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Le budget de l’Ontario le 25 février

L'Assemblée législative de l'Ontario. François Pierre Dufault

TORONTO – Le gouvernement libéral de l’Ontario déposera son prochain budget le jeudi 25 février, soit deux mois plus tôt que d’habitude, et retardera d’un an la mise sur pied d’un régime provincial d’épargne-retraite, ont appris les élus et les observateurs politiques avec un certain étonnement à la rentrée parlementaire d’hiver, mardi 16 février.

FRANÇOIS PIERRE DUFAULT
fpdufault@tfo.org | @fpdufault

La première ministre Kathleen Wynne a exprimé le besoin d’avoir un plan de match pour la prochaine année plus tôt que tard, alors que l’économie mondiale demeure fragile.

«Je suis consciente de l’inquiétude à travers le pays et à travers le monde quant à l’économie», a déclaré Mme Wynne à la presse, peu avant la première période de questions de 2016. «Je suis très heureuse que nous soyons capables de mener le pays en ce qui concerne la création d’emploi à l’heure actuelle. Mais c’est clair qu’il faut dévoiler le plus vite possible quelles seront les prochaines étapes.»

Le grand argentier de la province Charles Sousa a déposé ses deux premiers budgets au début mai et son troisième à la fin avril. Avant lui, Dwight Duncan avait l’habitude de déposer ses budgets à la fin mars.

L’annonce d’un budget hâtif à l’occasion de la rentrée parlementaire à Queen’s Park renfermait une autre annonce tout aussi étonnante: le report d’un an du lancement du futur Régime de retraite de la province de l’Ontario (RRPO). La première vague de cotisations serait maintenant prévue pour 2018.

Or, pas plus tard qu’à la fin janvier, alors qu’Ottawa commençait à montrer une ouverture à bonifier le Régime de pensions du Canada (RPC), le clan Wynne affirmait ne pas vouloir attendre un accord à l’échelle nationale pour garantir une retraite plus confortable aux travailleurs ontariens n’ayant pas accès à un régime d’épargne auprès de leur employeur.

«Notre objectif principal est de nous pencher intensivement sur les moyens d’atteindre les objectifs du RPPO dans le cadre d’un RPC amélioré, tout en demeurant en mesure de mettre en œuvre le RPPO, s’il s’avérait impossible de trouver une solution», a nuancé M. Sousa dans un discours devant des gens d’affaires de l’Empire Club de Toronto, le 16 février.

Il y aura donc, pour une rare fois, le dépôt d’un budget à Queen’s Park avant Ottawa, où les libéraux fédéraux de Justin Trudeau prévoient dévoiler leurs chiffres après la mi-mars.

L’Ontario tente d’abattre un déficit de 7,5 milliards $ d’ici 2018.

 

«Un peu contre nature»

L’idée d’un budget hâtif a reçu un accueil mitigé sur les banquettes de l’opposition, alors que les élus ontariens convergeaient sur Queen’s Park pour la reprise des travaux parlementaires.

«Il y a des grands défis maintenant en Ontario. Nous avons besoin de nouvelles solutions. Pour cette raison, un budget rapide est important», a fait savoir le chef progressiste-conservateur Patrick Brown en français lors d’un point de presse. «Mais en même temps, les récentes consultations du gouvernement sont un peu une farce si le budget arrive si vite. Ça veut dire que le plan était déjà prêt depuis un bout de temps».

«C’est un peu contre nature. Les derniers budgets étaient déposés beaucoup plus tard», a fait remarquer à son tour la chef néo-démocrate Andrea Horwath. «Je suis inquiète de voir un autre budget libéral rempli de coupures en santé et en éducation, et qui rendrait la vie des familles encore plus difficile au lieu de protéger les services publics que nous apprécions tous.»

 

Changement climatique

On s’attend à ce que l’action contre le changement climatique soit un pilier important du prochain budget de l’Ontario, le clan libéral ayant procédé à des annonces à caractère environnemental totalisant plus de 200 millions $ au cours des dernières semaines sans toutefois les détailler.

«Nous encourageons le gouvernement à être plus spécifique pour que tout le monde comprenne quels seront les coûts. J’espère que ce ne sera pas simplement une autre taxe au nom de l’environnement», a soulevé M. Brown. «Nous voulons tous faire quelque-chose pour l’environnement. Ma crainte est que (ce programme) devienne une ponction fiscale de plusieurs millions de dollars sans bénéfice tangible pour l’environnement.»

«Après huit ans de pourparlers et de promesses brisées, c’est le temps d’agir», a exhorté Mme Horwath devant la presse parlementaire. «Nous devons voir de vrais gestes et un vrai plan pour réduire les émissions polluantes. Il faut que le plan soit juste, transparent et efficace.»

Les partis d’opposition à Queen’s Park ont aussi promis de garder un œil sur le budget de la santé publique, déplorant au passage la suppression de quelque 1200 postes d’infirmières dans les hôpitaux de la province au cours de la dernière année. Ils ont réitéré du même souffle leur opposition à la privatisation partielle du fournisseur d’électricité Hydro One, enclenchée dans le budget 2015 afin d’investir davantage dans l’infrastructure.

La première ministre Kathleen Wynne a finalement annoncé, en marge de la rentrée parlementaire d’hiver, la création attendue depuis une décennie d’une Direction générale de l’action contre le racisme, sous la responsabilité du ministre Michael Coteau.

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François Pierre Dufault
fpdufault@tfo.org