#Francophonie, #Ontario

Le ton monte pour une école francophone dans l’est de Toronto

Le député provincial Arthur Potts (à gauche) discute de la situation. Étienne Fortin-Gauthier

TORONTO – À chaque nouvelle année scolaire, des élèves francophones aboutissent dans des écoles secondaires anglophones en raison de l’absence d’une institution de langue française dans l’Est de Toronto. L’immobilisme de certains acteurs politiques et scolaires est à l’origine de cette lente assimilation, dénoncent de nombreux parents exaspérés qui sont prêts à aller en justice.

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

«Je vois ma communauté francophone se désintégrer devant mes yeux. Je vois des amitiés se défaire, alors que des jeunes francophones atterrissent dans des écoles anglophones», confie avec exaspération Heidi Pospisil. Cette mère de famille s’implique comme des dizaines d’autres au sein de la Coalition de parents pour une école secondaire de quartier.

Mardi 12 avril en soirée, les parents interpellés par cet enjeu se sont regroupés pour faire le point sur les démarches en cours et échanger sur le plan de match à suivre. «On a attendu trop longtemps. Il faut agir», a pour sa part lancé Andréa Vanasse.

Elle a révélé que le Conseil scolaire du district de Toronto, le TDSB, semble vouloir régler ce dossier chaud en procédant à la vente de l’école Greenwood. Une information qui a été accueillie avec exaspération et découragement par de nombreux parents présents à la réunion.

«On le sait, de toutes les écoles disponibles dans l’est de Toronto, c’est la moins belle! Nous, ce que nous demandons, c’est une école équivalente à celle des anglophones. Greenwood n’a pas de terrain ou de pelouse et pas d’installations adaptées», a souligné Mme Vanasse.

Les parents membres de l’organisation considèrent sérieusement lancer des procédures juridiques contre le gouvernement ontarien. Pourraient-ils réellement remporter une victoire contre l’État? «Les chances sont très bonnes», selon l’avocat Nicolas Rouleau, qui représente les parents.

Me Rouleau a déjà mené le combat de parents de la Colombie-Britannique qui réclamaient l’accès à des services similaires que les anglophones pour leurs enfants. La cause des parents de l’est de Toronto compte bon nombre de similarités avec celle de l’École Rose-des-Vents, fait-il savoir. «C’est bien simple, grâce à l’Article 23, si je suis francophone hors-Québec, j’ai le droit de faire éduquer mes enfants en français. C’est un droit, pas un privilège», a-t-il indiqué aux parents présents.

Il souligne que le contexte actuel est propice à une solution négociée, plutôt que juridique. «Le gouvernement en Colombie-Britannique était beaucoup plus anti-francophone. Kathleen Wynne a montré des signes d’ouverture à la communauté», a souligné Me Rouleau.

 

Pression accrue sur le politique

Le député libéral Arthur Potts, qui représente une circonscription de l’est de Toronto, a fait une apparition surprise à la réunion des parents, mardi soir. Il a tenu à prendre la parole, mais ses propos n’ont pas nécessairement été bien accueillis.

Il a soutenu que l’école Greenwood pouvait constituer une solution acceptable pour l’instant. Une réponse qui a provoqué la grogne de plusieurs parents qui se sont fait entendre.

Le député a soutenu qu’une part du blâme dans ce dossier revient aux conseils scolaires francophones. «Les conseils scolaires ne mettent pas ce dossier comme l’une de leurs grandes priorités, voilà le problème», a-t-il dit, lors d’un entretien avec #ONfr.

Selon lui, il «y a des limites» à ce que la ministre de l’Éducation, Liz Sandals, peut accomplir concernant cette problématique.

Une déclaration qui fait sursauter Heidi Pospisil. «C’est bizarre de voir que les conseils scolaires semblent maintenant être des gouvernements en soi. C’est la responsabilité du gouvernement de la province de s’assurer que les droits des personnes ne soient pas enfreints», réplique-t-elle.

D’ailleurs, les prochaines actions du groupe de parents viseront le monde politique. Une pétition sera bientôt envoyée à la ministre ontarienne de l’Éducation à ce sujet. La lettre qui lui est destinée sera aussi envoyée à la première ministre Kathleen Wynne, en plus d’autres intervenants scolaires et politiques.

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Étienne Fortin-Gauthier
Étienne Fortin-Gauthier
efgauthier@tfo.org @etiennefg

Étienne Fortin-Gauthier est journaliste depuis une dizaine d’années. Il a collaboré à plusieurs grands médias canadiens et européens, dont La Presse Canadienne, le quotidien La Presse, l’Agence France-Presse et le groupe de presse L’Avenir (Belgique). Il s’est initié aux dossiers de la francophonie canadienne lors d’un séjour au Réseau francophone d’Amérique, qui travaille de près avec les stations radiophoniques francophones en milieu minoritaire. Étienne est diplômé de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon, à Toronto, et du programme bidisciplinaire en communication et science politique de l’Université de Montréal.