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L’avenir de l’alphabétisation en français toujours en pointillé

L'éducation pourrait empêcher certains risque de déviance des jeunes, estime notre chroniqueuse. Archives

OTTAWA – Le Réseau pour le développement de l’alphabétisme et des compétences (RESDAC) n’en sait toujours pas plus concernant son avenir. Mais l’organisme envisage des solutions pour maintenir sa mission.

BENJAMIN VACHET
bvachet@tfo.org | @BVachet

Début mai, le conseil d’administration de l’organisme a pu se réunir pour la première fois en personne à Ottawa, deux ans après sa dernière réunion. Il faut dire que l’heure est suffisamment grave pour justifier de puiser dans les maigres ressources du RESDAC afin d’organiser cette rencontre.

Comme le révélait #ONfr le 14 octobre 2015, le RESDAC est dans une situation précaire, n’ayant plus de budget opérationnel depuis 2014. Le nombre de ses employés est passé de 8 à une seule personne, aujourd’hui. Le RESDAC espérait en savoir plus rapidement avec le changement de gouvernement à Ottawa en octobre dernier, mais sept mois plus tard, il envisage toujours de mettre la clé sous la porte.

«Nous avons discuté de la réalité actuelle et des possibilités d’avenir pour le RESDAC. Le conseil d’administration aurait très bien pu décider de mettre fin à l’organisme, mais nous croyons toujours en sa pertinence. Nous avons donc choisi de poursuivre le démarchage politique et de mener une étude sur les différents modèles possibles pour permettre que le travail du RESDAC se poursuive», explique la présidente, Isabelle Salesse, qui terminera son mandat le 15 juin.

Créé en 1991, l’organisme se donne pour mission de concerter, coordonner et assurer la cohésion des niveaux d’alphabétisme et de compétences essentielles des adultes francophones de tout le Canada. Composé de treize membres à travers le pays, le RESDAC les accompagne dans leur travail sur le terrain.

L’organisme a formulé une demande à Patrimoine canadien pour financer cette étude qui devrait être réalisée à l’automne prochain. Parmi les modèles évoqués, Mme Salesse cite le transfert de la mission du RESDAC en matière d’alphabétisation en français à un autre organisme, la collaboration avec un autre organisme ou le maintien en place du RESDAC.

 

Démarchage politique

Des représentants de l’organisme ont profité de leur passage à Ottawa pour rencontrer le député libéral Darrell Samson et le porte-parole aux langues officielles pour le Nouveau Parti démocratique (NPD) François Choquette afin d’évoquer leurs difficultés.

«Nous leur avons expliqué l’importance de la mission du RESDAC et leur avons dit que nous avons besoin d’un financement de base pour pouvoir opérer. Mais quoi qu’il arrive, nous ne voulons plus du modèle actuel.»

L’organisme parle aujourd’hui de fonctionner avec un budget de base entre 300000$ et 350000$, bien loin des 600000$ annuels dont il disposait encore il y a quelques années. Mais dans l’idéal, Mme Salesse indique que le meilleur choix pour le RESDAC serait sans doute de travailler en collaboration ou d’être intégré à un organisme.

«Nous avons déjà des discussions avec des organismes, mais s’ils récupèrent le dossier de l’alphabétisation et des compétences pour adultes, il leur faudra quoi qu’il arrive des fonds du gouvernement pour y parvenir.»

 

Des appuis dans la communauté

Début mai, une coalition de onze organismes, dont la Fédération nationale des conseils scolaires francophones (FNCSF), la Commission nationale des parents francophones (CNPF), Fédération culturelle canadienne-française (FCCF), la Fédération de la jeunesse canadienne-française (FJCF) et la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada, a apporté son soutien au RESDAC.

Selon ces organismes, la situation est «le résultat d’un contexte de fragilisation du réseau canadien en éducation des adultes. Faute d’appuis financiers, plusieurs organismes œuvrant dans le secteur de l’alphabétisation et des compétences des adultes ont dû réduire grandement leurs activités», constatent-ils dans un communiqué collectif.

Mme Salesse identifie l’un des problèmes: «la Feuille de route accorde 7,5 millions $ au développement des compétences des adultes, mais les communautés francophones et acadiennes n’ont pas bénéficié de cet argent.»

La présidente de la FNCSF, Melinda Chartrand, explique les raisons de son inquiétude: «La réussite des apprenants couvre «le berceau à la berceuse». Si on néglige l’aspect des compétences des adultes, on affaiblit les communautés francophones et acadiennes. Et quand le plus faible d’entre nous se voit fragilisé, on se doit de répondre à cet appel de mobilisation.»

Il faut dire que 49% des francophones du Canada auraient des difficultés à lire et comprendre un simple texte, selon le premier rapport pancanadien sur le Programme pour l’évaluation internationale des compétences des adultes (PEICA), daté de 2013. Dix ans plus tôt, en 2003, l’Enquête internationale sur l’alphabétisme et les compétences des adultes (EIACA) révélait que 56% des francophones au Canada éprouvaient alors des difficultés sérieuses avec la lecture et l’écriture.

Malgré une rencontre du vice-président Donald Desroches et de la directrice générale par intérim Gabrielle Lopez avec le secrétaire parlementaire de la ministre du Patrimoine canadien Randy Boissonnault, la présidente du RESDAC préfère rester prudente.

«Nous ne sommes ni optimistes ni pessimistes. Nous attendons simplement de voir si Patrimoine canadien acceptera notre demande de fonds pour l’étude. Si ce n’est pas le cas, alors nous n’aurons d’autre choix que de fermer nos portes.»

Signe peut-être inquiétant, M. Boisssonnault n’a pas donné suite aux demandes d’entrevue d’#ONfr.

Benjamin Vachet
Benjamin Vachet
bvachet@tfo.org @BVachet

Originaire de France, Benjamin Vachet vit au Canada depuis plus de dix ans. Titulaire d’un baccalauréat en Administration économique et sociale et d’une maîtrise de journalisme, il a commencé sa carrière en France, avant de la poursuivre au Canada. Il a travaillé pour les hebdomadaires Le Reflet, puis L’Express Ottawa et pour la radio francophone d’Ottawa, Unique FM. Il a rejoint le Groupe Média TFO en 2014. Passionné de politique ontarienne, fédérale et internationale, Benjamin cumule plus de treize années d’expérience en presse écrite, radio et télévision.