#Canada, #Francophonie

Comptes Twitter unilingues: l’arroseur arrosé

Plusieurs ministres du gouvernement Trudeau peinent eux aussi à communiquer systématiquement dans les deux langues officielles sur les médias sociaux. Pixabay

OTTAWA – Alors qu’en février 2015, le député Stéphane Dion fustigeait le manque d’égard des ministres conservateurs pour les langues officielles dans leurs communications sur Twitter et les autres médias sociaux, un an plus tard, plusieurs ministres du gouvernement Trudeau peinent eux aussi à communiquer systématiquement dans les deux langues officielles sur les médias sociaux.

BENJAMIN VACHET
bvachet@tfo.org | @BVachet

Selon les données compilées par l’organisme Impératif français, ils seraient 23 ministres sur 31 à ne pas respecter la Loi sur les langues officielles dans les messages publiés sur leur compte Twitter.

Parmi eux, 22 privilégieraient l’anglais et un le français, alors que ces dernières semaines l’unilinguisme francophone de la ministre du Revenu national, Diane Lebouthillier, avait suscité le débat.

Impératif français rapporte que le ministre de la Sécurité publique et de la Protection civile, Ralph Goodale, le ministre de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire, Lawrence MacAulay, le ministre de l’Innovation, des Sciences et du Développement économique, Navdeep Bains, le Président du Conseil du Trésor, Scott Brison, le ministre des Finances, Bill Morneau, la ministre des Affaires autochtones et du Nord, Carolyn Bennett, la ministre de la Justice Procureure générale du Canada, Jody Wilson-Raybould , la ministre des Services publics et de l’Approvisionnement, Judy Foote, la ministre du Commerce international, Chrystia Freeland, la ministre de la Santé, Jane Philpott, le ministre des Ressources naturelles, Jim Carr, le ministre Anciens Combattants et ministre associé de la Défense nationale, Kent Hehr, la ministre de l’Environnement et du Changement climatique, Catherine McKenna, le ministre de la Défense nationale Harjit S. Sajjan, la ministre de l’Emploi, du Développement de la main d’œuvre et du Travail, MaryAnn Mihychuk, le ministre de l’Infrastructure et des Collectivités, Amarjeet Sohi, la ministre des Institutions démocratiques, Maryam Monsef, la ministre des Sports et des Personnes handicapées, Carla Qualtrough, le ministre des Pêches, des Océans et de la Garde côtière canadienne, Hunter Tootoo, la ministre des Sciences, Kirsty Duncan, la ministre de la Condition féminine, Patty Hajdu et la ministre de la Petite Entreprise et du Tourisme, Bardish Chagger seraient tous enclins à communiquer davantage en anglais. De son côté, seule la ministre du Revenu national, Diane Lebouthillier privilégierait le français sur son compte Twitter.

 

11 mauvais élèves

Vérification faite par #ONfr, et selon une liste non exhaustive de Tweets, plusieurs de ces ministres, s’ils ne communiquent pas systématiquement dans les deux langues officielles, le font régulièrement, comme Bill Morneau, Catherine McKenna, Judy Foote et Diane Lebouthillier. D’autres, comme le ministre de l’Innovation, des Sciences et du Développement économique, Navdeep Bains et la ministre de la Petite Entreprise et du Tourisme, Bardish Chagger, possèdent un compte en anglais et un compte en français.

Mais pour certains, comme Maryam Monsef, Kirsty Duncan, Jody Wilson-Raybould, Chrystia Freeland, Kent Hehr, Carolyn Bennett, MaryAnn Mihychuk et Hunter Tootoo, l’utilisation du français dans les messages Twitter demeure extrêmement sporadique. Selon les observations de #ONfr, ils seraient donc au moins onze ministres à utiliser rarement ou très rarement les deux langues officielles dans leurs communications sur Twitter.

 

Constat ironique

Ce constat s’avère ironique alors qu’en février 2015, Stéphane Dion, alors membre de l’opposition, adressait une lettre au président du Conseil du trésor de l’époque, Tony Clement, «pour lui demander de s’assurer que tous les ministres se conforment à l’obligation, sanctionnée par la loi (Loi sur les langues officielles – ndlr), de communiquer avec le public dans les deux langues officielles, y compris par la voie électronique».

«L’exigence de bilinguisme doit s’étendre pleinement aux communications électroniques des ministres. Il serait inacceptable que les ministres se servent des nouveaux moyens de communication pour contourner la Loi sur les langues officielles. Au contraire, ils et elles doivent en exprimer toute la modernité, de sorte que l’anglais et le français, qui ont façonné notre passé, soient tous deux plus que jamais l’instrument de notre succès dans l’avenir», écrivait-il.

À l’époque, M. Dion ciblait 17 ministres coupables, selon lui, de contrevenir à leurs obligations de «veiller à ce que les communications électroniques soient conformes aux exigences de la Loi sur les langues officielles ainsi qu’à la Politique sur les langues officielles et la Directive sur les langues officielles pour les communications et services du Conseil du Trésor ».

Citant le commissaire aux langues officielles, Graham Fraser, il indiquait: «Le commissaire Fraser est formel: un ministre qui se présente comme tel sur son compte Twitter ne peut prétendre que le compte en question est personnel. Il ou elle contrevient à la Loi sur les langues officielles et faillit à ses responsabilités d’informer adéquatement la population canadienne si les messages ne sont pas communiqués dans les deux langues officielles».

La situation dénoncée par Impératif français pourrait en tout cas inspirer le Conseil du Trésor qui développe actuellement une nouvelle Politique sur les communications et qui met à jour sa Directive sur la gestion des communications.

Benjamin Vachet
Benjamin Vachet
bvachet@tfo.org @BVachet

Originaire de France, Benjamin Vachet vit au Canada depuis plus de dix ans. Titulaire d’un baccalauréat en Administration économique et sociale et d’une maîtrise de journalisme, il a commencé sa carrière en France, avant de la poursuivre au Canada. Il a travaillé pour les hebdomadaires Le Reflet, puis L’Express Ottawa et pour la radio francophone d’Ottawa, Unique FM. Il a rejoint le Groupe Média TFO en 2014. Passionné de politique ontarienne, fédérale et internationale, Benjamin cumule plus de treize années d’expérience en presse écrite, radio et télévision.