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Encore du chemin à faire en langues officielles

[CANADA 150]

OTTAWA – Les avancées de ces dernières décennies ont été considérables pour les francophones hors Québec. Mais beaucoup reste à faire et le 150e anniversaire de la confédération canadienne offre l’occasion d’avancer sur plusieurs dossiers.

BENJAMIN VACHET
bvachet@tfo.org | @BVachet

«Favoriser la vitalité et la prospérité d’une communauté de langue officielle en situation minoritaire, c’est un peu comme gravir à contresens un escalier roulant: l’immobilisme entraîne le recul.»

Cette phrase, écrite par Graham Fraser dans le dernier rapport annuel de son mandat de dix ans comme commissaire aux langues officielles du Canada résume bien la situation des francophones en milieu minoritaire. Malgré les victoires, beaucoup reste à accomplir.

 

Des gestes attendus pour les langues officielles

Plusieurs dossiers sont actuellement en suspens, mais réclamés de longue date, comme de rendre obligatoire le bilinguisme des juges à la Cour suprême du Canada. Et de manière générale, renforcer le bilinguisme des Canadiens pourrait être un objectif notable en cette année de célébration, estime M. Fraser.

D’autres dossiers concernent des problématiques récurrentes comme la difficulté de travailler dans la langue officielle de son choix au sein de la fonction publique canadienne, comme l’évoquait le chef de la fonction publique, Michael Wernick, dans son 24e rapport annuel sur la fonction publique du Canada.

L’exercice de révision de la Loi sur les langues officielles, par le comité sénatorial des langues officielles, est jugé important par l’avocat spécialiste des droits linguistiques, Michel Doucet.

«Il y a des points qui pourraient ainsi être clarifiés. Favoriser l’épanouissement des communautés de langue officielle par des mesures positives, ça veut dire quoi au juste?»

Alors que Statistique Canada annonce le déclin des communautés francophones hors Québec d’ici 2036, des gestes concrets sont également attendus en matière d’immigration francophone.

Le président de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada, Jean Johnson, formule un vœu pour le 150e.

«J’aimerais que les communautés obtiennent le plein respect de leurs compétences et de leurs capacités à fournir des services. On doit leur permettre de fixer elles-mêmes leurs priorités.»

 

Des gestes historiques pour le 150e?

Des gestes historiques pourraient également être posés qui auraient un impact sur les langues officielles, juge le professeur de droit à l’Université d’Ottawa, Pierre Foucher.

«Avoir Ottawa officiellement bilingue, ce serait un geste très fort! Mais on pourrait aussi intégrer à la Loi canadienne sur la santé le principe d’égalité pour les services de santé dans les deux langues officielles.»

L’adoption d’une version bilingue de la Constitution serait également un legs important, même si elle ne fera pas de grosse différence dans le quotidien des francophones en situation minoritaire.

 

Quel champion pour les langues officielles?

Les quelques mesures annoncées ici et là par le gouvernement de Justin Trudeau, depuis son élection, en matière de langues officielles avaient fait naître un certain espoir chez M. Fraser.

«Mais ce sont des mesures de correction, plus que des initiatives nouvelles», regrette-t-il. «Je n’ai pas l’impression que ce gouvernement profite de l’opportunité qu’offre le 150e pour faire des pas en avant. Il faut qu’il rende les langues officielles visibles, audibles, disponibles, accessibles et de qualité égale dans l’espace public. Sinon, ça aura été une occasion manquée.»

Selon le politologue, Martin Normand, il manque tout simplement de relais au sein du gouvernement.

«Il ne suffit pas de parler le français pour comprendre la communauté. Stéphane Dion avait une très bonne connaissance des enjeux linguistiques. Il a laissé sa marque et aujourd’hui, personne n’est là pour le remplacer», souligne-t-il, tout en citant le travail de l’ombre de Mauril Bélanger et celui, qu’il estime «magistral», du néo-démocrate, Yvon Godin.

Un constat qui inquiète M. Fraser.

«Le gouvernement actuel semble penser que les langues officielles, c’est réglé et que ce n’est plus qu’une question d’intendance. Que ce soit dans le dossier d’Ottawa bilingue ou sa réponse en anglais à Sherbrooke, le premier ministre a démontré un manque de sensibilité à la raison d’être de la politique linguistique.»

«J’aimerais qu’on profite du 150e pour qu’enfin soit prise au pied de la lettre et de l’esprit de la Loi, l’égalité du français et de l’anglais» – Serge Joyal, sénateur

La politologue de l’Université d’Ottawa, Linda Cardinal, estime qu’en la matière, le gouvernement a un rôle central à jouer.

«Le Canada est vu comme un pays bilingue à l’étranger. Le gouvernement doit rappeler dans son discours que ça fait partie de ce qui définit notre pays et que les langues officielles sont des langues d’intégration et de citoyenneté qui renvoient à un compromis reliant les Canadiens ensemble.»

 

Tout au long de la semaine, #ONfr revient sur le 150e anniversaire de la Confédération canadienne avec une série d’articles traitant des enjeux francophones. Pour en savoir plus: http://www5.tfo.org/onfr/

Benjamin Vachet
Benjamin Vachet
bvachet@tfo.org @BVachet

Originaire de France, Benjamin Vachet vit au Canada depuis plus de dix ans. Titulaire d’un baccalauréat en Administration économique et sociale et d’une maîtrise de journalisme, il a commencé sa carrière en France, avant de la poursuivre au Canada. Il a travaillé pour les hebdomadaires Le Reflet, puis L’Express Ottawa et pour la radio francophone d’Ottawa, Unique FM. Il a rejoint le Groupe Média TFO en 2014. Passionné de politique ontarienne, fédérale et internationale, Benjamin cumule plus de treize années d’expérience en presse écrite, radio et télévision.