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La nouvelle identité franco-ontarienne

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[ANALYSE]

L’événement est devenu annuel depuis maintenant six ans. Les Franco-Ontariens hissent chaque 25 septembre le drapeau vert et blanc. À Ottawa, l’image était plutôt saisissante: quelque 1600 jeunes étaient rassemblées pour la levée de drapeau devant l’édifice municipal. Devant l’hôtel de Ville de Toronto, on en comptait aussi des centaines. C’est beaucoup.

SÉBASTIEN PIERROZ
spierroz@tfo.org | @sebpierroz

Dans les prochains mois, Statistique Canada sera en mesure de publier les chiffres du recensement de 2016. Nul doute que la quantité de résidents ontariens possédant le français comme langue maternelle devrait s’accroître, bien au-delà des 500 000 résidents. La Définition inclusive de francophones (DIF) lancée par l’Office des Affaires francophones en 2009 parle même de 611 500 francophones. Prometteur en apparence.

Ce sentiment de fierté ravivé depuis plusieurs années, et ce nombre élevé de Franco-Ontariens, cache un petit bémol: les francophones de l’Ontario ne pèsent pas très lourd au sein des plus de 13 000 000 de résidents dans l’Ontario. Si l’on se fie aux deux derniers recensements, il s’agit d’une proportion stagnante entre 4% et 5%. À Toronto, le français est même supplanté par une dizaine d’autres langues non officielles.

Les conséquences sont bien sûr une force de frappe limitée des francophones sur les questions politiques. Certains dossiers, à l’instar de l’université franco-ontarienne, avancent lentement, quand d’autres débats comme la désignation officiellement bilingue de la province paraissent encore utopiques.

Pour obtenir plus d’impact, la Journée des Franco-Ontariens doit être justement l’occasion de rappeler l’importance d’une immigration soutenue en Ontario. En mai 2015, le gouvernement libéral avait pourtant ouvert la voie en fixant une cible de 5% d’immigration. Un geste louable et nécessaire, mais dont les moyens n’ont toujours pas été dévoilés. Aux dernières nouvelles, ils étaient moins de 2% de francophones à choisir l’Ontario comme terre d’accueil.

La culture franco-ontarienne est méconnue, et certains francophones une fois sur place, travaillent en anglais, tout en vivant leurs activités sociales dans cette même langue.

Car c’est là où le bât blesse. Accueillir les nouveaux arrivants ne suffit pas. Il faut aussi parvenir à les intégrer. Le défi est souvent immense – et bien souvent sous-estimé – pour inclure le plus grand nombre de résidents francophones. L’Ontario francophone est pourtant aujourd’hui à un tournant. Une nouvelle génération pousse, les minorités ethniques pèsent de plus en plus, les accents se multiplient au sein même de la francophonie.

Au-delà des cercles politiques, cette avancée naturelle n’est pas sans résistance. L’idée qu’il y’aurait des Franco-Ontariens de souche, et d’autres «importés» revient de temps en temps. C’est bien mal saisir la formidable opportunité que représente l’immigration, et cela envoie par la même occasion un message négatif.

À la différence de la citoyenneté canadienne laquelle repose sur des droits et des devoirs, l’appartenance à la culture ontarienne est spontanée. Cette large base englobe les francophiles, les résidents désireux de vivre en français, et ceux attachés à la défense de langue. Il s’agit en cela d’un engagement naturel et de cœur.

Réduire cette appartenance à un lieu de naissance est absurde. On peut être francophone de langue maternelle en Ontario, et avoir perdu sa langue sous le rouleau-compresseur de l’assimilation, ou à contrario immigrant et fier des couleurs vertes et blanches. Des artistes comme Mehdi Hamdad ou de jeunes leaders comme Rym Ben Berrah en sont le symbole. Rappelons que Madeleine Meilleur, la figure la plus connue de la politique franco-ontarienne, est née au Québec, tout comme François Boileau.

De Denis Vaillancourt, qui quittera son siège de président de l’AFO fin octobre, on retiendra sans doute le mot «inclusivité» répété à foison. Au-delà de l’action politique, la formule prend aujourd’hui tout son sens pour faire perdurer l’identité franco-ontarienne.

 

Cette analyse est aussi publiée dans le journal LeDroit du 24 septembre

Sébastien Pierroz
Sébastien Pierroz
spierroz@tfo.org @sebpierroz

Natif d’Annecy dans les Alpes françaises, Sébastien Pierroz obtient une maîtrise d’histoire de l’Université Paris Panthéon-Sorbonne en 2007. Après avoir travaillé pour Le Reflet dans l’Est ontarien, puis L’Express d’Ottawa, Sébastien rejoint l’équipe d’#ONfr au Groupe Média TFO en janvier 2015.