 8 de 1986 pour faciliter l’accès aux services en français aux quelque 15% de francophones de l’Ontario vivant toujours à l’extérieur d’une région désignée. «La prochaine étape serait la province bilingue et je ne pense pas que nous sommes rendus là», a fait valoir Mme Meilleur à #ONfr.

Deux régions ont jusqu’ici reçu de Queen’s Park une désignation discrétionnaire en vertu de la Loi sur les services en français: Kingston en 2009 et Markham en 2015.

«Tous les employés des ministères provinciaux à Oshawa seraient bilingues aujourd’hui si (la désignation) avait eu lieu en 2009», a fait remarquer Sylvie Landry, la présidente de l’ACFO de Durham-Peterborough, qui porte avec M. Savard et quelques autres, le dossier de la désignation à bout de bras depuis sept ans.

Les deux autres principaux candidats à l’élection partielle dans Whitby-Oshawa, le progressiste-conservateur Lorne Coe et la néo-démocrate Niki Lundquist, se sont eux aussi prononcés en faveur d’une désignation pour Oshawa. La chef néo-démocrate Andrea Horwath a dit voir d’un bon œil une éventuelle révision de la loi qui célébrera son 30e anniversaire à l’automne.

Vous aimez ? Faites-le nous savoir !

François Pierre Dufault
fpdufault@tfo.org