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Écoles autochtones: Paul Martin réclame un financement adéquat


TORONTO – L’ancien premier ministre Paul Martin souhaite que le gouvernement du Canada s’engage à financer «adéquatement» l’éducation des Premières nations, une cause qui lui tient particulièrement à cœur et dans laquelle il s’investit depuis qu’il a quitté l’arène politique.

FRANÇOIS PIERRE DUFAULT
fpdufault@tfo.org | @fpdufault

Le sous-financement par Ottawa des écoles sur les réserves autochtones est «la question sociale qui met le plus en doute les valeurs de notre pays», a déclaré M. Martin dans le cadre de la conférence des Tablettistes, mercredi 17 février, à Toronto. «Le fédéral doit financer adéquatement les écoles autochtones», a-t-il insisté.

L’ancien premier ministre libéral a mis sur pied l’Initiative d’Éducation Autochtone Martin (IÉAM) en 2008. L’organisation a lancé, entre autres, deux projets d’écoles «modèles» avec l’objectif d’accélérer les progrès en littératie et en numératie des élèves de la Première nation des Chippewas de Kettle et de Stony Point et de la Première nation de Walpole Island, dans le sud-ouest de l’Ontario.

Ces écoles «modèles» auraient fait bondir le taux de réussite en littératie des élèves autochtones de 13% à 80% sur une période d’un peu plus de quatre ans.

Mais, sans ministère responsable de l’éducation autochtone à Ottawa ni organisations scolaires pour les soutenir, les écoles sur les réserves sont très souvent laissées à elles-mêmes et mal équipées pour contrer le décrochage, de l’avis de M. Martin. Résultat: le tiers des élèves autochtones ne complètent pas leurs études secondaires, selon l’IÉAM.

«En comparaison avec les provinces, Ottawa dépense de 30% à 50% moins par élève sur les réserves. C’est pour ça que les professeurs ne restent pas. Il n’y a pas de cours adéquats en sciences, en mathématiques… Et le résultat, on le voit», a fait valoir Paul Martin à #ONfr en marge des Tablettistes, un sommet sur l’éducation 2.0 organisé par le Goupe Média TFO au collège universitaire Glendon.

 

«Valeurs humaines»

Avec l’arrivée au pouvoir à Ottawa des libéraux de Justin Trudeau à l’automne 2015, l’ancien premier ministre se dit plus optimiste pour l’avenir des Premières nations.

«D’abord, il faut commencer à financer les écoles sur les réserves au même niveau que les provinces. Et ensuite, il faut reconnaître qu’il y a des besoins spéciaux parce que (ces écoles) sont souvent dans le grand nord et c’est beaucoup plus cher», a plaidé M. Martin. «C’est une question économique, mais, fondamentalement c’est une question de valeurs humaines.»

L’ancien premier ministre de 2003 à 2006 a commencé à s’intéresser à la cause des Premières nations à l’âge de 18 ans, alors qu’il était matelot sur un remorqueur sur le fleuve Mackenzie, dans le Nord canadien. C’est là qu’il a entendu pour la première fois ses jeunes collègues de travail autochtones parler des pensionnats où quelque 150000 d’entre eux ont été les victimes d’un «génocide culturel», selon la Commission de vérité et réconciliation (CVR) du Canada, qui s’est penchée sur ce passage sombre de l’histoire du pays.

«On a tout fait pour les détruire», a regretté M. Martin au sujet des populations autochtones du pays.

En 2005, peu avant de perdre le pouvoir, M. Martin avait négocié l’accord de Kelowna, un plan de 5,1 milliards $ sur cinq ans pour améliorer le bien-être des Premières nations que son successeur conservateur Stephen Harper n’a toutefois jamais mis en œuvre.

«Le fait que M. Harper ait refusé d’aider les élèves autochtones, c’était terrible», a fustigé M. Martin à #ONfr. «Mais M. Trudeau a dit durant la campagne électorale – et je suis convaincu qu’il va le faire – qu’il va ramener les dépenses de Kelowna et l’approche de Kelowna».

Déjà, le gouvernement libéral à Ottawa s’est engagé à «mettre intégralement en œuvre les appels à l’action» de la CVR et a annoncé la tenue d’une enquête nationale sur les femmes et les jeunes filles autochtones assassinées ou disparues. Le clan Trudeau a aussi promis de nouveaux investissements pour l’éducation des Premières nations.

Le gouvernement de l’Ontario, cité en exemple par M. Martin pour sa sensibilité aux dossiers des Premières nations, a par ailleurs annoncé, le 17 février, qu’il incorporera dorénavant l’histoire de la colonisation et des pensionnats dans ses programmes publics d’éducation et qu’il obligera ses fonctionnaires à suivre une formation en compétence cultuelle autochtone, comme l’a recommandé la CVR.

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François Pierre Dufault
fpdufault@tfo.org