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Juges bilingues à la Cour suprême: Raymond Théberge sème le doute

Le candidat désigné par le gouvernement libéral, Raymond Théberge, pour devenir le septième commissaire aux langues officielles du Canada. Crédit image: Benjamin Vachet

OTTAWA – La comparution du candidat désigné par le gouvernement libéral, Raymond Théberge, pour devenir le septième commissaire aux langues officielles du Canada, le mardi 5 décembre, a été marquée par sa sortie controversée sur le bilinguisme des juges à la Cour suprême du Canada et une interruption pour des raisons techniques.

BENJAMIN VACHET
bvachet@tfo.org | @BVachet

Interrogé par la députée néo-démocrate, Anne Minh-Thu Quach, remplaçante de François Choquette, sur le bilinguisme des juges à la Cour suprême du Canada, M. Théberge a fourni une réponse ambivalente.

«En principe, moi oui, j’y crois. En pratique, jusqu’à quel point on va représenter la diversité canadienne à la Cour suprême? Je pense que c’est la Cour suprême de tous les Canadiens, au niveau pratique on doit commencer à penser à ce que ça veut dire», a-t-il prudemment commenté. «Si on regarde le dernier débat autour de la dernière nomination [de la juge Sheilah L. Martin à la Cour suprême du Canada], il y a la région, il y avait un discours autour d’un juge autochtone, le Canada est multiculturel, donc est-ce que le visage… Officiellement bilingue, ça ne veut pas dire que l’un va à l’encontre de l’autre.»

De quoi nourrir le doute des partisans d’un projet de loi et susciter plusieurs commentaires sur les réseaux sociaux, alors que son prédécesseur, Graham Fraser, s’était montré beaucoup plus catégorique pour appuyer le bilinguisme des juges à la Cour suprême du Canada.

«Est-ce que Raymond Théberge est en train de remettre en question l’exigence de bilinguisme des juges à la Cour suprême? Sa réponse est très ambivalente», a notamment commenté le politologue de l’Université d’Ottawa, Martin Normand.


«Je suis stupéfait de sa réponse. Contraire à la position de l’ancien commissaire. Décevant.» – Michel Doucet


Même son de cloche du côté de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada: «Les francophones ont le droit d’être entendus et compris dans la langue officielle de leur choix sans l’aide d’un interprète devant la plus haute cour du pays. C’est ça qu’il faut enchâsser dans la loi.»

Questionné à sa sortie, le recteur et vice-chancelier de l’Université de Moncton a catégoriquement refusé de fournir plus de commentaires ou de préciser sa pensée.

 

Interruption

Il en aura peut-être l’occasion devant le comité permanent des langues officielles puisque la réunion a été interrompue à la suite d’un problème technique après un peu plus d’une heure.

Un incident qui forcera M. Théberge à revenir s’exprimer devant les élus ce jeudi ou la semaine prochaine, et qui met encore un peu plus en péril sa nomination avant le temps des Fêtes, alors que le mandat de la commissaire intérimaire, Ghislaine Saikaley, en poste depuis près d’un an, arrive à terme le 16 décembre prochain.

Jusqu’à son commentaire sur les juges bilingues, M. Théberge avait plutôt réussi son examen oral, présidé par le porte-parole aux langues officielles pour le Parti conservateur du Canada (PCC), Alupa Clarke.

Questionné par le député conservateur, Bernard Généreux, sur sa capacité à s’opposer au gouvernement qui l’aura nommé, comme l’avait fait le sénateur Serge Joyal la veille, M. Théberge avait tenté de se montrer convaincant.

«Mon rôle de commissaire sera de défendre et de promouvoir la dualité linguistique au Canada. S’il faut critiquer ou poursuivre le gouvernement, c’est ça qu’on va faire!»

 

Les élus s’interrogent

À la sortie de la réunion, son commentaire sur le bilinguisme des juges a semblé semer le doute.

«J’ai compris en deux temps que selon lui, c’est un principe à respecter, mais que ça allait être compliqué à appliquer. Je suis soulagée qu’il puisse dire ça, même si ça a l’air ambivalent. J’espère qu’il aura un peu plus de conviction quand il va devoir appliquer la loi», a réagi la députée Quach.

Le député conservateur, Alupa Clarke. Crédit photo: gracieuseté

Bien que jugeant son parcours et ses connaissances «impressionnants», M. Clarke n’a pas caché son étonnement.

«Je trouve ça un peu particulier sa rhétorique sur l’inclusion, la diversité, les autochtones, le multiculturalisme… Il ne faut pas oublier que fondamentalement, on est un pays bilingue. Et nous, les membres du comité, on pense que les juges à la Cour suprême du Canada devraient être bilingues.»


«M. Théberge a le droit d’avoir sa vision, comme chaque Canadien, mais paradoxalement, celle-ci ressemble à celle de M. Trudeau. C’est peut-être le seul signe qu’il y a peut-être un rapprochement à faire entre lui et le Parti libéral du Canada.» – Alupa Clarke


Le porte-parole aux langues officielles du PCC a toutefois indiqué son intention de «fort probablement» supporter la candidature de M. Théberge.

En déplacement à Paris, le néo-démocrate M. Choquette n’a pas hésité à réagir dans un échange de courriels avec #ONfr.

«Il va falloir qu’il prenne des bouchées doubles et se mette au diapason des langues officielles, parce que présentement, il nous laisse sur notre faim!», a-t-il commenté.

 


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Benjamin Vachet
Benjamin Vachet
bvachet@tfo.org @BVachet

Originaire de France, Benjamin Vachet vit au Canada depuis plus de dix ans. Titulaire d’un baccalauréat en Administration économique et sociale et d’une maîtrise de journalisme, il a commencé sa carrière en France, avant de la poursuivre au Canada. Il a travaillé pour les hebdomadaires Le Reflet, puis L’Express Ottawa et pour la radio francophone d’Ottawa, Unique FM. Il a rejoint le Groupe Média TFO en 2014. Passionné de politique ontarienne, fédérale et internationale, Benjamin cumule plus de treize années d’expérience en presse écrite, radio et télévision.