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La classe moyenne, objet de toutes les attentions

La classe moyenne est la cible prioritaire des partis politiques dans la campagne électorale. (Photo: utilisation autorisée)
La classe moyenne est la cible prioritaire des partis politiques dans la campagne électorale.
(Photo: utilisation autorisée)

OTTAWA – Si l’économie reste le thème préféré des chefs des trois partis politiques favoris dans la campagne électorale, leur discours se dirige toujours vers un même public cible: la classe moyenne. Mais à qui parlent-ils vraiment?

BENJAMIN VACHET
bvachet@tfo.org | @BVachet

Chercheurs et universitaires eux-mêmes ne semblent pas être d’accord pour donner une définition unanime de la classe moyenne. Selon le Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (CRÉDOC), la classe moyenne serait comprise, pour un couple avec deux enfants, entre 44 660$ et 95 700$ au Canada, alors qu’en 2015, le ministère des Finances situait son maximum à 120 000$ et que certains universitaires utilisent une fourchette comprise entre 72 000$ et 144 000$ dans leurs études.

«La classe moyenne, c’est un terme très vague et c’est pour cette raison qu’il est utilisé, pour interpeler la grande majorité des Canadiens. Les politiciens l’utilisent sans jamais le définir précisément. En économie, on utilisera plutôt les revenus, le taux de chômage ou d’autres données fiables», explique le professeur au Département de science économique de l’Université d’Ottawa, Gilles Grenier.

Dans un communiqué attaquant Thomas Mulcair, seul le Parti libéral s’était essayé à l’exercice, en évaluant que la classe moyenne pouvait gagner jusqu’à 200 000$.

 

Cibler les indécis

La question est donc stratégique pour les partis politiques qui, en parlant de baisse d’impôts, de création de places en garderie ou de hausse des services et des investissements en infrastructure, touchent tous cette fameuse classe moyenne.

«Cette stratégie a débuté bien avant la campagne, remarque Geneviève Tellier, professeure à l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa. La crise économique de 2008 a créé beaucoup d’incertitude économique et les partis politiques ont donc arrêté de parler à des catégories de population comme les jeunes, les aînés ou les retraités, pour s’intéresser davantage à la classe moyenne qui renvoie au niveau de vie et à une dimension économique de la société canadienne».

Si les partis politiques ciblent les classes moyennes, il s’agit donc surtout pour eux de donner l’impression à chaque électeur qu’il tirera parti des promesses faites.

«En parlant de et à la classe moyenne, les partis essaient surtout de parler à la majorité des électeurs et donc aux indécis pour les convaincre qu’ils peuvent améliorer leur sort. Cette campagne est d’ailleurs marquée par une individualisation du discours politique qui supplante celui construit autour d’un projet collectif, excepté lorsqu’on parle de politique étrangère», explique Mme Tellier.

 

Un risque sur le taux de participation?

Les mesures proposées peuvent toutes être interprétées comme favorisant la classe moyenne, mais pour M. Grenier, certaines relèvent de la démagogie.

«Les propositions qui sont faites ont des limites. Lorsqu’on parle de faire payer aux plus riches, on oublie que cette manne financière n’est pas infinie au Canada. De même, les baisses d’impôt nuisent à la capacité du gouvernement d’offrir des services aux citoyens et de financer des programmes. Il faut être réaliste : les services qu’on se donne comme citoyen, il faut les payer!».

Insister autant sur la classe moyenne représente quelque chose de nouveau, selon Mme Tellier, qui s’inquiète des conséquences de ce martèlement.

«Dans une campagne aussi longue, il y a toujours un risque de marteler autant un message. Tout comme la longueur de cette campagne, cela risque de lasser les électeurs et je suis très inquiète du taux de participation», remarque Mme Tellier.

 

 

 

Benjamin Vachet
Benjamin Vachet
bvachet@tfo.org @BVachet

Originaire de France, Benjamin Vachet vit au Canada depuis plus de dix ans. Titulaire d’un baccalauréat en Administration économique et sociale et d’une maîtrise de journalisme, il a commencé sa carrière en France, avant de la poursuivre au Canada. Il a travaillé pour les hebdomadaires Le Reflet, puis L’Express Ottawa et pour la radio francophone d’Ottawa, Unique FM. Il a rejoint le Groupe Média TFO en 2014. Passionné de politique ontarienne, fédérale et internationale, Benjamin cumule plus de treize années d’expérience en presse écrite, radio et télévision.