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La commissaire à l’environnement déplore le traitement des Premières Nations

La commissaire à l’environnement de l’Ontario, Dianne Saxe. Crédit photo: Jean-François Morissette

TORONTO – Dans son rapport annuel, publié le mardi 24 octobre, la commissaire à l’environnement de l’Ontario, Dianne Saxe, somme le gouvernement d’agir pour protéger les Premières Nations. Selon elle, les conditions environnementales dans ces communautés ne seraient pas tolérées ailleurs en Ontario.

JEAN-FRANÇOIS MORISSETTE
jmorissette@tfo.org | @JFMorissette72

«L’Ontario a depuis longtemps fermé les yeux sur la pollution qui impose des effets néfastes à de nombreuses communautés autochtones», déplore la commissaire Saxe.

Mme Saxe s’indigne que depuis plus de 60 ans très peu d’actions aient été prises pour aider la Première Nation de Grassy Narrows et les Nations indépendantes Wabaseemoong, situées au nord-ouest de Dryden. Ces communautés souffrent d’empoisonnement au mercure, qui ultimement peut mener à la mort, s’inquiète-t-elle.


«La pollution injuste infligée aux peuples autochtones est sans contredit l’une des situations les plus honteuses. Les industries et les deux paliers gouvernementaux ont depuis longtemps fermé les yeux sur la pollution que subissent les communautés autochtones» – Dianne Saxe, commissaire à l’environnement de l’Ontario


En Ontario, des dizaines de communautés des Premières Nations n’ont pas accès à de l’eau potable salubre. À son dernier décompte, le Commissariat à l’Environnement a trouvé qu’au moins 36 communautés des Premières Nations étaient touchées par cette problématique depuis plus d’un an et que certaines l’étaient depuis plus de dix ans.

Bien qu’elle concède que les Premières Nations résident en juridiction fédérale, Mme Saxe a expliqué ne pas se formaliser de cette question, estimant que l’Ontario a un rôle à jouer. Elle souhaite d’ailleurs que la province donne davantage d’informations sur les problématiques environnementales aux peuples autochtones et fournisse une expertise technique sur le terrain.

Le rapport de la commissaire à l’environnement, Dianne Saxe. Crédit photo: Jean-François Morissette

«Les conditions que doivent subir ces communautés autochtones ne seraient pas tolérées ailleurs en Ontario. Pourtant, elles ne sont toujours pas jugées assez importantes pour justifier d’en faire une priorité et de leur accorder des efforts et de l’argent», observe-t-elle.

Malgré les efforts des dernières années, Mme Saxe estime qu’il reste encore beaucoup de travail à faire. Elle demande maintenant au gouvernement provincial d’intégrer la justice environnementale dans ses efforts de réconciliation auprès des peuples autochtones.

Le loup algonquin en danger

Le rapport de Dianne Saxe déplore également la façon dont le ministère des Richesses naturelles et des Forêts (MRNF) manque à son devoir de protéger les espèces en péril, comme le loup algonquin.

«En Ontario, il est illégal de tuer un spécimen d’une espèce menacée, mais le MRNF a décidé de dépouiller le loup algonquin de cette protection dans une bonne partie de son habitat», explique la commissaire Saxe.


«On croit qu’il pourrait rester aussi peu que 250 loups algonquins adultes à l’état sauvage, et la chasse et le trappage sont des menaces importantes pour leur survie. Le loup algonquin n’a que bien peu de chance de se rétablir s’il n’est pas entièrement protégé» – Dianne Saxe, commissaire à l’environnement de l’Ontario


Le rapport déplore, à ce niveau, la façon dont le gouvernement a remanié le processus de remise de permis de chasse. Cette réorganisation a mené à une diminution générale de la norme de protection pour les espèces en péril. Mme Saxe s’inquiète de voir qu’aucun permis de chasse n’a été refusé, ce qui lui fait remettre en question l’ensemble du processus.

 

Un problème, concède le gouvernement

Le ministre de l’Environnement et de l’Action en matière de changement climatique, Chris Ballard, a concédé que le gouvernement devait en faire plus afin de soutenir davantage les communautés des Premières Nations.

«Nous faisons des efforts pour supporter les Premières Nations et améliorer nos relations avec ces communautés. Le gouvernement de l’Ontario s’est engagé à hauteur de 250 millions de dollars pour favoriser la réconciliation», a-t-il assuré.

Le ministre Ballard a aussi expliqué que son ministère travaille en collaboration avec Ottawa et les Premières Nations pour résoudre le problème d’accès à l’eau potable dans plusieurs communautés. Selon lui, des résultats probants seront visibles «d’ici cinq ans».

Le ministre de l’Environnement et de l’Action en matière de changement climatique, Chris Ballard. Crédit image: Jean-François Morissette

M. Ballard a également indiqué que davantage allait être fait pour améliorer la qualité de l’air, notamment en augmentant la réglementation pour les industries polluantes.

«Nous allons revoir les conclusions de ce rapport et considérer les recommandations afin de mieux protéger et améliorer l’environnement et la santé des résidents de l’Ontario», a-t-il conclu.

 

Feux de forêt et pesticides

L’an dernier, la commissaire à l’environnement avait vertement critiqué le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs sur sa gestion des forêts dans le nord de l’Ontario. Selon elle, des feux de forêt catastrophiques étaient à prévoir si le gouvernement ne se passait pas à l’action. Par le passé, le prédécesseur de Mme Saxe, Gord Miller s’était donné comme mission de faire des pressions sur Queen’s Park pour «instaurer une surveillance environnementale» qui pourrait déterminer «la prévalence et les effets des néonicotinoïdes dans le sol, les cours d’eau et les plantes sauvages». À l’époque, il se disait «très inquiet» de l’usage de ce pesticide.

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Jean-François Morissette
Jean-François Morissette
jmorissette@tfo.org @jfmorissette72