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Le vote à 16 ans, pourquoi pas?

Les électeurs d'Ottawa-Vanier sont appelés aux urnes. Crédit image: Élections Canada

OTTAWA – La Fédération de la jeunesse canadienne-française (FJCF) mène une campagne afin de promouvoir le vote dès 16 ans aux élections fédérales. Une initiative qui pourrait, selon l’organisme, encourager la participation aux scrutins et susciter l’intérêt des jeunes envers la politique.

BENJAMIN VACHET
bvachet@tfo.org | @BVachet

«La question à savoir pourquoi on devrait permettre aux jeunes de voter dès l’âge de 16 ans est archaïque. La question devrait plutôt être: pourquoi le Canada tarde-t-il à fixer à 16 ans l’âge minimal pour voter?»

Dans son mémoire remis au comité spécial sur la réforme électorale, la FJCF encourage le gouvernement à changer la Loi électorale du Canada pour passer l’âge minimal du vote de 18 ans à 16 ans. L’organisme, géré par et pour les jeunes de 14 à 25 ans, veut profiter de la volonté du gouvernement Trudeau de réformer le mode de scrutin pour appuyer une des priorités fixées lors du Forum jeunesse pancanadien, à Winnipeg, en 2015.

«Pendant le Forum, nous avons réfléchi à des manières d’assurer la place et le rôle des jeunes dans la démocratie canadienne. L’idée du vote à 16 ans n’est pas nouvelle. Des groupes comme la Fédération des jeunes francophones du Nouveau-Brunswick (FJFNB) réclament ce changement depuis plusieurs années», souligne le président de la FJCF, Justin Johnson.

La FCJF a reçu le soutien de certains groupes dans sa campagne #Vote16, notamment de la part de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada.

Alors que le comité spécial sur la réforme électorale planche sur ses recommandations pour changer le mode de scrutin au Canada, la FJCF garde donc un œil attentif sur le rapport qui sera déposé au Parlement le 1er décembre prochain au plus tard.

 

Déjà ailleurs

«L’enjeu a beaucoup progressé ces dernières années. À l’Île-du-Prince-Édouard, lors du récent plébiscite sur le mode de scrutin, les jeunes de 16 et 17 ans ont pu voter! Et il y a des pays comme l’Argentine, l’Autriche et le Brésil où le droit de vote à 16 ans est déjà reconnu.»

Et M. Johnson de poursuivre: «À 16 ans, les jeunes vont au secondaire, ils aiment débattre et échanger. Moi, dès 16 ans, je m’intéressais à la politique et voulais jouer un rôle.»

«Si la plupart des législatures canadiennes reconnaissent qu’à 16 ans une personne est, pour ne prendre qu’un exemple, capable de conduire un véhicule, il y a donc reconnaissance nationale qu’une personne de 16 ans a généralement la capacité d’apprendre le Code de la route, de l’appliquer et de juger des situations de conduite qui peuvent s’avérer dangereuses. Dès lors, la FJCF en conclut que si une personne âgée de 16 ans détient ces aptitudes, elle est aussi capable de voter.» – Mémoire FJCF

Pour M. Johnson, cette proposition permettrait d’accroître le taux de participation aux élections et d’encourager l’engagement des jeunes à la vie politique, tout en incitant les politiciens à s’intéresser davantage à leur réalité et à leurs besoins.

M. Johnson pense également que cette mesure pourrait avoir un impact positif sur les communautés francophones en situation minoritaire en encourageant les jeunes de ces communautés à voter et à se lancer en politique. L’organisme ne se prononce toutefois pas sur l’âge minimal pour être candidat, fixé actuellement à 18 ans.

 

Deux recommandations

Mais la proposition de la FJCF va plus loin que le simple fait d’étendre le droit de vote dès 16 ans, insiste M. Johnson.

Le président de la FJCF rappelle la deuxième proposition contenue dans le mémoire qui demande au gouvernement du Canada de travailler avec ses partenaires provinciaux et territoriaux afin de mettre en place des mesures pour le développement de l’éducation civique chez les jeunes du secondaire.

«Si les jeunes comprennent mieux le système électoral et la situation politique dans laquelle ils vivent, qu’ils peuvent participer aux élections, ils ont de meilleures chances de continuer à exercer leur droit de vote ensuite et de vivre comme des citoyens actifs», pense M. Johnson.

 

Pétition

Pour appuyer sa cause, la FJCF a mis en ligne une pétition en ligne sur le site du Parlement, parrainée par le député de Saint-Boniface-Saint-Vital, Dan Vandal, et disponible jusqu’au 8 février. Le député libéral explique les raisons qui l’ont poussé à soutenir cette initiative.

Vandal-Johnson

«Quand j’ai rencontré Justin Johnson, je n’ai pas hésité. Pour moi, c’est une façon d’encourager les jeunes à s’impliquer dans le processus politique. J’ai quatre enfants qui sont tous plus âgés que 16 ans, ils connaissent bien les enjeux. C’est important de soutenir cette initiative.»

Selon les derniers résultats observés par #ONfr, la pétition a recueilli 314 signatures, dont près de la moitié venues du Nouveau-Brunswick. Seules 56 personnes en Ontario ont apporté leur soutien à cette initiative.

«C’est sûr que nous voulons avoir le plus de signatures possibles, issues de toutes les générations. Mais le plus important, c’est de recevoir 500 signatures!»

Dans ce cas-là, la pétition sera alors présentée à la Chambre des communes et le gouvernement aura 45 jours pour y répondre.

 

Projet de loi

La FJCF n’est pas la seule à militer pour le droit du vote à 16 ans. Le 28 janvier dernier, le député de Vancouver Kingsway, Don Davies, a déposé en première lecture à la Chambre des communes le projet de loi C-213 modifiant l’âge de voter. Il s’agit de la troisième tentative du député néo-démocrate, après deux tentatives en mars, puis en novembre 2011.

Le député libéral Dan Vandal a avoué ne pas être au courant de ce projet de loi, mais s’est dit prêt à l’étudier et à en discuter avec son auteur.

Benjamin Vachet
Benjamin Vachet
bvachet@tfo.org @BVachet

Originaire de France, Benjamin Vachet vit au Canada depuis plus de dix ans. Titulaire d’un baccalauréat en Administration économique et sociale et d’une maîtrise de journalisme, il a commencé sa carrière en France, avant de la poursuivre au Canada. Il a travaillé pour les hebdomadaires Le Reflet, puis L’Express Ottawa et pour la radio francophone d’Ottawa, Unique FM. Il a rejoint le Groupe Média TFO en 2014. Passionné de politique ontarienne, fédérale et internationale, Benjamin cumule plus de treize années d’expérience en presse écrite, radio et télévision.