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Équilibre budgétaire: l’Ontario pourrait rater sa cible, dit le BRF

L'Assemblée législative de l'Ontario. Archives, #ONfr

TORONTO – Le gouvernement libéral de l’Ontario pourrait rater sa cible d’équilibrer son budget en 2018, prévient le Bureau de la responsabilisation financière (BRF) d’après une analyse de la conjoncture à moyen terme pour la province.

FRANÇOIS PIERRE DUFAULT
fpdufault@tfo.org | @fpdufault

La troupe de Kathleen Wynne pourrait se retrouver avec un déficit de 580 millions $ à quelques mois des prochaines élections provinciales, alors qu’elle promet depuis plusieurs années un retour à l’équilibre budgétaire avant la fin de son présent mandat.

Le directeur de la responsabilisation financière Stephen LeClair prévoit que les revenus de l’Ontario ne croîtront pas aussi vite que ne l’anticipe la province dans son plus récent budget. «Il y a très peu de marge de manœuvre sur le plan financier pour faire face à des imprévus», a-t-il déclaré lors d’un point de presse, mercredi 18 mai.

Le BRF anticipe que le taux de croissance de l’économie ontarienne ralentira de 2,5% à l’heure actuelle à 2,2% par année après 2017. Parallèlement, le chien de garde du budget provincial prédit que les dépenses du gouvernement augmenteront de 3,4% entre 2019 et 2021 «sous la pression des changements démographiques et de la hausse du coût des services».

Les libéraux à Queen’s Park pourraient tout de même réussir à équilibrer leur budget à temps pour 2018, estime le BRF, si, par exemple, ils mettent en vente des biens publics comme le siège social de l’Ontario Power Generation, au centre-ville de Toronto.

Le gouvernement Wynne pourrait aussi tenter de brider la hausse du coût des services publics en rendant leur prestation «plus efficace» ou en éliminant certains programmes, note M. LeClair dans son rapport.

Par ailleurs, l’adhésion imminente de l’Ontario à un marché du carbone pourrait donner un coup de pouce au trésor public si une partie des revenus d’une éventuelle taxe sur les gros pollueurs est utilisée pour financer des projets d’infrastructure «verte» qui sont déjà dans les cartons de la province, selon le BRF.

«Les revenus de 1,9 milliard $ anticipés d’un système de plafonnement et d’échanges pourraient, en effet, améliorer la situation financière de la province. Mais nous ne savons exactement comment le gouvernement va dépenser cet argent», a soupesé M. LeClair devant la presse parlementaire. «Si une partie de cet argent est utilisée pour des projets d’immobilisation, ça pourrait avoir un impact sur notre situation financière.»

Le directeur du BRF, dont le rôle est calqué sur celui du Directeur parlementaire du budget, à Ottawa, prévient aussi qu’un taux de croissance économique plus faible que prévu d’ici 2021 pourrait se traduire par un nouveau déficit de 8,8 milliards $ et un bond de 18% de la dette nette de la province, qui pourrait franchir le cap des 350 milliards $ d’ici cinq ans.

 

«Atténuer les risques»

Le grand argentier de l’Ontario, lui, persiste et signe.

«Nous prenons les moyens nécessaires pour atténuer les risques», a insisté le ministre des Finances, Charles Sousa, à sa sortie de la période de questions à l’Assemblée législative, le 18 mai. «Le BRF reconnaît que nous nous rapprochons de l’équilibre budgétaire et que nous avons toutes les raisons de croire que nous allons maintenir cet équilibre alors que nous continuons à effectuer des changements transformationnels sans sacrifier nos  investissements importants dans la santé, l’éducation et l’infrastructure.»

L’opposition à Queen’s Park se demande, pour sa part, s’il est réaliste d’envisager un retour à l’équilibre budgétaire d’ici deux ans sans rien sacrifier.

«Il y a un mécanisme dans le projet de loi sur (l’adhésion de l’Ontario à un marché du carbone) qui permet au gouvernement de financer des projets d’infrastructure et de transport en commun qui sont déjà prévus avec les revenus d’un système de plafonnement et d’échanges. C’est comme ça que le gouvernement prévoit équilibrer son budget», a laissé entendre le progressiste-conservateur Victor Fedeli. «C’est plus clair que jamais.»

«Comment le gouvernement va-t-il combler son manque à gagner après 2018 alors qu’il est déjà en train de vendre des biens publics de manière tout à fait irresponsable», s’est inquiété la néo-démocrate Catherine Fife, faisant référence à la vente de 60% du fournisseur d’électricité Hydro One amorcée en 2015. «Les facteurs de risque identifiés par le BRF dans son rapport placent la province dans une situation très précaire.»

Pure coïncidence, le projet de loi du clan Wynne sur l’atténuation du changement climatique et une économie sobre en carbone, qui confirme l’adhésion de l’Ontario à un marché du carbone avec le Québec et la Californie à compter du 1er janvier 2017, a passé l’étape de la troisième et dernière lecture à l’Assemblée législative avec l’appui des néo-démocrates, le 18 mai.

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François Pierre Dufault
fpdufault@tfo.org