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Les conservateurs redeviennent-ils progressistes?

Le chef progressiste-conservateur, Patrick Brown, prépare déjà 2018. Archives

[CHRONIQUE]
Il s’est opéré une grande transformation en politique ontarienne depuis le départ de Bill Davis à la tête des progressistes-conservateurs de l’Ontario. En effet, le Parti des John Robarts et des Leslie Frosts a tourné le dos à ses racines progressistes pour épouser un néolibéralisme à la Ronald Reagan et Margeret Thatcher. Ce virage brutal vers une droite rigide s’est traduit, entre autres, par une guerre contre les déficits qui, finalement, s’est surtout soldée par un combat idéologique notamment contre les récipiendaires du bien-être social.

SERGE MIVILLE
Chroniqueur invité
@Miville

Le secret de polichinelle est que le Parti progressiste-conservateur (PC) de l’Ontario a abandonné son côté progressiste, son côté Red Tory, pour épouser la politique de la division, comme cela se fait du côté des Américains. La seule exception, le dernier vrai Red Tory du nom, serait John Tory, présentement maire de Toronto, qui a néanmoins produit une campagne ronflante lorsqu’il a tenté de se faire élire en 2007.

Avec ses Mike Harris, Ernie Eves et Tim Hudak, les bleus ont durci le ton et provoqué une peur qui a profité à la présente dynastie libérale qui demeure à Queen’s Park.

Patrick Brown est-il de cette tranche de néolibéraux qui aliènent plutôt qu’ils ne rassemblent?

Certes, je l’ai déjà évoqué, mon avis est que M. Brown était un choix erroné à l’époque comme chef du PC, justement parce qu’il faisait partie des «purs et durs» de la droite ontarienne. Mais je me demande présentement si les progressistes-conservateurs ne seraient pas en train de chercher à effectuer un virage, avec la cure de beauté que symbolise le changement de logo du parti.

 

Séduire le vieil électorat

Dévoilé il y a quelques semaines, le nouveau logo des progressistes-conservateurs a surtout été la risée des médias sociaux et des experts en marketing. Compliqué, confus, il chercherait à trop en dire, pour finalement ne rien communiquer. Voilà pour la critique.

Mais soyons indulgents. Dans un logo se cachent des intentions et une tentative de communiquer les valeurs du parti. Le tricolore rouge-bleu-vert des progressistes-conservateurs avec les lettres P et C qui s’épousent vers le milieu me montre à voir un parti qui cherche à renouveler avec son passé Red Tory, ces conservateurs qui étaient progressistes au niveau social, mais responsables en matière d’économie. Le logo est, certes, laid comme un pou, mais il transmet l’intention de Patrick Brown et du PC de séduire un vieil électorat qui a jadis appuyé la Big Blue Machine de Bill Davis.

Reste à voir comment cela se traduira en politiques publiques. M. Brown s’est déjà prononcé en faveur d’une université de langue française, ce qui a certainement mis de la pression sur le camp libéral.

Il me semble aussi que le chef, malgré ses positions résolument à la droite, tente de se défaire de cette image d’un parti qui divise et qui fait peur. En ce sens, il faut féliciter le chef d’avoir tenté le coup.

 

Serge Miville est chargé de cours en histoire à l’Université Laurentienne. 

Note: Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position de #ONfr et du Groupe Média TFO.

 

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