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Élections fédérales: la nouvelle carte et le vote francophone

La nouvelle carte électorale fédérale dans la région de Toronto. (Photo; Courtoisie)

TORONTO – Le paysage électoral canadien se voit transformé alors que la carte électorale a été presque entièrement redessinée depuis le dernier scrutin. En fait, seulement 11% des circonscriptions au pays sont identiques comparativement à la dernière élection du 2 mai 2011. Les changements apportés à la carte électorale en Ontario affecteront le vote francophone dans la province qui va peser moins lourd dans la balance lors l’élection générale de l’automne, selon deux observateurs de la scène politique.

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
Collaborateur spécial
@etiennefg

En Ontario, ces changements signifient qu’il y aura dorénavant 121 circonscriptions fédérales, soit 15 de plus que dans la dernière mouture de la carte électorale. C’est sans compter toutes les autres circonscriptions qui subissent des transformations de leurs frontières.

«Lors du déclenchement des élections, l’électeur va se réveiller et il doit réaliser qu’il sera fort probablement dans une nouvelle circonscription qui aura aussi possiblement un nouveau nom», fait savoir John Enright, porte-parole d’Élections Canada.

Sur le territoire ontarien, la majorité des nouvelles circonscriptions se trouvent dans le Grand Toronto, où il y a en proportion moins de francophones que dans d’autres régions de la province.

Cela signifie que les Franco-Ontariens perdent un peu de leurs poids électoral et donc aussi de leur influence, selon Claude Denis, vice-doyen de la faculté des sciences sociales de l’Université d’Ottawa et professeur à l’École d’études politiques.

«Rien ne va dans le sens d’augmenter l’influence des francophones, que ça soit l’addition de circonscriptions dans des régions où les francophones sont très minoritaires ou dans le poids démographique en général. Si on pense en terme d’influence des régions politiques, le fait que la région de Toronto ait une forte croissance démographique, ça signifie aussi qu’automatiquement les autres régions deviennent moins influentes. Considérant que les francophones se trouvent beaucoup dans l’Est ontarien, on peut penser que ça diminue l’influence de cette région ou encore de celle du nord», a-t-il indiqué lors d’un entretien avec #ONfr.

 

Payer le prix du changement démographique

Selon lui, la question de la dispersion des électeurs de langue française en Ontario est un aspect clé de cette problématique. «Il y a beaucoup de francophones dans la région de Toronto, mais ils sont dispersés. Ça correspond beaucoup à l’image de la francophonie ontarienne et de l’influence de la francophonie qui est relativement peu basée sur la concentration territoriale», ajoute-t-il.

Éric Grenier, fondateur du site ThreeHundredEight.com spécialisé dans l’analyse des sondages politiques, abonde dans le même sens. Il fait valoir que le vote francophone paye le prix des changements démographiques qui ont eu cours dans la communauté au cours des dernières décennies.

«Tout est lié aux changements démographiques. La population change donc le poids démographiques des Franco-Ontariens change également. La carte électorale dépend des changements dans la population. Il demeure qu’il y a toujours des sièges majoritairement francophones, je pense notamment aux circonscriptions d’Orléans et de Glengarry—Prescott—Russell, alors qu’ailleurs il y a aussi des députés francophones», affirme M. Grenier.

Élections Canada ne commente pas les travaux de la commission indépendante qui est à l’origine de la nouvelle carte électorale. John Enright précise néanmoins que les mathématiques ne sont pas les seuls facteurs à gouverner les changements qui peuvent être apportés à une carte électorale.

«Dans un premier temps, il y a effectivement un calcul qui se fait pour déterminer le quotient électoral de la province. Mais ensuite, la commission peut aussi prendre en compte les communautés d’intérêt ou encore des interventions des citoyens. La circonscription peut s’éloigner de plus ou moins 25% du quotient», explique le porte-parole de l’organisme indépendant et non partisan chargé de la conduite des élections fédérales.

 

Quel impact sur les résultats?

Les transformations apportées à la carte électorale fédérale pourraient avoir une certaine influence sur les résultats de l’automne, selon Éric Grenier.

«Les nouvelles circonscriptions se retrouvent dans des secteurs avec une population où il y a bon nombre de Néo-Canadiens. C’est un électorat qui a été grandement ciblé par les conservateurs. Sur papier, ça leur donne un avantage. Mais avec les derniers sondages, on réalise qu’il n’y a cependant rien de joué», dit-il.

Les coups de sondes dans l’électorat menés au cours des derniers mois ont permis de constater une croissance des appuis pour le NPD, ce qui pourrait se traduire par une bonne performance de la formation politique dans les circonscriptions du centre-ville de Toronto, selon M. Grenier.

«En 2011, les Conservateurs avaient davantage d’appuis. Aujourd’hui, les sondages donnent environ 30% pour les trois partis. Le NPD pourrait tirer son épingle du jeu au coeur de Toronto. Les Conservateurs ont cependant un avantage, car ils sont en mesure de gagner très fortement dans les régions rurales et les banlieues», affirme l’analyste de sondages politiques.

Les batailles dans la couronne de Toronto, le fameux «905», pourraient encore une fois cette année être à surveiller, selon Claude Denis. Cette région compte maintenant encore davantage de sièges en raison des changements à la carte électorale.

«Ça peut avoir un impact sur le résultat des élections. Il est tôt pour prédire ce qui va arriver en octobre, mais si c’est une élection est serrée, les circonscriptions autour de Toronto vont faire une différence. Si on se fit au passé, on se dit que ce sont des luttes qui vont se faire entre les Conservateurs et les Libéraux, mais il va falloir attendre, car le paysage politique est très instable actuellement et le portrait très fluide», explique-t-il.

Le «905» est une région stratégique, car les électeurs des circonscriptions de la banlieue de Toronto «se sont déplacés politiquement au cours des dernières années» et ils peuvent toujours «changer d’allégeance», souligne M. Denis.

 

D’autres changements

Outre les changements apportés à la carte électorale, Élections Canada fait savoir que d’autres modifications sont déjà connues en vue du scrutin de l’automne. Il y aura notamment un jour de vote par anticipation additionnel qui aura lieu un dimanche, soit une première dans l’histoire électorale canadienne, selon le porte-parole d’Élections Canada, John Enright.

Le vote par répondant est aussi éliminé. Il permettait à un électeur de voter sans pièce d’identité officielle lorsqu’il était accompagné par un répondant. Bon nombre de Canadiens devront ainsi changer leurs habitudes, alors que lors du dernier scrutin jusqu’à 15% des citoyens n’avaient pas de pièce d’identité le jour du vote.

 

Étienne Fortin-Gauthier est journaliste depuis une dizaine d’années. Il a évolué au sein de plusieurs médias, dont le Réseau francophone d’Amérique, La Voix de l’Est et La Presse Canadienne.

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Étienne Fortin-Gauthier
Étienne Fortin-Gauthier
efgauthier@tfo.org @etiennefg

Étienne Fortin-Gauthier est journaliste depuis une dizaine d’années. Il a collaboré à plusieurs grands médias canadiens et européens, dont La Presse Canadienne, le quotidien La Presse, l’Agence France-Presse et le groupe de presse L’Avenir (Belgique). Il s’est initié aux dossiers de la francophonie canadienne lors d’un séjour au Réseau francophone d’Amérique, qui travaille de près avec les stations radiophoniques francophones en milieu minoritaire. Étienne est diplômé de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon, à Toronto, et du programme bidisciplinaire en communication et science politique de l’Université de Montréal.