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Grande séduction de professionnels de la santé formés en anglais

La venue d’un nouveau président à la tête de l’Association médicale de l’Ontario (AMO) pourrait passablement modifier le processus de négociations entre le gouvernement et les médecins de la province. Crédit photo: utilisation autorisée

TORONTO – Des centaines de professionnels de la santé décident d’étudier en anglais, même s’ils ont le français comme langue maternelle. Une nouvelle initiative espère les convaincre de faire une différence dans les communautés minoritaires francophones une fois leur diplôme obtenu.

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

«Soixante-treize pour cent des étudiants du centre et du sud-ouest de l’Ontario qui ont un diplôme d’études secondaires en français ou bilingue s’inscrivent dans des programmes postsecondaires anglophones. On les perd à ce moment-là et bien souvient ils ne reviennent jamais dans le réseau francophone», rapporte Nancy Larivière du Réseau franco-santé du Sud de l’Ontario.

De leur côté, les hôpitaux et les cliniques n’ont pas les outils en place pour identifier les médecins, infirmières, travailleuses sociales, psychologues et orthophonistes qui parlent le français. «Les besoins sont grands, les ressources humaines existent, mais il faut créer des ponts et c’est ce que nous allons faire», explique Mme Larivière.

Un projet-pilote tentera de favoriser l’intégration des professionnels de la santé, qui sont en mesure de s’exprimer en français, dans le réseau de la santé du centre et du sud-ouest de la province.

L’initiative Communauté accueillante doit permettre de multiplier les lieux où les professionnels de la santé ciblés peuvent effectuer un stage, mais aussi de convaincre les finissants à travailler dans des milieux bilingues ou francophones.

Le succès de l’initiative est d’une importance capitale en raison des besoins actuels, selon Mme Larivière. «La population est vieillissante et il y a un manque important de ressources francophones. Malgré les programmes du Collège Boréal et de Glendon, les besoins ne sont pas comblés actuellement. Certaines organisations doivent offrir des services en français, mais n’arrivent pas à recruter des intervenants capables de livrer ces services», dit-elle.

 

Un rôle pour la communauté

Il demeure qu’une fois qu’un professionnel de la santé accepte de s’impliquer dans une organisation, la communauté a aussi un rôle pour s’assurer qu’il reste, selon Mme Larivière.

«La rétention de la ressource est essentielle. Un francophone appelé à travailler dans un milieu anglais peut avoir besoin de l’appui de sa nouvelle communauté. On peut le mettre en contact avec d’autres professionnels francophones ou lui remettre une trousse d’informations sur les activités en français de sa nouvelle région», suggère-t-elle.

Certaines données nouvelles laissent penser que les francophones et francophiles évoluant dans des milieux anglophones sont nombreux. L’Association des facultés de médecine du Canada qui participe au projet pilote a recensé ces professionnels pouvant s’exprimer dans la langue de Molière. Seulement dans les facultés de médecine de l’Université de Toronto et de l’Université Western, il y en aurait 208.

Il faut dire que le manque de ressources humaines capables de s’exprimer en français dans les communautés vivant en milieu minoritaire est connu depuis longtemps. Dans son rapport de 2007, le Comité consultatif des communautés francophones en situation minoritaire rappelait les écarts flagrants quant à l’accès aux services de santé pour les francophones.

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Étienne Fortin-Gauthier
Étienne Fortin-Gauthier
efgauthier@tfo.org @etiennefg

Étienne Fortin-Gauthier est journaliste depuis une dizaine d’années. Il a collaboré à plusieurs grands médias canadiens et européens, dont La Presse Canadienne, le quotidien La Presse, l’Agence France-Presse et le groupe de presse L’Avenir (Belgique). Il s’est initié aux dossiers de la francophonie canadienne lors d’un séjour au Réseau francophone d’Amérique, qui travaille de près avec les stations radiophoniques francophones en milieu minoritaire. Étienne est diplômé de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon, à Toronto, et du programme bidisciplinaire en communication et science politique de l’Université de Montréal.