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Les chefs rejettent la demande des municipalités ontariennes

La première ministre de l'Ontario, Kathleen Wynne, au congrès de l'Association des municipalités de l'Ontario. Crédit photo: Benjamin Vachet

OTTAWA – Les trois chefs des principaux partis politiques ontariens étaient en mode séduction, le mardi 15 août. Devant les membres de l’Association des municipalités de l’Ontario (AMO) réunis en congrès, Kathleen Wynne, Patrick Brown et Andrea Horwath ont tenté de faire valoir leur approche pour répondre aux besoins locaux, tout en rejetant la proposition d’une hausse de Taxe de vente harmonisée (TVH) de 1 %.

BENJAMIN VACHET
bvachet@tfo.org | @BVachet

Confrontées, selon elles, à une hausse constante de leurs coûts de fonctionnement, les municipalités souhaiteraient que la province augmente de 1 % la TVH et consacre exclusivement la somme récupérée au financement des infrastructures municipales. Un tel mécanisme permettrait de dégager une enveloppe annuelle de 2,5 milliards de dollars, selon les calculs de l’AMO qui travaille sur la question depuis deux ans.

«Nous avons un manque de 4,9 milliards de dollars. C’est un défi d’avoir un budget viable et de pouvoir financer les investissements nécessaires pour les ponts, les routes et les infrastructures municipales, ainsi que la hausse du coût des services de police et d’incendie. Si la province ne fait rien, nous devrons augmenter chaque année les taxes municipales de 8 % sur les 10 prochaines années», promet la présidente de l’AMO, Lynn Dollin, également maire-adjointe de la municipalité d’Innisfil.

Mais bien que les trois chefs politiques n’ont pas manqué de profiter de leur passage devant les municipalités ontariennes pour vanter les mérites de leur parti en vue des élections provinciales de 2018, aucun n’a voulu s’engager à satisfaire cette demande.

«Ce n’est pas le moment d’augmenter la TVH alors que plusieurs membres de notre population connaissent des difficultés économiques. Nous sommes prêts à discuter avec les municipalités pour comprendre quels sont les défis réels qu’elles rencontrent, mais pour une hausse de 1 % de la TVH, c’est un non définitif!», a assuré Mme Wynne, lorsque questionnée par #ONfr.

La chef du Nouveau Parti démocratique de l’Ontario, Andrea Horwath. Crédit photo: Benjamin Vachet

Un avis que partage la chef du Nouveau Parti démocratique (NPD) de l’Ontario, Mme Horwath, qui en profite pour égratigner le Parti libéral de l’Ontario (PLO).

«Ce n’est pas le moment d’augmenter les taxes alors que les libéraux ont rendu la vie des Ontariens inabordables ces dernières années en privilégiant leurs intérêts», a-t-elle lancé, indiquant toutefois être consciente des difficultés rencontrées par les municipalités pour équilibrer leur budget. «La province s’est désengagée dans plusieurs domaines ce qui a fait porter le poids des dépenses aux municipalités. Nous allons rétablir des partenariats avec elles.»

Le chef du Parti progressiste-conservateur (PC) de l’Ontario, Patrick Brown a lui aussi écarté l’hypothèse d’une hausse de la TVH.

«Je ne suis pas en faveur d’une telle augmentation et je ne pense pas que ce soit une surprise pour un progressiste-conservateur. Beaucoup d’argent de la province qui devrait actuellement aller aux municipalités ne se rend pas jusqu’à elles, nous devrions plutôt regarder de ce côté-là.»

 

Le maire d’Ottawa contre la hausse de la TVH

La première ministre a souligné que la proposition de l’AMO ne fait pas l’unanimité chez les élus municipaux ontariens, comme elle a pu le constater pendant la période des questions. Le maire de la Ville d’Ottawa, Jim Watson, fait partie des dubitatifs.

«Je ne suis pas en faveur de cette proposition et je ne suis pas le seul. Je préfère le système actuel où on s’assoit avec la province et le gouvernement fédéral pour déterminer des plans à long terme. C’est un meilleur système pour chaque palier de gouvernement», a commenté l’ancien ministre libéral ontarien.

La présidente de l’AMO assure pourtant que le dossier n’est pas clos et que les municipalités continueront à pousser.

«Nous ne sommes pas surpris par la réaction des trois chefs, mais voulons leur laisser le temps d’y réfléchir et surtout de trouver une meilleure option car c’est pour nous la meilleure chose à faire.»

 

La hausse du salaire minimum inquiète

À l’inverse de ses collègues, le maire d’Ottawa ne se dit pas non plus inquiet à l’idée de voir le salaire minimum augmenter dans les deux prochaines années. Il reconnaît toutefois que la réalité n’est pas la même pour les petites municipalités.

En ouverture du congrès lundi, les membres de l’AMO avaient partagé leurs inquiétudes de voir le salaire minimum atteindre 15 $ le 1er janvier 2019.

«Ce n’est pas la seule chose qui nous inquiète, c’est seulement le haut de l’iceberg. Il y a plusieurs points dans la loi (pour l’équité en milieu de travail et de meilleurs emplois) qui nous inquiètent et qui pourraient nous affecter financièrement», dit Mme Dollin.

La première ministre Kathleen Wynne a assuré comprendre l’inquiétude des municipalités mais a défendu la mesure.

«Notre objectif n’était pas de pénaliser les municipalités en passant cette loi. Nous voulons aider la transition mais n’allons pas revenir dessus. Une hausse du salaire minimum va avoir des retombées économiques positives.»

Le chef du Parti progressiste-conservateur de l’Ontario, Patrick Brown. Crédit photo: Benjamin Vachet

Pour le chef du PC de l’Ontario, cette mesure vient «trop rapidement et trop tôt», alors que son adversaire néo-démocrate fustige le gouvernement de n’être pas assez loin en matière de conditions de travail.

Benjamin Vachet
Benjamin Vachet
bvachet@tfo.org @BVachet

Originaire de France, Benjamin Vachet vit au Canada depuis plus de dix ans. Titulaire d’un baccalauréat en Administration économique et sociale et d’une maîtrise de journalisme, il a commencé sa carrière en France, avant de la poursuivre au Canada. Il a travaillé pour les hebdomadaires Le Reflet, puis L’Express Ottawa et pour la radio francophone d’Ottawa, Unique FM. Il a rejoint le Groupe Média TFO en 2014. Passionné de politique ontarienne, fédérale et internationale, Benjamin cumule plus de treize années d’expérience en presse écrite, radio et télévision.