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Langues officielles: les consultations s’achèvent à Gatineau

OTTAWA – Les consultations pancanadiennes sur les langues officielles se sont finalement terminées un peu plus tard que prévu initialement avec un ultime rendez-vous dans la région de la capitale nationale, le lundi 14 novembre. Sans surprise, la question du financement des organismes a largement occupé le devant de la scène, mais aussi celle du bilinguisme officiel d’Ottawa.

BENJAMIN VACHET
bvachet@tfo.org | @BVachet

«Vous voulez poser un geste concret pour les langues officielles au Canada? Vous en avez l’occasion! L’appui du gouvernement fédéral pour faire d’Ottawa une capitale du Canada officiellement bilingue ferait une grosse différence. Pour l’instant, on ne vous a pas entendus. Mais à l’approche du 150e anniversaire du Canada en 2017, vous avez une occasion d’envoyer un message extraordinaire à travers le pays!»

Le directeur de Dialogue Canada, Gabriel-M. Lessard, n’a pas mâché ses mots quand est venu son tour de prendre la parole lors de la dernière consultation pancanadienne sur les langues officielles. Son intervention a été reprise par plusieurs autres participants qui n’ont pas hésité à en faire la recommandation au gouvernement de Justin Trudeau.

Interrogé par #ONfr à l’issue de la consultation, le secrétaire parlementaire de la ministre du Patrimoine canadien, Randy Boissonnault, a préféré esquiver la question.

«On suit le dossier de très près. C’est une question fondamentale pour la Ville d’Ottawa qui concerne aussi le gouvernement provincial. Le maire et les conseillers sont en train de l’étudier. Pour notre part, nous avons toujours été clairs là-dessus: si le conseil municipal décide que la Ville d’Ottawa devient officiellement bilingue, le gouvernement du Canada appuiera cette décision. C’est clair que c’est un symbole important pour l’ensemble du pays, mais il faut respecter les différents paliers de gouvernement.»

 

La réalité du terrain

Invités à partager leurs préoccupations et à proposer des pistes de solution en matière de langues officielles, les participants, dont bon nombre d’organismes franco-ontariens, n’ont pas manqué également de souligner la question du financement. Une problématique qui est souvent revenue à travers le pays et les 22 consultations qui ont été organisées précédemment par Patrimoine canadien.

«Cela fait des années que l’enveloppe n’a pas changé», a lancé Nicole Geoffrion, du Centre culturel Les trois p’tits points, d’Alexandria. «À force, on s’épuise, même si c’est important pour nous de s’engager!»

Que ce soit les montants alloués autant que la manière dont sont distribués les fonds, des améliorations sont réclamées. D’autant que les demandes de financement additionnel, par exemple pour des projets spéciaux, prennent du temps et des ressources humaines que beaucoup d’organismes disent ne pas avoir à leur disposition.

«On veut bien trouver des solutions, mais encore faut-il avoir le temps de le faire. À l’Association des auteures et des auteurs de l’Ontario français (AAOF), je suis un directeur très «général» car je dois m’occuper de l’ensemble des tâches. Nous ne sommes que 1,8 employé à temps plein!», remarque le directeur général de l’AAOF, Yves Turbide.

Un constat que partage son homologue du Centre culturel Frontenac, de Kingston, Anne Gutknecht.

«Nous avons besoin d’aide au niveau financier, mais aussi que le gouvernement comprenne notre réalité. Parfois, on est très peu nombreux et on doit faire un travail de titan. Au Centre culturel Frontenac, la stabilité de l’organisme repose sur ses employés. Mais il faut s’assurer qu’ils sont bien payés et qu’ils ont des avantages sociaux pour qu’ils puissent ensuite faire leur travail sans s’épuiser. On a beau avoir la passion, si on n’a pas d’aide, cela peut finir par mourir.»

Pour la présidente du Festival franco-ontarien d’Ottawa, Josée Vaillancourt, la manière de financer certains organismes ou projets ne tient tout simplement pas compte de la réalité du terrain.

«C’est très difficile pour nous de bloquer des artistes ou de faire grandir le festival quand nous ne recevons la confirmation de notre financement que deux mois avant l’événement.»

 

Ouverture pour une bonification

Avant le dévoilement du nouveau plan d’action pour les langues officielles prévu d’ici l’été 2017, une table nationale devrait encore avoir lieu avant la fin de l’année avec les organismes porte-parole des communautés de langue officielle en situation minoritaire.

Mais qu’il le veuille ou non, et même si la ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly, s’est montrée très prudente sur cette question, le gouvernement libéral devra sans doute mettre la main à la poche s’il veut que son futur plan donne satisfaction.

Le secrétaire parlementaire de la ministre du Patrimoine canadien en était à sa 17e consultation, sur les 22 consultations organisées à travers le pays. À l’issue de la rencontre, il se montrait conscient des attentes de bonification de l’enveloppe actuelle de 1,1 milliard de dollars sur cinq ans.

«La bonification est importante, car cela fait dix ans qu’il n’y a pas eu d’augmentation. Mais pour toute demande, nous devons argumenter. Et ces consultations ont été importantes pour nous donner des arguments à mettre sur la table.»

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Benjamin Vachet
Benjamin Vachet
bvachet@tfo.org @BVachet

Originaire de France, Benjamin Vachet vit au Canada depuis plus de dix ans. Titulaire d’un baccalauréat en Administration économique et sociale et d’une maîtrise de journalisme, il a commencé sa carrière en France, avant de la poursuivre au Canada. Il a travaillé pour les hebdomadaires Le Reflet, puis L’Express Ottawa et pour la radio francophone d’Ottawa, Unique FM. Il a rejoint le Groupe Média TFO en 2014. Passionné de politique ontarienne, fédérale et internationale, Benjamin cumule plus de treize années d’expérience en presse écrite, radio et télévision.