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Le Bureau de la traduction justifie sa stratégie

OTTAWA – La présidente-directrice générale du Bureau de la traduction, Donna Achimov, était de passage devant le Comité permanent des langues officielles, lundi 7 mars. L’occasion pour elle de défendre les choix de son institution, malgré la controverse.

BENJAMIN VACHET
bvachet@tfo.org | @BVachet

Le comité permanent des langues officielles a débuté, lundi 7 mars, la première de ses réunions sur le dossier du Bureau de la traduction. L’institution est sous le feu des projecteurs depuis que le quotidien Le Droit a révélé, en janvier, la suppression de 400 postes depuis quatre ans, à laquelle devraient s’ajouter de nouvelles compressions, à hauteur de 140 postes, d’ici 2017-2018.

Refusant de parler de coupures, la responsable du Bureau de la traduction, Donna Achimov, a voulu défendre les choix stratégiques opérés ces dernières années.

«Il n’y a eu aucune coupure de postes, juste des départs à la retraite et des départs volontaires non remplacés. Nous avons pris cette décision après avoir fait l’analyse de nos politiques. Celles-ci étaient trop lourdes et peu flexibles, nous devions les moderniser. Les choses ont beaucoup évolué ces dernières années et nous avons regardé ce qui se faisait ailleurs, notamment dans les entreprises du secteur privé. Nous devons avoir la même discipline que le milieu des affaires et gérer l’argent comme si c’était le nôtre.»

L’institution, qui dit s’occuper encore de 80% des demandes en traduction du gouvernement fédéral, indique que les besoins des ministères et des institutions ont diminué. Aujourd’hui, la charge de travail s’est stabilisée autour de quelque 350 millions de mots par année, contre plus de 400 millions de mots en moyenne six ans auparavant.

«Certains ministères et institutions font appel au secteur privé, d’autres ont moins de demandes. Les médias sociaux ont modifié les habitudes de communication. Avant, certains nous demandaient de traduire un communiqué de deux pages, aujourd’hui, ils vont parfois se contenter d’un simple tweet», a illustré Adam Gibson, vice-président des services linguistiques au Bureau de la traduction.

La solution de faire appel à la sous-traitance et d’avoir une équipe plus réduite s’imposait donc, selon les représentants du Bureau de la traduction.

«Nous ne sous-traitons aucun document sensible, mais cela peut nous permettre de répondre plus rapidement à la demande quand il y a une surcharge de travail.»

Le Bureau de la traduction explique également qu’il travaille à baisser ses prix pour convaincre les ministères de faire appel à ses services. Également source d’inquiétude, Mme Achimov s’est voulu rassurante quant à la mise en place d’un nouvel outil de traduction automatique, à compter du 1er avril 2016.

«Nous nous sommes rendus compte que chaque semaine, les employés du gouvernement fédéral ont recours en moyenne un million de fois à des outils de traduction de type Google translate. Nous préférons partager notre outil qui aidera les fonctionnaires fédéraux à mieux comprendre certains documents et les encouragera à utiliser leur seconde langue au travail avec leurs collègues. Mais en aucun cas, cet outil ne sera utilisé pour traduire des documents officiels.»

 

Généreux rassuré, pas Choquette

Optimisation, flexibilité, modernisation… À l’issue du passage des représentants du Bureau de la traduction devant le comité, le porte-parole aux langues officielles pour le Parti conservateur, Bernard Généreux se montrait rassuré.

«Quand je vous entends parler avec le même vocabulaire qu’une chef d’entreprise du secteur privé, c’est de la musique à mes oreilles», a-t-il lancé à Mme Achimov. «Moi, je suis rassuré. Et même si l’outil de traduction n’est pas parfait, si on attend qu’il le soit, on ne le mettra jamais en place. Il sera toujours temps de l’améliorer au fur et à mesure.»

Interrogé par #ONfr à la sortie de la réunion, son homologue du Nouveau Parti démocratique (NPD), François Choquette, était nettement moins enthousiaste.

«Il y a encore énormément d’ambiguïtés en ce qui concerne l’outil de traduction. D’un côté, la présidente-directrice générale nous dit que c’est seulement pour la lecture, d’un autre, elle nous dit que les fonctionnaires pourront aussi l’utiliser pour des courts messages et des petits courriels. On a pourtant démontré que cet outil est inefficace dans ce cas-là. Aujourd’hui, c’est le cafouillis total et je pense donc qu’il faut suspendre sa mise en place, tant qu’on n’en aura pas clarifié la véritable nécessité.»

Le député de Drummond réfute également le parallèle fait par Mme Achimov avec le secteur privé.

«Le Bureau de la traduction profite à toutes les Canadiennes et tous les Canadiens, notamment en développant des outils aussi performants que Termium plus. On ne peut pas le comparer à un bureau privé, sa mission et son mandat son différents! Le phénomène d’attrition et l’absence de nouvelle embauche depuis 2011, a peut-être empêché de recruter une nouvelle génération d’interprètes et de traducteurs et je pense que cette nouvelle politique peut avoir des conséquences graves pour le respect des langues officielles. Ce que j’ai entendu n’est absolument pas de la musique à mes oreilles!»

Le comité permanent des langues officielles envisage de rencontrer encore au moins deux fois les représentants du Bureau de la traduction, ainsi que plusieurs témoins, pour faire toute la lumière sur ce dossier.

Benjamin Vachet
Benjamin Vachet
bvachet@tfo.org @BVachet

Originaire de France, Benjamin Vachet vit au Canada depuis plus de dix ans. Titulaire d’un baccalauréat en Administration économique et sociale et d’une maîtrise de journalisme, il a commencé sa carrière en France, avant de la poursuivre au Canada. Il a travaillé pour les hebdomadaires Le Reflet, puis L’Express Ottawa et pour la radio francophone d’Ottawa, Unique FM. Il a rejoint le Groupe Média TFO en 2014. Passionné de politique ontarienne, fédérale et internationale, Benjamin cumule plus de treize années d’expérience en presse écrite, radio et télévision.