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Langues officielles: les candidats à la chefferie du NPD se prononcent

De gauche à droite, Charlie Angus, Guy Caron, Niki Ashton et Jagmeet Singh. Crédit image: Montage #ONfr

OTTAWA – Les militants néo-démocrates auront une dernière occasion d’entendre les prétendants à la succession de Thomas Mulcair lors d’un rassemblement tenu le dimanche 17 septembre, à Hamilton. Dès le lendemain, ils seront appelés aux urnes virtuelles pour choisir leur nouveau chef. Au cours de l’été, #ONfr a interrogé les quatre candidats à la chefferie du Nouveau Parti démocratique (NPD) pour en savoir plus sur leur vision, notamment en matière de langues officielles.

BENJAMIN VACHET
bvachet@tfo.org | @BVachet

Plein de bonnes intentions, les quatre candidats se disent aussi ouverts que sensibilisés au dossier des langues officielles.

«J’ai appris le français en immersion et je sais qu’il y a beaucoup de demandes de la part des parents anglophones pour que leurs enfants puissent apprendre le français. Le gouvernement fédéral doit les appuyer», lance la Manitobaine, Niki Ashton.

Favoriser le bilinguisme à travers le pays, rendre obligatoire la connaissance des deux langues officielles pour devenir juge à la Cour suprême du Canada, avoir une capitale nationale officiellement bilingue… Mme Ashton et ses adversaires, Charlie Angus, Guy Caron et Jagmeet Singh, sont, sans surprise, tous prêts à appuyer ces idées.

«Le dossier des langues officielles est très important pour le parti. Je veux placer la question du bilinguisme officiel d’Ottawa comme un enjeu électoral. Il faut que le fédéral fasse pression sur le conseil municipal et parle avec les conseillers», lance Guy Caron, qui bénéficie de l’appui non négligeable de l’ancien porte-parole aux langues officielles du NPD, Yvon Godin.

Seul francophone dans cette course à la chefferie, M. Caron est sans doute le plus bilingue des quatre candidats. Mais tous se sont exprimés dans la langue de Molière, lorsqu’interrogés par #ONfr.

«Je ne suis peut-être pas francophone, mais je suis un francophile», lance le polyglotte ontarien et avocat de formation, Jagmeet Singh. «En Ontario, on a vu comment le NPD avait poussé pour l’université franco-ontarienne, avec ma collègue France Gélinas. Ça demande du travail, mais il faut reconnaître le riche héritage francophone à travers le pays. Nous devons nous doter de programmes pour promouvoir l’apprentissage des deux langues officielles et développer des services publics bilingues à travers tout le pays.»

Peut-être le moins à l’aise en français, le député de Timmins-Baie James, Charlie Angus, a pourtant réussi à se faire élire dans une circonscription où la communauté franco-ontarienne possède un certain poids politique.

«C’était important pour moi d’apprendre le français et je l’avais promis quand j’ai été élu en 2004. Ce n’est pas facile, mais je pratique mon français tous les jours car c’est obligatoire pour pouvoir parler avec mes commettants et avec tous les Canadiens», raconte-t-il, précisant que pour lui, la priorité sera l’accès aux services de santé en français.

 

Attaques contre les libéraux

Le dossier des langues officielles n’a toutefois pas réussi à se faire une place dans la longue campagne à la chefferie néo-démocrate. Seul Guy Caron s’est positionné avec une proposition prompte à séduire le Québec en prônant l’application de la loi 101 aux entreprises fédérales dans la Belle province.

Dans le dossier linguistique comme dans d’autres, les quatre candidats néo-démocrates jugent que le Parti libéral du Canada n’a pas respecté ses engagements.

«On l’a vu avec le dossier du Bureau de la traduction, la nomination avortée de Madeleine Meilleur au poste de commissaire aux langues officielles… Les libéraux se disent le parti du bilinguisme, mais ils l’ont complètement laissé de côté», suggère M. Caron.

Pour M. Singh, il en va du bilinguisme comme du reste.

