#Francophonie, #Ontario

Dix travaux du tourisme de l’Ontario français

Le tourisme demeure une manne pour l'économie en Ontario. (Photo: Wikimedia commons)
Les acteurs politiques misent depuis quelques années sur le tourisme francophone pour promouvoir la francophonie canadienne. Archives #ONfr

TORONTO – L’Ontario a dans sa cible les touristes francophones. Mais pour atteindre ses objectifs, la province se doit de bonifier son offre touristique en français. #ONfr a interpellé plusieurs intervenants de ce milieu au cours des dernières semaines. Ils nous ont livré leurs souhaits et recommandations pour augmenter le dynamisme de l’industrie touristique francophone dans la province.

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

Augmenter l’offre de services en français. Les touristes francophones aiment être servis en français, selon Louise Lacroix, ancienne directrice de Direction Ontario, l’organisme qui a fait pendant plusieurs années la promotion de la province dans les marchés francophones. Il est nécessaire de travailler de pair avec les régions, les hôtels, les attractions et les autres acteurs de l’industrie pour qu’au moins une partie des services soient offerts en français, dit-elle. Suzanne Morin de Tourisme Franco-Niagara abonde dans le même sens. «Si on veut attirer les francophones, il faut les mettre à l’aise dans leur langue», selon elle. La Société du Partenariat ontarien de marketing touristique a fait des études sur le sujet. «Les touristes francophones ne s’attendent pas à recevoir entièrement des services en français, mais s’ils ont le choix entre un restaurant où ils se font servir en français et un autre où ce n’est pas le cas, ils vont choisir le premier», révèle le président de l’organisation, Ronald Holgerson.

Faire réaliser que le français est synonyme de retombées économiques. Les touristes provenant de la francophonie sont déjà à l’origine de millions de dollars en retombées économiques. Mais toutes les études le confirment : le potentiel de croissance de cette clientèle touristique est encore énorme. Il est essentiel de faire connaître le potentiel de cette clientèle aux acteurs de l’industrie pour favoriser le développement du tourisme francophone, selon Martin Lacelle de Tourisme Prescott-Russell. «Le français peut être un moteur économique. Si une entreprise engage quelqu’un de bilingue, elle peut se créer une nouvelle clientèle et avoir des retombées économiques importantes. Elle ne doit pas laisser passer cette occasion», dit-il. «French is good for business», ajoute à ce sujet Ronald Holgerson. Il croit que l’organisme qui remplacera Direction Ontario doit faire un travail de promotion à ce sujet et convaincre les commerçants des bénéfices qui accompagnent une augmentation des services en français.

La nécessité d’une marque franco-ontarienne forte. Est-ce que suffisamment de Québécois, de Français et de touristes d’ailleurs sur la planète savent qu’en Ontario il y a une importante population francophone? Il faut développer la «marque» de l’Ontario français et sa notoriété, disent plusieurs intervenants interrogés par #ONfr. «L’Ontario doit miser sur son caractère francophone et le faire connaître. Le français est exotique pour plusieurs, alors que d’autres ont des racines françaises et veulent connaître l’histoire de leurs ancêtres», selon Denis Vaillancourt, président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario. Ronald Holgerson a d’ailleurs révélé à #ONfr que son organisation comptait faire connaître le caractère francophone de la province en faisant la promotion d’une nouvelle route franco-ontarienne. L’ancienne directrice de Direction Ontario, Louise Lacroix, est au nombre des personnes qui croient en l’importance de développer la «marque» de l’Ontario français. «Notre organisation mettait de l’avant la phrase «L’Ontario en français» et ça fonctionnait très bien. C’est une marque qui pourrait être agrandie», selon elle.

Accroître la visibilité du français. Plusieurs entreprises ont compris l’intérêt d’offrir des services en français, mais faut-il encore que les touristes qui les visitent le sachent. Certains intervenants proposent l’installation de drapeaux franco-ontariens dans les vitres des commerces offrant des services en français, d’autres le port de macarons du type «Je parle français» par les employés de ces commerces. Les acteurs francophones du tourisme dans la région du Niagara ont misé sur une telle stratégie. «Beaucoup d’hôtels, par exemple, offrent des services en français, mais les gens ne le savent pas toujours. Dans notre région, nous avons lancé la campagne «Bonjour Niagara» et ça a beaucoup aidé à faire connaître les endroits où l’on peut recevoir des services en français», a indiqué Suzanne Bélanger du CERF Niagara. Elle ajoute que des panneaux bilingues ont vu le jour dernièrement dans de nombreux musées, commerces et en bordure des pistes cyclables. «Mais il a encore beaucoup de lacunes et de travail à faire», admet-elle.

Offrir plus de produits touristiques adaptés aux francophones. Les touristes francophones ne s’intéressent pas nécessairement aux mêmes activités que les anglophones, fait savoir Ronald Holgerson. «Il faut parfois mettre en valeur certains aspects plus que d’autres», dit celui qui est responsable de faire la promotion des activités touristiques de l’Ontario, notamment auprès des marchés québécois et français. Suzanne Morin de tourisme Franco-Niagara est du même avis : «les Québécois sont bien différents des Américains. Ils veulent être dehors et aiment tout ce qui est associé au fait de développer sa santé. Ils sont prêts à payer pour un bon repas, ils prennent le temps de trouver une bonne bouteille de vin et ensuite en ramènent une caisse à la maison», dit-elle. Si certains souhaitent que des «forfaits francophones» voient le jour, d’autres croient qu’il faut simplement bonifier l’offre en français dans la province.

