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Le bilinguisme dans les aéroports toujours malmené

L'aéroport d'Ottawa est assujeti à la Loi sur les langues officielles.

OTTAWA – Les francophones en situation minoritaire l’ont souvent rappelé tout au long de la campagne: la Loi sur les langues officielles (LLO) n’est pas assez respectée. Le service en français dans les aéroports illustrerait bien souvent cette tendance.

SÉBASTIEN PIERROZ
spierroz@tfo.org | @SebPierroz

«La loi s’applique évidemment, mais avec des différentes causes expliquant les manquements», explique Michel Doucet, spécialiste des droits linguistiques et professeur de droit à l’Université de Moncton.

«Le service dépend en fait de la journée, c’est-à-dire s’il y a une capacité bilingue ce jour-là, de la compréhension, en fait si les agents peuvent comprendre ou pas, et enfin de la géographie. Certains aéroports offrent un service bilingue meilleur que d’autres.»

Selon la LLO, les aéroports canadiens qui accueillent plus d’un million de passagers par année sont tenus d’offrir des services en français et en anglais.

Mais le bilinguisme laisse à désirer, si l’on en croit la dernière enquête du genre menée par le commissaire aux langues officielles, Graham Fraser, en 2012. Des données se basant sur 1 500 observations effectuées anonymement, et ciblant les services d’Air Canada, les administrations aéroportuaires et locataires commerciaux, ainsi que l’administration canadienne de la sûreté du transport aérien.

En fait, les administrations aéroportuaires de Halifax, de Toronto et de Vancouver avaient même obtenu des notes inférieures à l’enquête précédente en 2008.

Pire encore, l’enquête de 2012 montrait que 26% des agents d’Air Canada offraient un accueil dans les deux langues, contre seulement 11% pour les administrations aéroportuaires.

«Les manques les plus importants sont souvent dans les fournisseurs de service, par exemple les entreprises de locations de voiture ou les cafétérias», explique M. Doucet. «Le bilinguisme n’y est pas toujours respecté, mais encore une fois, ça dépend d’un aéroport à l’autre.»

Outre le service aux passagers, et les fournisseurs de service, la documentation imprimée ou enregistrée ainsi que les appareils libre-service sont assujettis à la LLO.

 

Vols internationaux

Si la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) entend toujours faire respecter la Loi de 1969, l’objectif pointe aussi les aéroports.

«On considère qu’il y a encore des défis, la capacité bilingue n’est par exemple pas tout le temps là à l’aéroport d’Ottawa. On encourage les gens à porter plainte», résume la présidente de l’organisme, Sylviane Lanthier.

Reste que les manques à la LLO se répètent bien souvent au-delà des simples aéroports.

Symbole de ces accrocs: le combat judiciaire de Michel Thibodeau qui demandait une indemnité à Air Canada laquelle n’avait selon lui pas respecté la loi. Le résident d’Orléans avait finalement été débouté par la Cour suprême du Canada en octobre 2014.

À cet égard, le porte-parole aux Langues officielles du Parti libéral, Stéphane Dion, avait déposé un projet de loi au printemps dernier pour s’assurer que les droits linguistiques et d’autres droits fondamentaux soient respectés à bord des vols internationaux.

«Pourquoi la loi fonctionnerait à bord Montréal-Toronto, avec la possibilité d’obtenir des dommages-intérêts, mais pas sur un vol international», expliquait récemment M. Dion en entrevue à #ONfr.

«La loi est faite pour être respectée, et il faut que ces aéroports soient bilingues», a commenté plus sobrement à #ONfr le néo-démocrate Claude Gravelle, porte-parole de son parti en matière de langues officielles.

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François Pierre Dufault
fpdufault@tfo.org