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La francophonie de Sudbury célèbre, malgré «le manque de moyens»

La présidente de l'ACFO Sudbury, Lyse Lamothe. Crédit image: Étienne Fortin-Gauthier

SUDBURY – L’atmosphère festive au Grand banquet des Franco-Ontariens de Sudbury cachait une autre réalité: l’organisme qui en est le maître d’œuvre affirme être dans une situation précaire. L’Association canadienne-française du grand Sudbury (ACFO Sudbury) espère que le Fonds communautaire francophone, dont les détails seront dévoilés aujourd’hui, pourra changer la donne.

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

«Notre priorité pour les prochains mois? Faire survivre l’ACFO de Sudbury», lance sans hésitation sa présidente Lyse Lamothe.

«Ça fait tellement d’années qu’on est en mode survie. Il y a des raisons pourquoi nos organismes francophones ferment. On peut fonctionner avec peu de ressources pendant un moment,  mais après nos gens sont épuisés. On ne peut pas seulement dépendre des bénévoles et de la générosité des commanditaires. Il y a un manque de moyens», ajoute-t-elle.

L’aide gouvernementale fédérale n’a pas augmentée d’un centime en une décennie, se plaint Mme Lamothe.

Quant à l’aide provinciale, la directrice générale de l’ACFO de Sudbury, Joanne Gervais, ne se faire guère plus enthousiaste. «On ne reçoit rien d’eux, sauf si on postule pour des projets spéciaux. Mais ça devient un tango. On postule pour un projet, c’est refusé. On postule encore et encore», confie-t-elle.

L’annonce récente de la création d’un fonds communautaire francophone aurait de quoi réjouir les deux leaders francophones, mais leur enthousiasme est modéré.

«C’est une bonne nouvelle. Mais selon notre expérience avec l’Ontario, il y a toujours une composante qui doit être financée par l’organisme. Disons qu’on nous propose 40 000$, il faut aller en chercher 10% nous-mêmes. Mais ne les trouvant pas, on se ramasse avec rien ou on doit emprunter et on se ramasse souvent avec une dette», souligne Mme Gervais.

L’ACFO de Sudbury est pourtant plus pertinente que jamais et elle a besoin d’un financement stable, insistent les deux femmes. «Il faut travailler pour lutter contre l’assimilation des jeunes, on doit s’attaquer à la question de l’affichage des commerces bilingues et à plusieurs autres dossiers», explique Lyse Lamothe, qui exige que davantage soit fait par les dirigeants pour soutenir son organisme.

 

Prix de la francophonie

Alors que l’ACFO du grand Sudbury témoigne de ses défis financiers, l’organisme a honoré, le lundi 25 septembre au soir, le travail d’un expert en philanthropie et en levées de fonds communautaires. Le prix de la francophonie a été remis à Daniel Gingras.

Il a évolué pendant plus de trois décennies dans les secteurs publics et parapublics, notamment au Collège Boréal et à l’ACFO-Nipissing. Au cours des années 80, il devient l’un des collaborateurs du député Jean-Jacques Blais et côtoie alors Pierre-Elliot Trudeau.

Le Prix de la francophonie a été remis à Daniel Gingras. (Crédit image: Étienne Fortin-Gauthier)

Le récipiendaire du prix a expliqué aux personnes présentes sa stratégie pour faire avancer les droits des francophones: se positionner près du pouvoir. «Quand on est décideur, les bonnes choses arrivent pour nous autres», a-t-il lancé à répétition pendant son discours.

Au cours des dernières années, il a dédié son temps à la recherche de financement pour des organismes et projets francophones. Il cite la Maison McCulloch pour soins palliatifs, l’un des projets dont il est le plus fier. «J’ai été touché dès le début. Un petit gars d’Opasatika a demandé à me voir. C’était Léo Therrien. Il avait en tête l’idée de créer une résidence en soins palliatifs. Il n’avait qu’une idée, mais pas de terrain, d’argent ou de partenaires. On a fait du lobbying, on a développé une campagne, on a trouvé un terrain et de l’argent. Et on a réussi», a-t-il confié.

Il a invité les acteurs francophones à se mobiliser pour le projet de Place des arts de Sudbury. «Ce projet de 30 millions permettra une visibilité sans précédent pour les francophones. Grâce au leadership des francophones, nous avons eu un terrain et 5 millions de la Ville, 8 millions de la province et nous travaillons fort pour un appui majeur d’Ottawa qui sera annoncé sous peu», a indiqué l’expert en philanthropie. Il demande à la communauté de donner, également. «C’est un défi énorme, nous avons une communauté qui n’a aucune histoire philanthropique», a-t-il néanmoins admis, devant l’assistance.

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Étienne Fortin-Gauthier
Étienne Fortin-Gauthier
efgauthier@tfo.org @etiennefg

Étienne Fortin-Gauthier est journaliste depuis une dizaine d’années. Il a collaboré à plusieurs grands médias canadiens et européens, dont La Presse Canadienne, le quotidien La Presse, l’Agence France-Presse et le groupe de presse L’Avenir (Belgique). Il s’est initié aux dossiers de la francophonie canadienne lors d’un séjour au Réseau francophone d’Amérique, qui travaille de près avec les stations radiophoniques francophones en milieu minoritaire. Étienne est diplômé de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon, à Toronto, et du programme bidisciplinaire en communication et science politique de l’Université de Montréal.