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Étudier en français: La Cité sous la loupe d’André Samson

Le Collège La Cité. Archives #ONfr

OTTAWA – Après avoir étudié ce qui motive les étudiants franco-ontariens à poursuivre leurs études postsecondaires en français, le chercheur de la Faculté d’éducation de l’Université d’Ottawa, André Samson, poursuit sa recherche au collège La Cité à partir du lundi 21 novembre.

BENJAMIN VACHET
bvachet@tfo.org | @BVachet

Le professeur Samson y mènera un projet de recherche portant sur les liens entre l’adaptation psychosociale aux études collégiales, l’identité linguistique et l’indécision de carrière.

«Je veux voir comment ça se passe au postsecondaire pour celles et ceux qui choisissent d’étudier en français et savoir si l’identité linguistique favorise l’adaptation aux études postsecondaires et quels sont les facteurs qui jouent un rôle à cet égard.»

Le projet débutera avec un premier sondage mené auprès des étudiants de première année du collège La Cité, dans le cadre de leur cours de français.

La Cité explique que cette étude pourra l’aider dans son travail auprès des étudiants.

«Il s’agit d’une étude très intéressante et importante pour la communauté francophone en situation minoritaire. Cette étude permettra à La Cité de bien cibler les outils d’accompagnement de ses étudiants francophones, francophiles et internationaux vers la réussite», explique la vice-présidente, Enseignement et réussite scolaire, Lynn Casimiro.

 

Résultats surprenants

En 2014, le professeur Samson s’était déjà intéressé aux études en français en Ontario dans une recherche menée auprès de 1270 élèves de 16 et 17 ans répartis à travers tout l’Ontario. Cette étude avait révélé des résultats plutôt surprenants.

«Je pensais que ce qui pousse un élève à vouloir étudier en français ou en anglais est sa situation géographique. Or, l’étude que j’ai menée en 2014 a prouvé que c’est surtout l’identité langagière qui détermine le choix d’étudier ou non en français. Plus un jeune parle français dans son quotidien, plus il se perçoit comme francophone, plus il est probable qu’il poursuivra ses études en français.»

Bien que la proximité et la disponibilité des programmes en français soient aussi des facteurs importants, reconnaît M. Samson, ils ne seraient pas aussi décisifs que l’identité francophone de l’étudiant, selon le chercheur. Le désir de poursuivre ses études en français est, par exemple, plus marqué chez les jeunes de l’Est ontarien que chez ceux d’Ottawa, malgré la plus grande proximité, pour ces derniers, d’institutions francophones ou bilingues comme le collège La Cité ou l’Université d’Ottawa.

«Il y a 45 % des jeunes de l’Est ontarien qui ont décidé de poursuivre leurs études en anglais parce que leur programme n’était pas offert en français, alors que ce pourcentage n’est que de 22 % à Ottawa, de 16 % dans le Nord et de 18 % dans le Sud de la province.»

La recherche de M. Samson concluait que pour combler les lacunes en matière d’identité langagière chez les jeunes francophones, il est primordial d’intervenir dès l’école afin de favoriser la construction de cette identité. D’autant que l’étude démontrait également que les Franco-Ontariens qui poursuivent leurs études postsecondaires en français éprouvent un sentiment de bien-être psychologique beaucoup plus grand que ceux qui décident d’étudier en anglais.

«Je pense que ces données et ces conclusions restent d’actualité encore aujourd’hui. Les écoles ont un rôle à jouer auprès des élèves qui doutent de leur identité langagière et qui ne savent pas s’ils sont anglophones ou francophones. Il faut les aider, notamment par de l’animation culturelle qui s’avère toujours efficace dans ce domaine.»

Pour M. Samson, il s’agit également de faire prendre conscience aux élèves de l’irrationalité de certaines de leurs perceptions.

«J’ai beaucoup d’étudiants qui pensent ne pas bien parler ou ne pas savoir bien écrire en français. Mais l’écriture, ça se travaille et souvent leur niveau en français est bien meilleur que leur niveau en anglais, contrairement à ce qu’ils peuvent croire.»

 

L’université franco-ontarienne

Cette théorie remettrait-elle en cause l’idée de créer une université franco-ontarienne à Toronto?

«Il est certain qu’à Toronto, l’intention d’étudier en français est beaucoup moins forte chez les jeunes francophones. Est-ce qu’une université franco-ontarienne installée là-bas réglerait le problème? Difficile à dire, car il faut tenir compte de la forte concurrence d’institutions de prestige comme l’Université de Toronto. Mais cela ne remet pas en cause la pertinence d’avoir des possibilités d’études postsecondaires en français là-bas, selon moi. Cela doit simplement être pris en compte pour établir une stratégie gagnante. Je pense qu’il faudrait davantage développer un centre d’études postsecondaires en français à Toronto, auquel participeraient toutes les institutions existantes comme l’Université d’Ottawa, l’Université Laurentienne, La Cité et le Collège Boréal, par exemple.»

Benjamin Vachet
Benjamin Vachet
bvachet@tfo.org @BVachet

Originaire de France, Benjamin Vachet vit au Canada depuis plus de dix ans. Titulaire d’un baccalauréat en Administration économique et sociale et d’une maîtrise de journalisme, il a commencé sa carrière en France, avant de la poursuivre au Canada. Il a travaillé pour les hebdomadaires Le Reflet, puis L’Express Ottawa et pour la radio francophone d’Ottawa, Unique FM. Il a rejoint le Groupe Média TFO en 2014. Passionné de politique ontarienne, fédérale et internationale, Benjamin cumule plus de treize années d’expérience en presse écrite, radio et télévision.