#Francophonie, #Ontario, #Opinion

Jour de septembre

Les célébrations ont battu leur plein à Toronto, vendredi. Archives

[CHRONIQUE]

Des milliers d’écoliers de partout en province vêtus de vert et blanc, de nombreuses levées du drapeau, les chutes du Niagara, la Tour CN et la Tour de la Paix s’illuminant aux couleurs de l’Ontario français. Il ne fait aucun doute, septembre est bel et bien arrivé et, avec lui, le Jour des Franco-Ontariens et des Franco-Ontariennes.

MARC-ANDRÉ GAGNON
Chroniqueur invité
@marca_gagnon

Cherchant à susciter la fierté et le sentiment d’appartenance à la communauté franco-ontarienne, les fêtes du 25 septembre s’implantent durablement dans la province. Bien que l’initiative de proposer une célébration officielle émane originalement de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), le gouvernement McGuinty, soucieux de souligner les 400 ans de présences françaises sur le territoire, adopte en avril 2010 un projet de loi reconnaissant le «Jour des Franco-Ontariens et des Franco-Ontariennes». Évoquant la première levée du drapeau franco-ontarien en 1975, le texte souligne l’apport de la communauté francophone à la vie sociale, économique et culturelle de la province.

La fête a une double origine. La première appelle à la mémoire récente, celle qui s’inscrit dans les mutations identitaires en Ontario français. Dans les suites de la rupture du Canada français, les communautés francophones en situation minoritaire vont territorialiser leurs identités. À la faveur de ce mouvement, la référence franco-ontarienne se matérialise dans des courants politiques ou artistiques. De nouveaux symboles émergent, dont celui du drapeau franco-ontarien. C’est ce dernier aspect qui est commémoré et qui constitue la pierre d’angle historique du projet de loi de 2010.

En y regardant de plus près, surtout les débats à l’Assemblée législative et les communiqués de presse, on dénote également une autre origine: celle découlant d’une intention gouvernementale. Le parti ministériel inscrit la célébration dans les suites de son agenda législatif (création du Commissariat aux services en français, la restructuration de TFO, etc.). Les débats indiquent aussi de la volonté d’associer ce geste avec une nouvelle période historique marquée par la reconnaissance et non plus les grandes luttes linguistiques. Le message étant que le gouvernement n’est plus un agent étranger aux revendications des Franco-Ontariens.

Un manque de reconnaissance officielle ?

Malgré le nombre important d’activités (près de 200 rassemblements en 2016 selon l’AFO), les acquis demeurent fragiles. Il n’existe toujours pas véritablement de politique publique entourant la fête. Bien qu’elle soit consacrée par une loi, celle-ci a peu d’incidence au sein de l’appareil gouvernemental. Un bon exemple serait l’imbrogilio autour de la levée du drapeau franco-ontarien à Queen’s Park en 2015. Annulée, puis restituée après des pressions des organisateurs, cette situation démontre un manque de sensibilité. Bien que d’autres activités protocolaires soient orchestrées (pensons à la levée du drapeau à Sudbury en 2015 pour le 40e anniversaire de l’étendard vert et blanc), l’engagement du gouvernement est tout de même minime.

Cela est d’autant plus vrai que le Jour des Franco-Ontariens n’est pas davantage pris en compte dans les programmes subventionnaires. Les initiatives, tels que Fêtons l’Ontario, ne possèdent pas à priori de directives claires concernant les festivals qui cherchent à s’inscrire dans les célébrations du 25 septembre. Cette situation se conjugue au financement ponctuel des évènements spéciaux comme le 400e de l’Ontario français ou encore le 150e anniversaire de la province en 2017. En plus de devoir arrimer les projets avec les objectifs de ces programmes (et leurs messages), les sommes obtenues sont loin d’être suffisantes pour pérenniser les célébrations communautaires. Pour preuve, il y a déjà près d’une centaine de levées de drapeau de moins qu’en 2015, année phare du 400e. Malgré le caractère récurant des activités du 25 septembre, le financement repose grandement sur les conseils scolaires, les municipalités et le réseau associatif.

Jusqu’ici, les organisateurs ont su tirer parti de cette situation en ciblant la jeunesse. La plupart des activités sont prises en charge par les conseils scolaires. À Toronto, les établissements catholiques et publics collaborent depuis quelques années à une levée de drapeau à l’hôtel de ville et empruntent aux célébrations nationales acadiennes (15 août) en réalisant un tintamarre au centre-ville. Néanmoins, ce programme doit être devancé lorsque la fête tombe la fin de semaine. Rappelons ici, la fête n’est ni chômée et ni fériée, ce qui peut handicaper la mobilisation et limiter les types d’activités proposés.

Selon le calendrier, elles peuvent aussi être éparses ce qui amoindrit la portée symbolique du 25 septembre. De plus, en raison d’une organisation hautement décentralisée, des interprétations diverses peuvent émerger. Il n’est pas rare dans l’étude des fêtes nationales et des commémorations de voir différents groupes user des célébrations comme tremplin. En 2015, les messages abondaient: appui à l’université franco-ontarienne, promotion des auteurs d’ici, commémoration de Champlain, etc. Bien que toutes les raisons soient bonnes, il en ressort tout de même un manque de cohésion. On célèbre quoi au juste?

Une piste de solution pour remédier à cette situation serait d’explorer une collaboration accrue entre l’AFO et le gouvernement ontarien. Un peu à l’image de la politique québécoise vis-à-vis les fêtes du 24 juin, il serait souhaitable de développer un programme d’assistance aux manifestations communautaires géré par le milieu associatif et financé par des fonds publics. Cela permettrait de mieux attribuer les ressources, mais aussi d’assurer une cohésion sur le plan des communications. En plus de donner au gouvernement un interlocuteur panontarien, un tel programme pourrait répondre aux objectifs du nouveau Plan stratégique de l’Ontario français.

Malgré ces obstacles, les fêtes du 25 septembre sont là pour rester et les autorités provinciales ont la responsabilité d’aller au-delà des gestes symboliques de reconnaissance.

 

Marc-André Gagnon est doctorant en histoire à l’Université de Guelph

Note: Les opinions exprimées dans les chroniques publiées sur #ONfr n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position de #ONfr et du Groupe Média TFO.

Vous aimez ? Faites-le nous savoir !