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La formation linguistique des réfugiés syriens reste un enjeu

Laura Albanese, ministre des Affaires civiques et de l’Immigration. Crédit photo: Jean-François Morissette

TORONTO – Il y a un an, l’Ontario accueillait ses premiers réfugiés syriens. Depuis, 14 000 ont foulé le sol ontarien, soit près de 40 % de tous les réfugiés syriens au pays. Toutefois, aucune statistique n’est disponible pour ce qui est de l’apprentissage du français par ceux-ci.

JEAN-FRANÇOIS MORISSETTE 
jmorissette@tfo.org@JFMorissette72

BENJAMIN VACHET
bvachet@tfo.org | @BVachet

Sur les 14 000, plus 5 500 adultes ont obtenu des évaluations linguistiques et suivent actuellement des cours de langue gratuits, soit en français ou en anglais.

Cependant, le ministère des Affaires civiques et de l’Immigration de l’Ontario n’a pas été en mesure de fournir à #ONfr le nombre de réfugiés syriens qui ont suivi des cours de francisation depuis un an.

Laura Albanese, ministre des Affaires civiques et de l’Immigration, assure que l’on a offert des cours d’anglais et de français aux réfugiés syriens.

«Nous faisons toujours un effort pour dire aux gens qu’ils ont besoin d’apprendre une langue et que c’est l’outil le plus important pour obtenir un emploi. Nous offrons des cours en français et en anglais, mais ça revient à la personne de choisir», a expliqué Laura Albanese.

La ministre assure que la demande pour avoir des cours en français est en hausse et que le Toronto Catholic District School Board (TCDSB) a dû ajouter une classe de francisation pour répondre à la demande.

«Je veux être clair, nous ne pouvons pas forcer les gens vers une langue ou une autre, c’est leur choix. C’est quelque chose que nous offrons comme société démocratique» – Laura Albanese

Même son de cloche du côté de la ministre déléguée aux Affaires francophones, Marie-France Lalonde.

«Lorsque le réfugié est arrivé, il y avait un choix de parler le français ou l’anglais et c’était son choix», assure la ministre Lalonde.

Des efforts insuffisants

Pour France Gélinas, porte-parole néo-démocrate pour les Affaires francophones, le gouvernement ontarien n’a pas fait assez d’efforts pour s’assurer que les réfugiés syriens apprennent la langue de Molière.

«Il n’y a eu aucun effort qui a été fait pour s’assurer que le français soit leur langue d’insertion», s’exclame-t-elle.

«Il y avait de ces réfugiés qui sont arrivés qui avait une connaissance du français et jamais on ne leur a offert de faire du français de leur langue d’insertion, jamais on ne leur a offert des cours de français pour les aider à apprendre une langue.»

Elle déplore grandement que les réfugiés aient d’abord et avant tout été accueillis en anglais et que les enfants aient été dirigés vers les écoles anglophones.

La députée du NPD croit que le gouvernement ontarien a manqué une occasion en or d’accueillir certains de ces nouveaux arrivants en français et déplore le manque de ressources dédiées aux apprentissages du français.

«On nous dit que c’est un choix, mais ce n’est pas un choix, ils n’ont jamais eu le choix, les ressources ne sont pas là», conclut-elle.

En novembre 2015, l’ancienne ministre responsable des Affaires francophones de l’Ontario, Madeleine Meilleur, estimait que la venue des réfugiés syriens en Ontario était une occasion à saisir pour la minorité de langue française.

 

Même constat au Sénat

Le manque d’effort en matière de cours de langue a également été pointé du doigt par les sénateurs dans un rapport rendu public le mardi 6 décembre. Le comité sénatorial des droits de la personne a appelé le gouvernement fédéral à agir au plus vite pour offrir des cours de langue afin de permettre la pleine intégration des réfugiés syriens à la société canadienne.

Il y a un an, répondant à la guerre qui secoue la Syrie depuis 2011, le gouvernement nouvellement élu de Justin Trudeau s’était engagé à accueillir 25 000 réfugiés syriens au Canada dans le cadre de l’initiative #Bienvenueauxréfugiés. Au total, le Canada a accueilli 35 745 réfugiés syriens dans 354 communautés à travers le pays.

Mais la réinstallation ne devait être qu’une première étape, ont souligné les sénateurs, qui appellent le gouvernement à accorder suffisamment de ressources., notamment en matière linguistique.

«Il est impératif que le gouvernement du Canada accorde un financement adéquat pour les cours de langue et veille à ce que tous les réfugiés puissent suivre des cours de langue à leur arrivée. Davantage de services de garde devraient être offerts en même temps que les cours de langue afin d’éliminer un obstacle important pour bien des réfugiés, surtout pour les femmes qui sont trop souvent laissées en plan», peut-on notamment lire dans le document.

Mardi, le ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, John McCallum, a indiqué avoir lu le sommaire du rapport sénatorial et qu’il le lirait en plus grand détail. Il a toutefois défendu l’action du gouvernement.

«Nous venons d’ajouter 18 millions de dollars pour l’instruction des langues, donc cela continue et cela est extrêmement important et nous avons ajouté 7 000 places additionnelles pour l’enseignement des langues. On comprend que ce n’est pas facile d’être un réfugié. Il y a une période d’ajustement, mais les deux niveaux de gouvernement font ce qui est nécessaire pour aider les réfugiés.»

En date du 30 septembre 2016, parmi les Syriens adultes rétablis au Canada avant la fin février, 582 attendent toujours une formation linguistique à travers le Canada, à l’extérieur du Québec, selon son ministère.

 

Les réfugiés syriens en bref:

  • L’Ontario a accueilli plus de 40 % des réfugiés arrivés au Canada.
  • Plus de 120 collectivités de l’Ontario ont accueilli des réfugiés du conflit syrien.
  • Au 20 novembre 2016, plus de 35 000 réfugiés syriens étaient arrivés au Canada

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Jean-François Morissette
Jean-François Morissette
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