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Factures d’électricité: un casse-tête pour les gouvernements successifs

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[ANALYSE]

TORONTO – La session printanière à Queen’s Park risque de se terminer pour Kathleen Wynne comme elle l’avait commencée en février. La première ministre libérale reste engluée dans ce que beaucoup appellent maintenant «la crise de l’hydro».

SÉBASTIEN PIERROZ
spierroz@tfo.org | @sebpierroz

Cette semaine, le Bureau de la Responsabilité financière (BRF) de l’Ontario n’a pas apporté des nouvelles réjouissantes au gouvernement. Les chiffres dévoilés par son directeur, Stephen LeClair, tablent sur une augmentation des factures d’électricité pour les contribuables à partir de 2021. Pis encore, les tarifs de 2027 deviendraient même supérieurs à ceux d’aujourd’hui… malgré le cadeau distribué par Mme Wynne début mars. À savoir un allégement des factures d’électricité de 25 %.

D’une certaine manière, le BRF souligne l’inefficacité sur le long-terme de ces «bonbons» offerts aux consommateurs. Car ils devront bien se payer un moment ou un autre, et passeront donc par une augmentation des factures d’électricité pour compenser. Retour donc à la case départ.

Si l’équation avancée par le BRF semble plausible, il faut se garder toutefois une distance par rapport aux chiffres. Ceux-ci ne sont que prévisions, et ne tiennent pas compte des chamboulements économiques des cinq prochaines années. Autre constat: le BRF – crée après les élections générales de 2014 sous la pression du Nouveau Parti démocratique (NPD) – n’a pas accès à toutes les données qu’il souhaiterait pour mener une étude exhaustive.

Mais le rapport du BRF a de nouveau donné des munitions à l’opposition à Queen’s Park contre la hausse des factures d’électricité. Une augmentation qui prendrait directement sa source dans la privatisation partielle d’Hydro One, entamée par les troupes de Kathleen Wynne en 2015.

Jeu politique oblige, les arguments du Parti progressiste-conservateur (PC de l’Ontario) et du NPD frisent la démagogie. La décision du gouvernement libéral – aussi contestable soit-elle – n’est pas l’unique raison de «la crise de l’hydro» mis en avant par le BRF.

En réalité, l’augmentation est progressive depuis plusieurs années, témoignant d’un mal bien plus profond. Et la plupart des gouvernements successifs à Queen’s Park ne sont pas exempts de tous reproches quant à la gestion du secteur électrique.

Mike Harris, premier ministre progressiste-conservateur (1995-2002) et adepte de la «révolution du bon sens», ne s’est pas attaqué directement au problème. Le souci affiché de l’équilibre budgétaire a eu pour conséquences de limiter les investissements dans le secteur, au risque d’affaiblir le réseau de distributions avec de nombreuses pannes. Bien qu’éphémère, la libéralisation entamée sous son mandat s’est soldée par une augmentation des coûts de l’électricité.

Davantage conscient d’une nécessité d’investir, le gouvernement de Dalton McGuinty a par la suite raté sa cible. Son plan énergétique lancé en 2007 avait pour mission de mettre en avant l’énergie solaire et éolienne. Une action louable, mais accomplie précipitamment. Les contrats généreusement offerts ont grossi les coûts déjà élevés.

Peut-on dans ces conditions excuser Mme Wynne de sa gestion électrique au regard du fardeau passé? Oui et non. L’avertissement du BRF montre clairement que le joli cadeau des 25 % d’allégement sur les factures de  Mme Wynne reste «court-termiste» et purement électoraliste. Dans la lignée de ses prédécesseurs, la première ministre repousse le problème aux calendes grecques.

Le problème pourrait même empiré puisqu’il faudra bientôt faire face à la remise à neuf des centrales nucléaires ontariennes. Un défi urgent et dont certaines estimations chiffrent le coût à 60 milliards de dollars.

Kathleen Wynne, menacée à son poste de première ministre en vue des élections de 2018, ne sera peut-être alors plus là. Ses possibles successeurs, vindicatifs aujourd’hui dans l’opposition, n’auront eux pas le droit de botter en touche.

 

Cette analyse est aussi publiée dans le quotidien Le Droit du 27 mai.

Sébastien Pierroz
Sébastien Pierroz
spierroz@tfo.org @sebpierroz

Natif d’Annecy dans les Alpes françaises, Sébastien Pierroz obtient une maîtrise d’histoire de l’Université Paris Panthéon-Sorbonne en 2007. Après avoir travaillé pour Le Reflet dans l’Est ontarien, puis L’Express d’Ottawa, Sébastien rejoint l’équipe d’#ONfr au Groupe Média TFO en janvier 2015.