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Des fonds pour l’alphabétisation en français

Le secrétaire parlementaire de la ministre du Patrimoine canadien, Randy Boissonnault, a annoncé, le mercredi 14 décembre, dans les locaux du Centre Moi J’apprends d’Ottawa, l’octroi d’une somme de 90 000 dollars au RESDAC qui travaille à l’alphabétisation des adultes francophones en milieu minoritaire. Crédit image: Benjamin Vachet

OTTAWA – Menacé de fermeture depuis plus d’un an, le Réseau pour le développement de l’alphabétisme et des compétences (RESDAC) voit une lueur d’espoir avec l’annonce d’une subvention pour mener une étude de repositionnement du dossier du développement de l’alphabétisme et des compétences. Mais la pérennité de l’organisme n’est toujours pas assurée.

BENJAMIN VACHET
bvachet@tfo.org | @BVachet

Le secrétaire parlementaire de la ministre du Patrimoine canadien, Randy Boissonnault, a annoncé, le mercredi 14 décembre, dans les locaux du Centre Moi J’apprends d’Ottawa, l’octroi d’une somme de 90 000 $ au RESDAC qui travaille à l’alphabétisation des adultes francophones en milieu minoritaire.

Randy Boissonnault

«Notre gouvernement considère que de développer des compétences de base, comme la lecture, l’écriture, le calcul, fait partie des droits humains fondamentaux. L’alphabétisation, dans sa langue, c’est le pont entre le potentiel et les opportunités.»

La somme servira à mener une étude, réclamée par le RESDAC, en partenariat avec l’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne (ACUFC), la Commission nationale des parents francophones (CNPF), la Fédération des communautés francophones et acadiennes du Canada (FCFA), la Fédération nationale des conseils scolaires francophones (FNCSF), le Réseau de développement économique et d’employabilité (RDÉE-Canada) et la Société Santé en français (SSF), afin de trouver le moyen de rendre plus accessibles les programmes de formation en français à travers le Canada.

«Le dossier de l’alphabétisation dépasse le RESDAC, on veut donc réunir tous ceux qui ont un intérêt dans le domaine. Après deux ans de discussions, on devrait avoir un plan d’action sur la meilleure manière de travailler ensemble pour faire avancer ce dossier», explique le président du RESDAC, Donald Desroches.

«Ce qui est intéressant, c’est que nous ne sommes plus les seuls à porter ce dossier et cela pourrait nous ouvrir de nouvelles voies dans différents secteurs», s’enthousiasme la directrice générale par intérim, Gabrielle Lopez.

Mais la somme reste limitée pour réaliser un tel travail, reconnaît M. Desroches.

«Ce n’est effectivement pas beaucoup, mais pour une première fois, Patrimoine canadien regarde le dossier de l’alphabétisation comme autre chose qu’un dossier relié au développement de la main d’œuvre. C’est un signal très fort que le gouvernement fédéral nous envoie!»

Le président explique avoir fait d’autres demandes de financement et espère éventuellement de nouveaux partenaires pour bonifier l’enveloppe.

 

Bouffée d’oxygène

Cette annonce constitue une petite bouffée d’oxygène pour le RESDAC. Créé en 1991, l’organisme, qui se donne pour mission de concerter, coordonner et assurer la cohésion des niveaux d’alphabétisme et de compétences essentielles des adultes francophones de tout le Canada, vit des moments difficiles depuis plus de deux ans.

La décision du gouvernement conservateur de supprimer le financement de base de l’organisme pour n’en financer que les projets a conduit le RESDAC dans une impasse et ce, alors que, selon le premier rapport pancanadien sur le Programme pour l’évaluation internationale des compétences des adultes (PEICA) daté de 2013, 49 % des francophones du Canada auraient des difficultés à lire et comprendre un simple texte.

«Un organisme comme le RESDAC est essentiel pour nous. Un centre comme le nôtre a besoin de ce genre d’organisme pour donner de la visibilité à notre travail et à nos problématiques auprès des décideurs», soutient la directrice du Centre Moi J’apprends d’Ottawa, Louise Lalonde.

 

Avenir toujours menacé

Malgré l’annonce de mercredi, l’avenir du RESDAC demeure toujours menacé. Alors qu’il bénéficiait il y a quelques années encore d’un budget annuel de 600 000 $ et d’une équipe de huit personnes, l’organisme ne vit plus que sur les surplus accumulés au cours des années et sur des projets ponctuels qu’il devient difficile d’aller chercher avec seulement une employée.

Desroches

«Le RESDAC n’a toujours pas de financement de base. Nous avons soumis plusieurs projets qui pourraient nous permettre d’avoir du financement. Mais c’est sûr que pour l’instant, nous ne sommes pas en phase d’expansion», reconnaît M. Desroches.

Ce dernier veut toutefois se montrer optimiste.

«Le conseil d’administration s’était dit que si on avait le financement pour l’étude, ça nous enverrait un message rassurant. On peut imaginer, selon les dires de Randy Boissonnault, qu’il y a de l’espoir pour un réinvestissement dans le domaine, mais on ne sait pas encore si le REDAC en bénéficiera. Mais, même si pour nous le RESDAC est un outil essentiel, ce qui est le plus important pour nous c’est que les apprenants aient un appui pour continuer à développer leur niveau de compétence.»

M. Boissonnault dit bien connaître les difficultés qu’ont pues vivre des organismes comme le RESDAC lorsque le gouvernement fédéral a choisi de privilégier le financement des projets au financement de base. Sans garantir la survie de l’organisme, il explique que cette question fait partie de la réflexion menée autour de la future Feuille de route pour les langues officielles.

«Je sais à quel point c’est difficile comme organisme de ne vivre que sur des projets. J’ai été de l’autre côté, j’ai rempli des formulaires pour des organismes. C’est une question qui a été soulevée lors des consultations sur les langues officielles. On le prend en note et nous sommes très conscients de cet enjeu.»

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Benjamin Vachet
Benjamin Vachet
bvachet@tfo.org @BVachet

Originaire de France, Benjamin Vachet vit au Canada depuis plus de dix ans. Titulaire d’un baccalauréat en Administration économique et sociale et d’une maîtrise de journalisme, il a commencé sa carrière en France, avant de la poursuivre au Canada. Il a travaillé pour les hebdomadaires Le Reflet, puis L’Express Ottawa et pour la radio francophone d’Ottawa, Unique FM. Il a rejoint le Groupe Média TFO en 2014. Passionné de politique ontarienne, fédérale et internationale, Benjamin cumule plus de treize années d’expérience en presse écrite, radio et télévision.