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Contexte politique favorable au tourisme francophone

«Les instances gouvernementales de l’Ontario sont en train de mettre les bouchées doubles pour développer l’achalande touristique dans les marchés francophones», dit Alain Brosius, du RDÉE-Ontario. Étienne Fortin-Gauthier

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TORONTO – L’arrivée d’un nouveau gouvernement à Ottawa et un désir de l’Ontario d’en faire plus en matière de tourisme francophone créent un contexte favorable pour le développement de ce secteur, selon l’un des acteurs clés de l’industrie. Une fenêtre d’opportunité qui tombe à point: les grands tours opérateurs exigent davantage de produits touristiques francophones à l’extérieur du Québec.

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

«Le nouveau gouvernement a pris conscience des milliards de dollars qu’on perd et centaines de milliers d’emplois perdus. Il y a une prise de conscience pour repositionner le Canada au sein des meilleures destinations touristiques mondiales», affirme Alain Brosius, coordonnateur du Groupe de Travail pancanadien des Enjeux Économiques en Tourisme.

En dix ans, le Canada a perdu une dizaine de places dans le classement international des destinations touristiques. L’Ontario peine quant à elle à attirer les touristes francophones, particulièrement de France, qui visitent pourtant en grand nombre le Canada.

«La France est le 1er marché international pour le Québec. C’est le 2e marché international pour le Canada en excluant les États-Unis. Mais la France est le 7e marché pour l’Ontario. Il y a 5 niveaux à rattraper», explique M. Brosius, qui est aussi responsable du tourisme au RDÉE-Ontario.

La disparition de Direction Ontario a laissé un grand vide dans les efforts pour faire connaître l’Ontario auprès des touristes de langue française du Québec et de l’Europe. Après l’incertitude des derniers mois, une nouvelle stratégie est actuellement mise en place. Le RDÉE aide au développement des produits touristiques à l’intention des francophones, alors que le bras marketing du ministère du Tourisme, l’OTMPC, en fera la promotion, de pair avec les régions touristiques ontariennes.

«Ça permet de concentrer l’argent public sur des actions beaucoup plus pertinentes et précises. Tout le monde y trouve son compte, que ça soit le contribuable, l’investisseur, le touriste, l’industriel, la région ou les partenaires», selon lui.

Le discours politique s’est réellement transformé, se réjouit Alain Brosius. Il a pu le constater à la fin du mois d’avril lors de Rendez-Vous Canada, un salon touristique qui accueille 1500 professionnels du voyage provenant de partout sur la planète.

«Tous les acheteurs mondiaux viennent acheter le Canada. La ministre du Tourisme, Bardish Chagger, et la ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly, ont fait une annonce officielle en disant que le touriste francophone devenait l’une de leurs priorités», rapporte M. Brosius. Une nouvelle direction qui s’ajoute à la volonté du gouvernement ontarien de courtiser davantage cette clientèle, selon lui.

«Depuis un an et demi, il y a une prise de conscience des opportunités économiques un peu manquées. Les instances gouvernementales de l’Ontario sont en train de mettre les bouchées doubles pour développer l’achalande touristique dans les marchés francophones», dit M. Brosius.

 

Développement de «forfaits francophones»

Publiquement, l’Ontario a déjà annoncé qu’elle participerait à la création d’un circuit touristique des grandes villes francophones d’Amérique du Nord. En coulisse, #ONfr a appris que plusieurs autres projets sont en développement.

Dès cet été, une nouvelle «Route Champlain» verra le jour. L’ancien parcours de 2003 a été revu de pair avec des historiens. Le nouveau circuit proposera aux touristes de circuler sur des routes et chemins en bordure des voies navigables empruntées par Samuel de Champlain. Les voyageurs se feront aussi proposer des activités, des restaurants et des lieux d’hébergements où ils pourront être accueillis en français.

Ce nouvel inventaire de l’offre touristique a pris plusieurs mois et il a permis d’identifier 700 adresses où l’on est en mesure d’accueillir des touristes de langue française. Une classification des services en français offerts par chaque entreprise est aussi en train d’être mise en place (services en français en tout temps, sur demande ou seulement des dépliants).

«Tous nous demandent des produits francophones hors-Québec», assure M. Brosius. Les agences de voyage et les opérateurs de tours organisés veulent pouvoir offrir à leurs clients intéressés par le Canada des expériences en français. La clientèle ne parle pas toujours anglais et ne veut pas être limitée au Québec, souligne-t-il.

Il encourage les entreprises à développer leur offre dans la langue de Molière. Ça peut passer par l’embauche d’un employé bilingue à l’accueil ou par la création d’un site web aussi en français. «On développe actuellement des formations, rapides et performantes», ajoute le représentant du RDÉE-Ontario.

Il est essentiel de former davantage le personnel des commerces pour les sensibiliser aux besoins de clientèles francophones dans le pays bilingue qu’est le Canada. Mais pour convaincre les entreprises à investir en ce sens, il faut être capable de prouver qu’il y aura des retombées économiques. Et ce n’est pas facile actuellement: il manque de statistiques.

«On manque de recherche qualitative et quantitative sur ce que représentent les marchés francophones et les profils des consommateurs», souligne M. Brosius. Avec d’autres intervenants de l’industrie, il travaille à développer des outils pour prouver qu’il y a un réel retour sur l’investissement lorsque des sommes sont investies dans le tourisme francophone.

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Étienne Fortin-Gauthier
Étienne Fortin-Gauthier
efgauthier@tfo.org @etiennefg

Étienne Fortin-Gauthier est journaliste depuis une dizaine d’années. Il a collaboré à plusieurs grands médias canadiens et européens, dont La Presse Canadienne, le quotidien La Presse, l’Agence France-Presse et le groupe de presse L’Avenir (Belgique). Il s’est initié aux dossiers de la francophonie canadienne lors d’un séjour au Réseau francophone d’Amérique, qui travaille de près avec les stations radiophoniques francophones en milieu minoritaire. Étienne est diplômé de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon, à Toronto, et du programme bidisciplinaire en communication et science politique de l’Université de Montréal.