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Le ballon d’essai climatique

Glen Murray, désormais l'ex-ministre de l’Environnement et de l’Action en matière de changement climatique de l'Ontario. Archives #ONfr

[ANALYSE]
Le gouvernement libéral de Kathleen Wynne vient de donner un coup d’accélérateur à sa lutte au changement climatique avec l’adoption, cette semaine, d’une loi qui confirme l’adhésion de l’Ontario à un marché nord-américain du carbone.

FRANÇOIS PIERRE DUFAULT
fpdufault@tfo.org | @fpdufault

La province rejoindra l’an prochain sa voisine, le Québec, de même que l’État américain de la Californie dans un système de plafonnement et d’échanges des droits d’émissions de gaz à effet de serre (GES). Elle espère tirer de ce marché des recettes de 1,9 milliard $ par année.

Taxer les gros pollueurs pour les encourager à réduire leur empreinte environnementale, ce n’est toutefois que la première étape d’un plan d’action beaucoup plus vaste pour ramener d’ici 2050 les émissions de GES de la province à 20% de ce qu’elles étaient en 1990.

Mais ce plan d’action, il se fait toujours attendre.

La fuite d’un document ministériel dans le Globe & Mail, cette semaine, donne néanmoins une bonne idée de l’ampleur du chantier.

Le document révèle que le clan Wynne serait prêt à investir 7 milliards $ d’ici quatre ans dans tout un éventail d’incitatifs et de subventions pour encourager les contribuables à faire des choix de consommation qui atténuent le changement climatique.

Jusque-là, pas de surprise.

Or, le document révèle aussi que les libéraux à Queen’s Park jonglent avec l’idée d’éliminer graduellement le gaz naturel comme source d’énergie pour le chauffage. Voilà une idée qui semble sortie tout droit d’un film de science-fiction. Le gaz naturel est utilisé pour chauffer 76% des édifices ontariens. Pense-t-on vraiment pouvoir s’en passer complètement d’ici 30 ans?

Le ministre de l’Environnement et de l’Action en matière de changement climatique, Glen Murray, a beau nier son intention d’éliminer le gaz naturel à plus ou moins long terme. Le mal est déjà fait. L’industrie, que l’élu dit pourtant avoir consultée abondamment tout au long de la rédaction de son plan d’action, est tombée des nues.

 

Véhicules électriques

Le document qu’a obtenu le Globe & Mail révèle, d’autre part, que le gouvernement l’Ontario serait prêt à investir 285 millions $ sous forme d’incitatifs pour doper les ventes de véhicules électriques, qui représentent environ 0,6% des ventes de véhicules neufs à l’heure actuelle, à 12% des ventes d’ici 2025.

C’est énorme.

Et sur un horizon aussi court, dans une province d’un million de kilomètres carrés, il faut se demander si c’est bien réaliste? Une voiture électrique peut d’ores et déjà répondre aux besoins d’un résident du Glebe, à Ottawa, ou de Yorkville, à Toronto. Mais il n’existe pas encore sur le marché un véhicule «vert» capable, l’hiver, de faire d’un trait la navette entre Smooth Rock Falls et Longlac.

Le document ministériel qui s’est retrouvé dans la presse, cette semaine, n’était peut-être qu’un ballon d’essai pour prendre le pouls de l’opinion publique.

Si c’est le cas, c’est bien malhabile.

Le plan d’action de Glen Murray contre le changement climatique, attendu en juin, pourrait être l’«une des mesures législatives les plus complexes» dans l’histoire de l’Ontario, de l’aveu même du ministre. Il pourrait avoir un impact considérable sur les habitudes de consommation et l’emploi de millions de gens. Ce n’est pas le temps de jouer à essais et erreurs avec la population et l’industrie.

Ça crée un bien mauvais climat pour la suite des choses.

 

Cette analyse est publiée également dans le quotidien LeDroit du 21 mai.

François Pierre Dufault
fpdufault@tfo.org