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Des élections à oublier

Le parlement fédéral à Ottawa. (Photo: François Pierre Dufault)

[CHRONIQUE]
La plus longue élection fédérale dans l’histoire du Canada devra vite être oubliée afin que les citoyens puissent passer à autre chose. Sa conduite a été déplorable, son contenu presque inexistant, et son résultat, peu importe le gagnant, n’a apporté que des clivages. Ce fut, en réalité, une véritable campagne du nouvel âge dans lequel le marketing et le clientélisme sont plus importants que la vie des citoyens que l’on gouverne.

SERGE MIVILLE
Chroniqueur invité
@Miville

Le clientélisme a été si clair durant cette élection que l’on arrive plus à être subtil. Chaque parti l’a fait. Les néo-démocrates promettent des budgets équilibrés pour côtoyer la clientèle libérale, les libéraux promettent des déficits pour empocher des votes de la gauche, alors que les conservateurs font des campagnes de peur auprès des communautés culturelles pour s’assurer que ces derniers ne retournent plus derrière les rangs des libéraux. L’époque des grandes idées est sans doute, pour le moment du moins, révolue.

Le marketing dans les campagnes électorales est devenu si important, qu’on oublie les idées. On tient sa base pour acquise, et cherche simplement à convaincre autour de 10% des Canadiens pour s’assurer le pouvoir. Rappelons que la majorité des conservateurs a été gagnée avec moins de 40% des voix. Le résultat a été un gouvernement obsédé par la sécurité publique et qui semblait se ficher de la vie privée. Il n’est plus question de présenter des projets qui peuvent rassembler l’ensemble de la population.

La stratégie, au final, est d’obtenir les quelques points de pourcentages auprès de certaines tranches de la population. La pathétique question du niqab est un parfait exemple. Cette bourde lancée par les conservateurs a cherché à faire dérailler l’appui – avec succès – des Québécois auprès des néo-démocrates. Les libéraux, de leurs côtés, ne cessent d’insister qu’un vote pour le NPD affaiblit le Canada en raison de la déclaration de Sherbrooke qui serait, d’après l’équipe Trudeau, illégale en raison de la Loi sur la clarté. L’appui pour la souveraineté en est presque à son point mort depuis plus d’une décennie. La peur demeure, toutefois, un outil puissant.

 

Ignorer les enjeux

Ce qui dérange le plus est que les partis politiques se sont permis d’utiliser leurs stratégies de clientélisme pour ignorer de nombreux enjeux qui pressent toujours aujourd’hui.

À quand la dernière mention des sénateurs corrompus? Où en sommes-nous au sujet des peuples autochtones? L’équité des genres, est-elle sur le radar des partis politiques? Qu’en est-il du développement économique rural? Entre temps, les grands partis semblent plutôt se battre à coup de crédits d’impôt – des «peanuts» en bon français – plutôt que d’apporter des solutions concrètes à des problèmes sérieux. Pire encore, les Conservateurs ont toujours refusé de dévoiler le texte de l’entente transpacifique (TPP), une entente de libre-échange gigantesque, qu’on cherche à nous filer sans débat public.

On peut toujours espérer, toutefois, que les partis d’oppositions auront un petit coup de génie et s’allient afin d’apporter une réforme électorale si nécessaire à ce vieux système qui encourage ce clientélisme. Peut-être alors nous pourrons renouveler avec de grandes idées pour faire avancer la société.

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