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Hydro One: l’Ombudsman prêche un maintien de la surveillance

L'Ombudsman André Marin a épluché plus de 10700 plaintes du public au sujet de la société de distribution et de transmission d'électricité Hydro One. (Photo: François Pierre Default)

TORONTO – L’Ombudsman de l’Ontario prêche le maintien d’une surveillance «robuste et indépendante» d’Hydro One après sa privatisation, à la lumière d’un rapport accablant sur la facturation et le service à la clientèle de la société provinciale de distribution et de transmission d’électricité.

FRANÇOIS PIERRE DUFAULT
fpdufault@tfo.org | fpdufault

La direction d’Hydro One aurait «perdu de vue qu’elle se doit d’agir dans l’intérêt public», a dit André Marin, dont le bureau a compilé plus de 10700 plaintes du public à propos de la facturation et du service à la clientèle de l’entreprise.

«Le gouvernement se prépare à privatiser cette compagnie publique et créer un poste d’ombudsman à l’interne. À mon avis, ce rapport démontre amplement pourquoi cette mesure ne suffirait pas», a fait savoir M. Marin lors d’un point de presse à Queen’s Park, le lundi 25 mai.

Les problèmes de facturation et de service à la clientèle d’Hydro One auraient, selon l’Ombudsman, touché au-delà de 100000 clients sur les quelque 1,3 million de branchements que compte la société d’État dans les régions rurales de l’Ontario.

 

Factures erronées

Le fournisseur provincial d’électricité aurait, par exemple, réclamé à un client âgé à Timmins une somme de 10000$ alors que sa consommation s’élevait à environ 800$. Il aurait dans la même veine envoyé à la base militaire de Petawawa, dans l’Est ontarien, une facture d’électricité erronée de plus de 50 millions $.

L’Ombudsman a parlé d’une volonté délibérée d’«occulter la réalité» chez les dirigeants d’Hydro One, qu’il a accusés sans détour d’avoir menti à la Commission de l’énergie de l’Ontario (CÉO) de même qu’au ministère de l’Énergie. Comprendre les chiffres de l’organisation serait aussi difficile «qu’attraper un kangourou sur une trampoline», a-t-il ironisé.

«Le gouvernement veut se débarrasser de l’Ombudsman (pour surveiller Hydro One) alors que c’est moi qui ai découvert que tout le monde s’était fait avoir», a pesté M. Marin devant la presse parlementaire.

 

«Encore du travail à faire»

De son côté, la direction d’Hydro One a dit accepter toutes les recommandations d’André Marin. Mais elle s’est défendue d’avoir menti à quiconque.

«Nous avions un problème avec notre système de facturation», a expliqué Carm Marcello, président et chef de la direction d’Hydro One. «Nous nous sommes affairés à régler les problèmes techniques mais nous ne nous sommes pas rendus compte à quel point nos gestes affectaient nos clients. Nous les avons laissés tomber et nous ne les avons pas bien traités lorsqu’ils avaient un problème.»

M. Marcello a dit avoir résolu les problèmes de facturation mais avoir «encore du travail à faire» pour rétablir une bonne culture d’entreprise.

Des changements apportés au service à la clientèle d’Hydro One auraient coûté 88,3 millions $ – une somme puisée à même les profits de la société d’État. De plus, quatre hauts fonctionnaires de l’organisation auraient perdu ou quitté leur emploi dans la foulée de l’enquête de l’Ombudsman.

 

«Un certain niveau de déception»

Le gouvernement libéral à Queen’s Park souhaite vendre jusqu’à 60% d’Hydro One pour dégager une somme de 4 milliards $ qui serait ensuite réinvestie dans l’infrastructure de la province. Cette vente ferait de la société d’État une entreprise privée dont la surveillance ne serait plus exercée par des agents indépendants du parlement, comme c’est le cas à l’heure actuelle.

«C’était une cible mouvante. L’Ombudsman a fait son travail. Il faut laisser le président du conseil d’administration d’Hydro One faire son travail. Et je suis sûr que la CÉO a tiré elle aussi des leçons de cette histoire», a réagi vaguement Bob Chiarelli, ministre de l’Énergie, laissant paraître tout de même «un certain niveau de déception» par rapport à la société d’État.

L’opposition à Queen’s Park a plaidé, à son tour, pour le maintien d’un chien de garde comme André Marin à la porte d’Hydro One.

«C’est essentiel que nous conservions un certain niveau de surveillance, étant donné qu’il s’agit d’une société pour laquelle le gouvernement a reçu beaucoup de plaintes», a fait valoir le chef progressiste-conservateur Patrick Brown.

«Nous sommes au courant des problèmes chez Hydro One parce que l’Ombudsman a été en mesure d’éplucher cet oignon», a insisté la chef néo-démocrate Andrea Horwath. «Lorsque la société sera privatisée, nous ne saurons plus jamais ce qui se passe à l’intérieur. Ses intérêts seront ceux du secteur privé. Pas ceux du public.»

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François Pierre Dufault
fpdufault@tfo.org