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Hors Québec, le français au travail poursuit son lent recul

Crédit image: Pixabay

OTTAWA – L’anglais continue d’être la langue privilégiée dans le milieu de l’emploi à l’extérieur du Québec où 98,6 % des travailleurs ont déclaré utiliser l’anglais au moins sur une base régulière, selon les données du recensement de 2016, dévoilées mercredi 29 novembre.

BENJAMIN VACHET
bvachet@tfo.org | @BVachet

Au moment où les provinces de l’extérieur du Québec cherchent à attirer plus de nouveaux arrivants francophones, l’information pourra s’avérer utile aux éventuels candidats. Sans parler la langue de Shakespeare, il leur sera difficile de venir s’établir en Ontario ou dans toute autre province ou territoire hors de la Belle province.

L’anglais y est la langue unique de travail pour neuf travailleurs sur dix. Elle est même la langue régulièrement utilisée au bureau dans 98,6 % des cas, contre 98,4 % en 2006. Le français est majoritairement utilisé dans le monde du travail pour seulement 1,4 % des travailleurs établis à l’extérieur du Québec, contre 1,6 % en 2006. La langue de Molière continue de subir un lent recul sur le marché de l’emploi n’étant utilisé au moins sur une base régulière que dans 4,6 % des cas, contre 4,9 % en 2006.

«C’est surtout chez les personnes de langue maternelle française que la baisse de l’utilisation du français au travail est la plus marquée, puisque le pourcentage est passé de 69,2 % à 67,9 % à l’extérieur du Québec. À l’inverse, cette utilisation a légèrement progressé chez les travailleurs de langue maternelle anglaise qui sont 2,2 % à utiliser le français contre 2,1 % en 2006», remarque Jean-François Lepage, analyste de recherche principal pour Statistique Canada.

L’organisme fédéral publiait ce mercredi le dernier volet du recensement de 2016, consacré à la scolarité, au travail, au déplacement domicile-travail, à la mobilité et à la migration et à la langue de travail.

 

L’Ontario suit la tendance

La province de l’Ontario n’échappe pas au phénomène. Les travailleurs de langue maternelle française y sont 70,5 % à utiliser le français au travail, contre 71,4 % cinq ans auparavant. Ils utilisent de plus en plus l’anglais dans leur occupation professionnelle à 91,8 % en 2016, contre 90,5 % en 2006.

Chez les travailleurs ayant le français comme première langue officielle parlée, en revanche, l’utilisation de la langue de Molière est en timide croissance, à 69,7 % contre 69,6 % en 2006. Cela signifie toutefois que le tiers d’entre eux n’utilise pas le français au travail.

Pour l’ensemble des 7,6 millions de travailleurs ontariens, 5,6 % utilisent au moins régulièrement le français, alors que 98,7 % déclarent utiliser au moins régulièrement l’anglais.

 

Recul du français à Sudbury et Ottawa, hausse relative à Toronto

Dans la région de la capitale nationale, l’utilisation du français subit un recul. Elle passe de 44,7 % à 43,9 %. Dans le même temps, l’anglais croît de 91,1 % à 91,6 %.

Le portrait est plus inquiétant dans le Grand Sudbury où l’utilisation du français au travail est désormais de 25,4 % en 2016 contre 28,2 % en 2006.

«Ce que l’on constate, c’est que la baisse d’utilisation du français dans le monde du travail à Sudbury concerne surtout les travailleurs qui ont le français comme première langue officielle parlée», remarque M. Lepage.

Pour ces personnes, l’utilisation de l’anglais au travail a augmenté de 5,7 %, alors que celle du français a connu un déclin de 5,6 %.

Dans la métropole torontoise, en revanche, si le taux d’utilisation du français au travail diminue légèrement, de 2,5 % à 2,4 %, Statistique Canada remarque qu’il connaît une croissance chez les personnes dont le français est la première langue officielle parlée, de 46,2 % à 47,9 %. Il diminue toutefois chez les personnes dont le français est la langue maternelle, de 52,6 % à 51,4 %.

À l’échelle du pays, Statistique Canada insiste que les deux langues officielles continuent de dominer comme langues de communication dans l’espace public, puisque 99,2 % des travailleurs canadiens ont déclaré utiliser le français ou l’anglais au moins sur une base régulière. Mais malgré une croissance de leurs effectifs de 277 015 personnes, la part des travailleurs faisant usage du français au travail a connu une baisse, de 25,7 % en 2006 à 25 % en 2016.

 

La FCFA en appelle au gouvernement

Inquiète, la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada en appelle au gouvernement.

«Je ne suis pas surpris par ces données. On le dit depuis longtemps qu’il faut renforcer nos communautés et créer des espaces où les gens peuvent vivre et travailler en français. On doit trouver une façon d’encourager nos francophones, qui sont souvent bilingues, à utiliser le français au travail en leur donnant des opportunités de le faire. Sans espace francophone, nos immigrants s’assimilent et on les perd en une génération», estime le président Jean Johnson.

Ce dernier enjoint une nouvelle fois le premier ministre Justin Trudeau à envoyer un signal fort en faisant une déclaration officielle de soutien au bilinguisme et aux communautés de langue officielle en situation minoritaire.

«La francophonie mondiale va doubler, ce serait bien que le Canada se positionne dès maintenant.»

En entrevue avec #ONfr, la ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly, s’est dite inquiète de la situation.

«On doit s’assurer de toujours protéger le français au Québec et partout au pays. On travaille sur un plan d’action pour les langues officielles. Il y a plusieurs organismes qui travaillent à la promotion du français, notamment sur le plan économique, on entend leurs demandes à l’effet qu’on augmente leur financement.»

La ministre n’a toutefois pas voulu confirmer une hausse de l’enveloppe du plan d’action pour les langues officielles qui sera dévoilé au printemps.

 


POUR EN SAVOIR PLUS:

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Benjamin Vachet
Benjamin Vachet
bvachet@tfo.org @BVachet

Originaire de France, Benjamin Vachet vit au Canada depuis plus de dix ans. Titulaire d’un baccalauréat en Administration économique et sociale et d’une maîtrise de journalisme, il a commencé sa carrière en France, avant de la poursuivre au Canada. Il a travaillé pour les hebdomadaires Le Reflet, puis L’Express Ottawa et pour la radio francophone d’Ottawa, Unique FM. Il a rejoint le Groupe Média TFO en 2014. Passionné de politique ontarienne, fédérale et internationale, Benjamin cumule plus de treize années d’expérience en presse écrite, radio et télévision.