«Le gouvernement a fait beaucoup de promesses qu’il a brisées, comme sur la réforme électorale par exemple. Pendant la campagne, les libéraux ont affiché un visage progressiste, mais ce n’était qu’un visage.»

Attaqué sur la question religieuse, le député provincial ontarien se défend en adressant une pique au Parti conservateur du Canada.

«Je respecte la séparation entre la religion et l’État et contrairement à Andrew Scheer, mes convictions religieuses n’influencent pas ma capacité à lutter pour des droits égaux pour tous les Canadiens, comme sur la question du mariage entre gens du même sexe ou sur l’avortement.»

 

Vision progressiste

Tous enclins à se rapporter à l’héritage de Jack Layton, les candidats pensent que le NPD, pour l’emporter aux prochaines élections de 2019, doit afficher des propositions progressistes.

«En 2015, nous n’avons pas réussi à connecter avec la population. Nous avons manqué d’authenticité dans notre campagne alors que les libéraux ont réussi à incarner l’espoir», analyse M. Singh.

Pour Mme Ashton, le parti doit renouer avec ses grands principes et retrouver sa proximité avec les mouvements sociaux et les militants de terrain.

«Nous devons être fiers d’être un parti de gauche qui défend la justice sociale, économique et environnementale! Les inégalités sont croissantes au Canada et les libéraux ne font rien pour la classe moyenne contrairement à ce qu’ils disent», estime la Manitobaine qui prône, entre autres, la gratuité scolaire.

Le député Angus souligne, pour sa part, l’importance de répondre aux attentes des militants.

«Le parti a démontré une trop grande centralisation à Ottawa. Nous devons reconnecter avec notre base et lui proposer une plateforme qui répondra à ses besoins et à ceux des Canadiens.»

Pour y parvenir, M. Angus veut s’attaquer à la question du logement abordable, à une véritable réconciliation avec les peuples autochtones et au développement économique qu’il juge précaire.

Économiste, M. Caron souligne que le NPD doit casser son image de parti dépensier.

«Ça a souvent été la grande faiblesse du parti dans le passé. On nous accusait de ne pas savoir gérer. On doit lutter contre cette perception. Cela veut dire que chaque dépense doit être réfléchie et pensée comme un investissement.»

Les résultats du premier tour des élections à la chefferie néo-démocrate seront connus le 1er octobre, à Toronto. Si aucun candidat n’obtient plus de 50 % des votes, un deuxième tour aura lieu la semaine suivante, puis un troisième tour si nécessaire, de sorte que le prochain chef du NPD sera désigné au plus tard le dimanche 15 octobre, à Ottawa.

 

 


LES CANDIDATS EN BREF:

NIKI ASHTON

35 ans, Manitoba

Députée fédérale de Churchill-Keewatinook Aski

Élue à la Chambre des communes en 2008

S’exprime en français avec quelques hésitations

 

 

 

 

GUY CARON

49 ans, Québec

Député fédéral de Rimouski-Neigette-Témiscouata-Les Basques

Élu à la Chambre des communes en 2011

S’exprime parfaitement en français

 

 

 

 

CHARLIE ANGUS

54 ans, Ontario

Député fédéral de Timmins-Baie James

Élu à la Chambre des communes en 2004

S’exprime en français avec hésitation

 

 

 

 

JAGMEET SINGH

38 ans, Ontario

Député provincial de Bramalea-Gore-Malton

Élu à Queen’s Park en 2011

S’exprime en français avec quelques hésitations

 

 

Benjamin Vachet
Benjamin Vachet
bvachet@tfo.org @BVachet

Originaire de France, Benjamin Vachet vit au Canada depuis plus de dix ans. Titulaire d’un baccalauréat en Administration économique et sociale et d’une maîtrise de journalisme, il a commencé sa carrière en France, avant de la poursuivre au Canada. Il a travaillé pour les hebdomadaires Le Reflet, puis L’Express Ottawa et pour la radio francophone d’Ottawa, Unique FM. Il a rejoint le Groupe Média TFO en 2014. Passionné de politique ontarienne, fédérale et internationale, Benjamin cumule plus de treize années d’expérience en presse écrite, radio et télévision.