Développer davantage le «tourisme historique». L’Ontario célèbre cette année le 400e anniversaire de la présence du français sur son territoire. La province doit miser davantage sur ses racines françaises pour attirer des touristes de la francophonie, selon Denis Vaillancourt, président de l’Assemblée de la francophonie. «Je crois que dans la foulée des célébrations du 400e, l’Ontario reconnait maintenant davantage les bénéfices économiques de mousser l’héritage francophone et les destinations francophones de la province», dit-il. Selon lui, il faut faire connaître davantage les lieux historiques ontariens qui ont un lieu avec la francophonie. «Même des Européens veulent suivre les traces de Champlain!», ajoute-t-il. La ministre déléguée aux Affaires francophones de l’Ontario, Madeleine Meilleur, a d’ailleurs mené une mission en France en octobre avec l’objectif de rappeler le legs de Samuel de Champlain et les liens entre la France et l’Ontario.

Mettre en place un financement stable. Des enveloppes budgétaires données ici et là pour des projets spéciaux et occasionnels : voilà comment le tourisme francophone est soutenu depuis de nombreuses années, selon plusieurs intervenants du tourisme interrogés. Ces derniers exigent du gouvernement des sommes stables pour développer à long terme l’industrie francophone dans la province. «Nous avons besoin de plus de sous. On n’a pas d’appui. On doit s’autofinancer, alors que nous avons un marché énorme à couvrir», affirme Suzanne Morin, de tourisme Franco-Niagara. Elle considère qu’il faut peut-être repenser la structure régionale en place, qui ne semble pas prendre en compte les besoins de la francophonie ontarienne.

L’importance d’un alignement stratégique. Le tourisme en Ontario mise sur une structure qui compte plusieurs niveaux et il est parfois difficile pour tous les acteurs impliqués de s’entendre sur une stratégie commune, selon des intervenants francophones interviewés par #ONfr. Il y a le ministère du Tourisme, mais aussi les organismes touristiques régionaux (OTR), la Société du Partenariat ontarien de marketing touristique, sans compter les organisations touristiques locales. S’ajoute à cette liste, d’autres partenaires obtenant des fonds publics, par exemple l’Alliance touristique culinaire de l’Ontario ou le défunt organisme Direction Ontario.

Développer l’offre bilingue des régions touristiques. Il y a cinq ans, l’Ontario a mis en place treize régions touristiques couvrant l’ensemble de la province et autant d’organismes touristiques régionaux. Cette structure visait à renforcer et à développer les produits et les activités de marketing touristiques de chaque région. «Ce sont des structures qui ne sont pas assez bilingues. Chaque région devait offrir des services en français. Après cinq ans, c’est toujours très problématique de ce côté», a confié une source à #ONfr. Une simple visite sur les sites internet des différentes régions touristiques de l’Ontario illustre la problématique. Il n’y a absolument aucune information disponible dans la langue de Molière dans plusieurs régions, même si plusieurs d’entre elles sont prisées auprès d’une clientèle francophone. «La province de l’Ontario offre de l’argent à ces associations, mais elles n’offrent pas de services dans les deux langues. C’est un problème», affirme Suzanne Morin, de tourisme Franco-Niagara.

Ne pas oublier le marché franco-ontarien. Plusieurs organisations touristiques dépensent des sommes importantes pour attirer en Ontario des touristes du Québec ou d’ailleurs dans la francophonie. Martin Lacelle de Tourisme Prescott Russell estime qu’il ne faut cependant pas oublier que bon nombre de francophones de la province souhaitent découvrir les autres communautés ontariennes où l’on parle le français. «Les Franco-Ontariens, c’est aussi un gros marché! C’est notre marché naturel, on ne doit pas l’oublier. C’est un beau marché qui est beaucoup plus simple à développer», fait-il valoir. Tourisme Franco-Niagara est du même avis: l’organisme envoie dans les différentes régions plus francophones de l’Ontario des milliers de guides touristiques avec l’espoir de stimuler ce marché interne.

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Étienne Fortin-Gauthier
Étienne Fortin-Gauthier
efgauthier@tfo.org @etiennefg

Étienne Fortin-Gauthier est journaliste depuis une dizaine d’années. Il a collaboré à plusieurs grands médias canadiens et européens, dont La Presse Canadienne, le quotidien La Presse, l’Agence France-Presse et le groupe de presse L’Avenir (Belgique). Il s’est initié aux dossiers de la francophonie canadienne lors d’un séjour au Réseau francophone d’Amérique, qui travaille de près avec les stations radiophoniques francophones en milieu minoritaire. Étienne est diplômé de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon, à Toronto, et du programme bidisciplinaire en communication et science politique de l’Université de Montréal.